La trinité maudite: Michael Biörn Volume 2 (French Edition)

Chapitre 76

Michael se dirigea vers l’arrière de la maison, son sac en toile à la main. Il ne perdit pas une minute à explorer les environs et tourna la poignée de la porte, qu’il trouva verrouillée. Des vampires qui craignaient les voleurs… C’était nouveau, ça. Il força légèrement sur le battant dont le bâti éclata sous la pression, et il se retrouva bientôt dans une cuisine déserte. Une cuisine qui n’avait pas servi depuis longtemps, à en croire l’absence totale d’odeurs de nourriture.

Il tomba sur le premier diurne dans l’entrée, un grand gars dégingandé d’une vingtaine d’années qui le regardait avec l’assurance d’un pit-bull face à un lapin n’ayant nulle part où s’enfuir. Michael pesait facilement une fois et demie son poids, mais ce détail ne semblait pas impressionner le vampire.

— Eh ! Les mecs ! Venez voir ce que j’ai trouvé juste à temps pour le dîner, appela le vampire, qui possédait toute l’arrogance de sa race, mais clairement pas l’expérience nécessaire pour reconnaître un autre préternaturel.

Une femelle et deux mâles apparurent dans l’embrasure de l’une des portes. La femme dévisagea Michael de la tête aux pieds d’un air satisfait avant d’approuver :

— Mmmmmm… Il semble délicieux. Je pourrais me l’envoyer à moi toute seule.

Permets-moi d’en douter, pensa Michael, mais il resta silencieux. Il avait besoin de savoir combien de ces gamins frénétiques se trouvaient dans la maison. Il avança d’un pas, et le diurne dégingandé vint se positionner de manière à lui bloquer le passage.

— Y va où, l’homme des cavernes ? demanda le vampire dans un rictus qui dévoilait ses canines démesurées.

Un sourire grotesque qui se voulait terrifiant, mais n’eut aucun effet sur le ranger.

— Ours des cavernes serait plus approprié, répondit Michael.

— Quoi ?

— Laisse tomber…

Michael ne savait comment procéder. Il n’avait pas élaboré un plan précis pour arracher les informations dont il avait besoin à ces diurnes dénués de bonnes manières. Heureusement, le raffinement n’était pas vraiment une nécessité lorsqu’il s’agissait d’interroger des vampires.

— Je vous ai apporté des cadeaux. On peut aller dans le salon ? dit-il d’une voix détachée, presque blasée.

Il avait pesé le pour et le contre quant au fait de rester dans l’entrée et avait décidé qu’il valait mieux avoir de l’espace pour ce qu’il s’apprêtait à faire.

— Où sont donc mes manières ? Venez, je vous en prie, répondit le diurne, indiquant une porte au fond du couloir avec des courbettes destinées à amuser ses compagnons.

Michael passa devant le grand échalas, pleinement conscient que le danger se trouvait à présent derrière lui aussi bien que devant. Tourner le dos à un ennemi n’était jamais une bonne idée. Sous ses airs supérieurs, le gamin demeurait un vampire, et Michael ne sous-estimait jamais ses adversaires.

Il se retrouva bientôt dans un salon-salle à manger de taille moyenne. Un feu crépitait dans la cheminée. Il examina la pièce d’un coup d’œil circulaire et opta pour la table de salon pour étaler ses cadeaux.

Les quatre vampires l’avaient suivi, visiblement intrigués par l’attitude de l’étranger, mais trop sûrs d’eux pour suspecter le moindre danger.

Tandis que Michael ouvrait son sac de toile, une femme blond-platine entra dans la pièce, l’air curieux.

Comme on se retrouve. Michael avait identifié l’odeur de la femme un instant plus tôt, alors qu’elle se trouvait encore dans les escaliers. Elle avait fait partie du contingent qui avait enlevé Éz dans les bois.

À moins que son nez ne le trompe – chose qui n’était jamais arrivée en un millénaire d’existence –, tous les vampires de la maison étaient à présent réunis dans la salle à manger. Les festivités pouvaient commencer.

— C’est qui celui-là ? demanda la blonde.

— Le père Noël, répondit l’autre femme d’une voix ironique.

Michael se tenait seul du côté de la table le plus proche du mur, face à ses ennemis disposés en éventail de l’autre côté du meuble en bois massif. Il sortit un premier pieu en titane de son sac et le posa sur la table avant d’en récupérer un second qu’il plaça parallèlement à quinze centimètres du premier.

Les vampires se regardaient les uns les autres en souriant, amusés et déconcertés à la fois. Les pieux présentaient une base circulaire de sept centimètres de diamètre. L’autre extrémité était évidemment plus effilée, mais donnait tout de même l’impression de nécessiter une sacrée force pour pouvoir transpercer quoi que ce soit de plus solide que du beurre.

Michael avait déjà aligné six pieux sur la table sans susciter de réelles réactions de la part de ses hôtes, mais cela changea lorsqu’il sortit une hache. Une arme facile à identifier même par des novices dégoulinants de supériorité.

— Tu espères nous intimider avec ton jouet du Moyen Âge, grand-père ? On va te saigner comme un porc, et on va prendre notre temps, lança le gamin dégingandé, mais son ton avait perdu de son assurance.

— Je suis venu vous poser quelques questions, et si j’obtiens les réponses dont j’ai besoin, certains d’entre vous devraient sortir d’ici vivants, commença Michael, imperturbable, avant d’ajouter, ou tout au moins, pas plus morts que vous ne l’êtes déjà.

L’un des mâles se jeta alors sur lui, survolant la table d’un seul bond. Mais Michael avait anticipé l’attaque et le pieu avait quitté sa main une fraction de seconde plus tôt. La forme aérodynamique de l’arme lui conférait une trajectoire directe. La pointe de l’arme, plus lourde que sa base, se déplaçait en ligne droite sans pivoter autour du centre de gravité de l’objet. Le pieu percuta la poitrine du vampire à une telle vitesse et avec une telle force qu’il ralentit à peine en pénétrant la chair de la créature. Agissant comme un grappin, la base évasée de l’arme stoppa le diurne en plein vol, et il s’écroula sur le sol, sa tête heurtant le coin de la table au passage. 

Les autres regardaient la pointe de l’arme qui ressortait du dos de leur congénère avec incrédulité, son sang carmin formant rapidement une flaque qui ne cessait de s’étendre sous son corps pris de convulsions. Il n’était pas mort, mais le pieu avait perforé son cœur et la perte du liquide écarlate était trop importante pour que celui-ci continue de fonctionner. Avec du temps, la plaie se refermerait et le vampire reprendrait des forces après ingestion de quelques litres d’hémoglobine, mais Michael doutait que la tête du suceur de sang demeure accrochée au reste de son corps suffisamment longtemps pour que cela arrive.

— À présent que j’ai votre attention, peut-être pourrais-je avoir mes réponses ? dit-il d’une voix froide, mais dépourvue de condescendance.

La stupeur des diurnes ne dura pas longtemps. Ils étaient jeunes et inexpérimentés, mais Michael les soupçonnait d’avoir reçu des cours intensifs de combat pendant leur séjour au camp d’entraînement de Dragos.

Ils se ruèrent tous sur leur ennemi avec un bel ensemble. Agissant par réflexe, Michael abattit sa hache sur le mâle le plus proche, l’atteignant à la base du cou. Au même moment, le pieu qu’il tenait dans son autre main décrivit un arc de cercle parfait qui se termina dans la poitrine de l’une des femelles. Alors que l’impact clouait la femme sur l’épais mur en plâtre, la tête du mâle roula au sol, tandis que son corps, entraîné par son élan, vint s’effondrer là où Michael s’était tenu une fraction de seconde plus tôt.

Le ranger possédait des automatismes incroyables, mais les vampires demeuraient plus rapides, et il n’avait pu esquiver les attaques des deux autres. La blonde platine était à présent agrippée à son dos, ses canines profondément enfoncées dans sa jugulaire, suçant aussi vite qu’elle le pouvait. Le mâle restant, quant à lui, avait fiché l’un des pieux dans les tripes du ranger, et après lui avoir immobilisé le bras gauche, lui mâchouillait désormais l’autre côté du cou à la recherche de la carotide. La situation n’était pas idéale… Le corps massif de Michael avait besoin de tout son sang pour fonctionner. Cela n’était pas négociable.

Il libéra son bras droit des griffes de la femme, et d’un mouvement rapide de sa main libre, il agrippa la gorge de l’homme, ses doigts se resserrant sur les os avec la force d’un étau. Alors que les vertèbres du vampire craquaient une à une sous la pression Michael écarta le diurne de sa propre gorge. Sans attendre que le vampire puisse réagir, Michael se laissa tomber au sol, entraînant l’homme dans sa chute avant de lui écraser le crâne à terre. Désormais accroupi, et avec la blonde toujours agrippée à son dos, Michael éclata la tête de l’homme contre le carrelage trois ou quatre fois supplémentaires jusqu’à ce qu’il n’en reste rien d’autre qu’une bouillie rouge.

La manœuvre avait pris plus de temps qu’il ne l’aurait souhaité, et il commençait à se sentir étourdi par la perte de sang. Il fallait stopper l’hémorragie. S’emparant du dernier pieu qui avait roulé au bord de la table, il l’enfonça avec force par-dessus son épaule, empalant la gorge de la blonde dans un sinistre bruit de cartilage qui se déchire et d’os qui se brisent. L’effet de surprise fit lâcher prise à la diurne, et Michael en profita pour la plaquer dos contre la table. Avant qu’elle ne puisse se remettre du choc qui avait projeté une grande giclée de sang provenant de son cou à un mètre de distance, Michael sauta sur la table et l’immobilisa de tout son poids.

— Et à présent, il est temps de répondre à mes questions.

Michael n’était désormais plus au maximum de ses capacités et ne savait que trop bien que les autres vampires n’étaient pas aussi morts qu’ils en avaient l’air. Même s’il ne s’attendait pas à ce que les deux mâles décapités se remettent rapidement de leurs déboires, la femelle qui faisait actuellement office de décoration murale et le troisième mâle pouvaient encore lui causer des soucis.

— Où puis-je trouver Olivia et Lucy, les deux sœurs que vous avez attaquées ?

La femme resta silencieuse, saignant lentement sur la table. Il répéta sa question, en tournant délibérément le pieu dans son cou.

— Je ne sais pas, je ne sais pas de quoi tu parles, dit-elle dans un couinement qui s’apparentait davantage à un borborygme.

L’air expiré par ses poumons s’échappait par sa gorge brisée avant d’atteindre ses lèvres.

Michael la fixa intensément dans les yeux et vit qu’elle ne mentait pas. Elle n’en avait vraiment aucune idée.

— Dans ce cas, dis-moi où trouver Dragos et Séraphin ?

— Je… Je ne sais pas, murmura-t-elle, mais cette fois, elle ne disait pas la vérité.

— Tu me fais perdre mon temps, demoiselle, et je n’ai pas de temps à perdre.

Il s’empara d’un couteau dans un étui qu’il portait dans le dos et sortit une lame de chasse de trente centimètres de long qu’il lui enfonça dans les tripes avec suffisamment de force pour perforer la table en chêne sous son corps. Une fois encore, du sang jaillit de son cou. Sachant que le couteau la maintiendrait tranquille un moment, il sauta de la table pour récupérer sa hache et en posa la lourde lame sur la gorge de la diurne.

— Dernière chance pour dire la vérité, Jessica.

À son nom, les yeux de la vampire s’ouvrirent en grand, autant de surprise que de peur.

— Tu ne me reconnais peut-être pas, mais nous nous sommes déjà rencontrés. Dans votre campement, dans la forêt Gallatin, celui que vous avez fui à la hâte il y a quelques nuits de cela.

— L’… L’o… ours ? bégaya-t-elle, ses yeux indiquant qu’elle l’avait identifié.

— En effet. À présent, dis-moi où est votre campement avant que je ne sépare ta jolie petite tête du reste de ton corps.

Elle tressaillit dans un réflexe.

— Dra… gos n’est pas là…. Il est à la… ferme, réussit-elle à articuler après trente secondes d’effort.

— Et où puis-je trouver cette ferme ?

Il fallut une autre minute à Jessica pour transmettre l’information, et Michael dut approcher son oreille de sa bouche pour déchiffrer ses bredouillis.

Après avoir mémorisé l’adresse, il nettoya la pièce. Il termina les vampires blessés en arrachant la tête de ceux qui en avaient encore une et en s’emparant de leurs cœurs qu’il jeta dans la cheminée. Les flammes crépitèrent et sifflèrent au contact de la chair.

Michael tint parole et épargna Jessica, ôtant même son couteau pour la libérer de la table où il l’avait épinglée. Sa magnanimité n’alla cependant pas jusqu’à lui retirer le pieu planté dans sa gorge. Elle avait essayé de le tuer, après tout.

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