La trinité maudite: Michael Biörn Volume 2 (French Edition)
Chapitre 63
Sheila était rentrée chez elle directement après avoir quitté Michael. Elle avait préparé une grande quantité de café et était à présent installée face à son ordinateur.
La journaliste était une experte à ce jeu-là, et elle savait instinctivement par où elle devait démarrer. Son ordinateur était son meilleur allié pour ce genre de recherches, mais pas le seul. Avec les années, Sheila s’était forgé un solide réseau de sources. Parmi les forces de l’ordre locales d’abord, mais avec les années, il s’était étendu jusqu’à Washington et au FBI. Et dans ce cas précis, le FBI était juste ce qu’il lui fallait. La juridiction en matière d’enlèvements était partagée entre les fédéraux et les autorités locales, mais les fédéraux disposaient d’une base de données beaucoup plus complète.
C’est là qu’elle devait commencer ses recherches, mais c’était plus facile à dire qu’à faire. Aucun de ses contacts au FBI n’appartenait au bureau des personnes disparues, et cela lui demanderait du temps pour accéder aux informations dont elle avait besoin.
Elle décrocha le téléphone et passa les vingt minutes qui suivirent à appeler tous les contacts lui devant une faveur. La plupart de ses interlocuteurs lui annoncèrent clairement qu’ils ne pourraient pas l’aider, mais certains d’entre eux ne furent pas aussi catégoriques et lui promirent d’essayer.
Elle replaça le combiné sur son socle et alla se servir une tasse de café à laquelle elle ajouta du lait et du sucre. Ce simple geste lui rappela le breuvage préféré de Michael : du miel avec une pointe de thé. Cette image la fit sourire – phénomène rare, ces derniers temps.
Quelle que soit la tâche, Sheila se donnait toujours à cent pour cent dans son travail, mais la mission que Michael venait de lui confier la motivait davantage que tout autre sujet sur lequel elle s’était penchée au cours de ces derniers mois. La cause était noble et digne de son temps, mais elle devait reconnaître que la perspective d’aider Michael et de réparer en partie leur relation constituait de puissants ressorts.
Combien de fois avait-elle douté de sa décision à propos du ranger au cours des six mois écoulés ? Elle lui avait été reconnaissante de ne pas la harceler de coups de téléphone qui auraient sérieusement éprouvé sa volonté. Reconnaissante, mais pas surprise. Ce n’était pas le genre de Michael. Il était bien trop fier pour cela. Il n’avait laissé en tout et pour tout que deux messages sur sa boîte vocale… Messages qu’elle s’était forcée à ignorer.
Depuis qu’elle l’avait revu, ses sentiments pour lui étaient revenus en force. Mais même si elle avait souffert de ne pas pouvoir le serrer dans ses bras, elle ne pouvait ignorer la petite voix tenace qui la mettait en garde contre les conséquences funestes d’une telle union. Sheila voulait des enfants, et avoir des enfants avec Michael n’était pas envisageable.
En attendant que ses contacts la rappellent, elle tapa les premiers mots-clés sur son moteur de recherche préféré et pressa la touche « Entrée ». Le navigateur, mis au point par deux de ses amis, intégrait des caractéristiques terriblement utiles qui faisaient défaut aux logiciels commerciaux. Le fait que ses deux amis aient été des pirates informatiques de renommée mondiale soulevait quelques questions quant à la légalité de leur bébé, mais Sheila n’avait pas pour habitude de se soucier de ce genre de choses quand elle désirait parvenir à ses fins.
Elle avait déjà passé quatre heures collées à son ordinateur lorsqu’elle reçut un fichier de la part de l’un de ses contacts au FBI. Le document était au format de la base de données du bureau fédéral, mais ses potes hackers lui avaient fourni un convertisseur lui permettant de les ouvrir à l’aide de Microsoft Access.
Il lui fallut trois heures supplémentaires et fastidieuses pour recouper les données du FBI avec celles qu’elle avait elle-même dénichées à l’aide d’un logiciel d’analyses statistiques. Le nombre de personnes qui disparaissaient chaque année aux États-Unis était hallucinant, et le logiciel de statistiques était le seul moyen d’y voir clair.
Le gargouillement de son estomac tira Sheila de la transe dans laquelle l’analyse des données l’avait plongée. Réalisant qu’il faisait plus sombre dans son bureau, elle regarda sa montre : 19 h. Pas étonnant qu’elle ait faim ; elle n’avait rien mangé depuis plus de dix heures.
Elle fit rouler sa chaise pour s’éloigner du bureau et s’étira le dos et les épaules. Ce n’était pas la fin du monde de sauter un repas.
Elle était satisfaite de sa journée. Les données n’avaient pas mis en lumière de preuves irréfutables, mais elles suggéraient plusieurs pistes.
Le nombre de personnes portées disparues avait connu de légères hausses dans quatre villes au cours des trois dernières années. Mais ces augmentations n’étaient pas statistiquement significatives pour Saint Paul et Phoenix. La recrudescence de disparitions à Chicago et San Francisco semblait en revanche bien réelle. Mais il s’agissait de grandes villes, et l’augmentation en question s’avérait relativement minime. Elle avait néanmoins poursuivi ses recherches sur les disparitions signalées dans les deux villes, et avait découvert quelque chose d’intéressant pour Chicago. Si l’on omettait les disparitions d’étudiants allant à la fac sur le campus principal de l’université de Chicago, les statistiques pour la ville reprenaient une apparence normale.
Elle composa le numéro de Michael pour lui transmettre l’information, mais l’appel atterrit directement sur sa boîte vocale. Elle essaya à nouveau une minute plus tard, sans plus de succès. Elle lui laissa finalement un message qui résumait ses découvertes et se rendit dans la cuisine, en quête de quelque chose à grignoter. Elle opta pour un plat surgelé qu’elle plaça machinalement dans le micro-ondes, l’esprit absorbé par ses récentes trouvailles.
Dans combien de temps Michael écouterait-il son message, et que ferait-il avec ces informations ? Il serait quasiment impossible d’apprendre quoi que ce soit d’utile sans aller en personne à Chicago, et il ne serait certainement pas disponible avant plusieurs jours.
Le micro-ondes sonna au moment où elle prenait sa décision. Ignorant la nourriture, elle retourna devant son ordinateur. Elle dénicha un vol direct pour Chicago qui partait le soir même et réserva ses billets.
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