La trinité maudite: Michael Biörn Volume 2 (French Edition)
Chapitre 39
Lugubre était le mot adéquat pour décrire l’intérieur du manoir. D’épaisses tentures couvraient chaque fenêtre, et les murs étaient peints d’un bleu sombre si proche du noir qu’il était quasiment impossible de différencier les deux teintes à la lumière vacillante des torches.
La vampire aux allures d’adolescente avait réapparu quelques secondes plus tôt, pour leur annoncer que les aînés leur accordaient une audience, et elle précédait maintenant Michael et Leka dans un dédale de couloirs et de vestibules. Quelques pas derrière eux, les quatre mitrailleuses fermaient la marche.
La plupart des pièces devant lesquelles ils passaient avaient leurs portes closes, mais celles dont le battant était ouvert évoquaient à Michael un spectacle digne des fêtes d’Halloween. Des vampires de tous âges arboraient des costumes couvrant au moins quatre cents ans d’histoire. « Costumes » n’était cependant pas le terme approprié. Il ne s’agissait pas là de déguisements portés dans le cadre d’un divertissement ou d’une occasion particulière ; c’étaient leurs vêtements de tous les jours, ceux d’un groupe d’aliénés frappés par la nostalgie d’une ère passée qui avait connu à la fois leur naissance et leur mort.
Le groupe s’arrêta devant une double porte suffisamment large pour permettre à un troll d’y passer, puis l’adolescente se tourna vers Leka.
— Si tu veux être reçu par nos aînés, ton toutou doit être tenu en laisse.
Elle tenait à la main une laisse en cuir qu’elle avait sortie d’une poche cachée dans les plis de sa robe.
— Michael n’est pas un « toutou », et il ne portera pas de laisse, répondit Leka, avant que Michael ne puisse lui-même s’exprimer sur le sujet.
Ils s’amusent à nos dépens, pensa le ranger. Le morceau de cuir était si fragile qu’il aurait à peine résisté à un caniche. L’idée n’était évidemment pas de le maîtriser, mais de lui montrer où se trouvait sa place. De toutes les créatures préternaturelles, les vampires possédaient l’ego le plus démesuré, et ils considéraient toutes les autres espèces comme leurs esclaves.
— Pas de laisse, pas d’audience ! dit la gamine, alors que deux vampires de l’arrière-garde se plaçaient entre la porte et les visiteurs, les canons de leurs mitrailleuses dressés devant le torse de Michael.
Le ranger étudia les options qui s’offraient à lui. Il n’avait pas à faire à de quelconques voyous. Il s’agissait de vampires. Et certainement des plus dangereux, puisqu’on leur avait confié la sécurité des aînés. Une attaque frontale lui garantissait de recevoir un demi-chargeur dans la poitrine avant de neutraliser les deux suceurs de sang bloquant le passage. Il lui resterait encore à s’occuper des deux autres gardes et de la gamine pluricentenaire… Et en admettant qu’il parvienne à franchir la porte, quelle surprise l’attendait derrière ? Il ne pouvait simplement pas combattre l’Alliance tout entière. Pas s’il voulait sortir d’ici vivant. Il avait besoin de réponses de la part de ces cadavres ambulants, et pour les obtenir, il lui faudrait être docile.
— Attachez-moi, dit-il finalement, en tendant ses mains vers l’adolescente.
Michael réalisa son erreur lorsqu’elle resserra le lacet en cuir autour de ses poignets, avec un sourire féroce. L’apparence ordinaire du cuir l’avait dupé.
— Tu ne pensais quand même pas qu’on utiliserait une simple laisse pour t’entraver ? dit la vampire qui avait remarqué l’étonnement de Michael. Ce lacet appartient aux faes. Quiconque se laisse attacher est soumis au bon vouloir de celui qui tient la bride.
Visiblement mal à l’aise, Leka jeta un regard interrogateur au ranger. La question était claire : veux-tu que j’intervienne ?
La lame elfique que Leka portait sous sa veste pouvait sans doute sectionner le lien et le libérer de l’envoûtement, mais cela ne les aiderait pas à franchir cette porte. Si les choses tournaient mal, Leka pourrait toujours s’occuper du lien plus tard. D’un mouvement discret des paupières, Michael informa l’elfe de sa décision, et Leka se détendit légèrement.
— À présent, nous pouvons y aller, dit la gamine, après avoir confié la laisse de Michael à l’un des gardes.
Elle leva les mains, paumes tendues face à la porte, et les lourds pans de chêne pivotèrent sur leurs gonds.
La pièce derrière la porte servait d’antichambre, et quatre vampires massivement armés faisaient office de comité d’accueil. L’un d’eux se trouvait assis à un bureau, face à une rangée d’écrans d’ordinateur, tandis que les autres, jusqu’alors absorbés par un match de football projeté sur un écran plat de soixante pouces fixé au mur, avaient reporté leur attention sur les nouveaux venus et avaient une main posée sur leurs armes, prêts à agir. L’arsenal se composait d’un mélange de MP7 équipés de chargeurs de quarante cartouches et de MP5 tirant des munitions de 9 mm avec des chargeurs de cent cartouches, histoire de pouvoir gérer les menaces les plus imposantes. Une puissance de feu qui forçait le respect de Michael.
— En général, c’est ici que l’on s’empare des armes de nos visiteurs, mais avec ce lien autour de tes poignets, tu ne pourras de toute façon pas te servir de tes haches, alors on va te les laisser.
La gamine tourna ensuite son attention vers Leka et, le fixant droit dans les yeux, lui demanda :
— Et toi, monsieur l’elfe ? As-tu apporté une arme ?
À la grande surprise de Michael, Leka ouvrit sa veste et indiqua sa lame.
— Tu peux la garder également, dit la vampire en passant la main sur la garde dans un geste à connotation sexuelle, accentué par un sourire aguicheur tout à fait inapproprié sur les lèvres d’une enfant de quatorze ans.
Pourquoi n’ont-ils pas pris l’épée ? se demanda Michael. Avant qu’il n’ait pu y réfléchir, un pan de mur glissa silencieusement pour dévoiler ce qui ressemblait à une salle de bal datant de la Renaissance.
Sans que son cerveau ait le moindre contrôle sur ses membres, Michael se mit soudain à avancer vers l’ouverture. Son corps répondait simplement au mouvement imposé par le vampire à l’autre bout de la laisse.
Satanées faes !
Cela faisait plus de trente ans que Michael n’avait pas croisé l’un des leurs, et il ne s’en portait que mieux. Il n’en avait jamais rencontré un qui n’était pas sournois ou qui, de manière générale, ne lui cause pas de tracas.
Les faes étaient fourbes de nature et essayaient toujours de vous piéger d’une manière ou d’une autre afin que vous leur soyez redevable. Leur tricherie compulsive était peut-être un mécanisme de défense pour compenser leur incapacité à mentir, mais cela n’excusait en rien leur façon d’agir.
Michael se souvenait encore du pari qu’il avait perdu contre un ogre : il avait été forcé d’affronter un minotaure pour éponger sa dette. Les minotaures n’étaient pas le genre de faes auxquelles on voulait se frotter ; même les trolls évitaient de les titiller. Mais Michael n’avait pas eu le choix. Pour rendre la chose plus intéressante, la fae qui avait organisé le combat avait interdit à Michael de prendre sa forme d’ours. Ses haches avaient été ses seules armes contre le monstre. La bête avait plusieurs fois failli le tuer, mais les haches de Michael avaient au bout du compte eu raison d’elle.
Avec son plafond voûté de cinq mètres de hauteur, la salle de bal avait les dimensions d’un court de tennis. Les cloisons ne disposaient pas de fenêtres, mais elles étaient ornées de nombreuses peintures dont les cadres finement sculptés constituaient des œuvres d’art à part entière. La plupart des tableaux représentaient des portraits de famille d’un autre temps, mais la fresque qui occupait un pan complet de mur était d’une nature différente. Elle illustrait une partie de chasse où les chasseurs, visiblement immortels, traquaient un groupe d’humains tentant de sauver leur peau. On pouvait également y voir quelques loups-garous envoûtés assistant les vampires dans cette quête honteuse.
Seuls une femelle et deux mâles occupaient la large pièce, mais leur puanteur envahissait tout l’espace. Une indication claire quant à l’âge avancé des trois suceurs de sang. Un seul humain se tenait aux côtés des aînés, mais Michael aurait été bien en peine de dire s’il s’agissait d’un esclave ou d’un initié.
— Que nous amènes-tu, Silvia ? demanda un vampire qui possédait l’apparence d’un quinquagénaire.
Ses pommettes saillantes et ses lèvres fines lui conféraient une expression de sévérité inflexible. Ses yeux étaient si profondément enfoncés dans leurs orbites que, de là où il se tenait, Michael était incapable d’en discerner la couleur.
— Vasil, je te présente Leka, un émissaire du Royaume-Brûlant, et voici son compagnon. Un spécimen intéressant, dit l’adolescente en observant Michael avec le regard d’un anthropologue venant de découvrir une tribu jusque-là inconnue au cœur de l’Amazonie.
— Que font-ils ici ?
Cette fois, c’était la femme qui avait parlé. La nuance de son rouge à lèvres s’accordait impeccablement à la chevelure rousse qui lui tombait aux épaules et accentuait la pâleur de son teint. Elle semblait dans la fleur de l’âge et son apparence était plutôt banale.
— Ils prétendent apporter un message de la part de Dariel, Andreea, dit Silvia en toisant Leka qui ne paraissait pas avoir enregistré la question.
Michael jeta un coup d’œil à l’elfe et s’aperçut qu’il avait le regard vitreux ; la gamine répondant au nom de Silvia l’avait visiblement envoûté. Probablement au moment où elle inspectait son épée. Ce qui expliquait pourquoi elle l’avait autorisé à la garder… Elle ne lui serait d’aucune utilité dans ces conditions.
Michael réalisa que la situation était en fait bien pire que ce qu’il avait cru jusqu’à présent. Dans l’état actuel des choses, Leka serait incapable de le libérer en cas de besoin, et il était fort possible que ce besoin se fasse rapidement sentir.
— Nous sommes venus vous poser quelques questions, dit Michael d’une voix qui retentit dans toute la pièce.
— Qui t’a autorisé à parler, bête ? Personne ne s’adresse à toi, alors ferme-la ! ordonna Vasil.
Michael s’apprêtait à répliquer lorsqu’il perçut une pression sur la corde qui le fit violemment tomber à genoux. Il jeta un regard menaçant au garde qui tenait l’autre bout du lien, mais le vampire n’eut qu’un sourire ironique pour toute réponse. Profites-en tant que tu le peux. Tes jours sont comptés, l’ami, songea Michael.
— Voilà qui est mieux, dit Vasil comme s’il s’adressait à un chien désobéissant.
— Pourquoi nous les as-tu amenés, Silvia ? Si Dariel a quelque chose à nous dire, il n’a qu’à venir lui-même.
— J’ai pensé que l’homme des cavernes pourrait vous intéresser ; si mon intuition ne me trompe pas, il ferait un chien de garde tout à fait exceptionnel. Les deux sentinelles gardant le portail n’ont rien pu faire pour l’empêcher d’entrer.
— Qu’en penses-tu, Grigore ? demanda Vasil.
Le troisième vampire, qui n’avait pour l’instant pas levé les yeux du plateau d’échecs qu’il contemplait, se redressa et marcha lentement en direction de Michael. Il portait un long peignoir noir qui lui tombait jusqu’aux pieds et dont le blason brodé sur la poitrine sembla familier à Michael. Ses cheveux aile de corbeau étaient attachés dans une queue de cheval, et une barbe rase lui couvrait la moitié du visage. Il paraissait avoir dans les quarante-cinq ans, un peu plus jeune que Vasil. Mais l’allure ne voulait rien dire et Michael savait qu’il pouvait être âgé d’un millénaire.
Michael essaya de se souvenir de ce blason. Cela faisait longtemps, au moins trois ou quatre siècles. La mémoire lui revint subitement. Il avait vu les mêmes armoiries sur les pages jaunies d’un gros volume relié de cuir, placardées sur le bouclier d’un chevalier posant sur sa monture.
Le vampire attrapa le menton de Michael et lui releva la tête pour l’examiner de son regard inquisiteur – le regard d’un fermier évaluant un taureau primé.
— Je crois que Silvia a raison, dit le dénommé Grigore, laissant retomber le menton de Michael. Je pensais sa race éteinte…
— Quel âge as-tu ? demanda Vasil.
— À vrai dire, nous sommes venus vous poser quelques questions, alors peut-être pourriez-vous arrêter de me traiter comme un animal de ferm…
Mais avant que Michael ne puisse finir sa phrase, une autre pression sur la laisse le fit cette fois s’affaler au sol, de tout son long.
— Ton toutou n’est pas très coopératif, Silvia, observa Andreea.
— C’est parce qu’il n’est pas mon toutou… du moins, pas encore.
— Fais le nécessaire, dans ce cas, dit Vasil avec impatience.
Elle s’avança pour faire face à Michael. Il s’était remis à genoux, mais même dans cette position, ses yeux étaient presque au niveau de ceux de Silvia. Quand cette dernière plongea son regard dans le sien. Michael ressentit un soudain vertige. Il avait la désagréable sensation que la gamine tentait de se frayer un chemin vers son cerveau, et il ne savait pas combien de temps il parviendrait à résister. Il lui était tout simplement impossible de détourner ses yeux des siens. Un ours-garou envoûté constituait une arme tellement exceptionnelle pour l’Alliance de l’Ouest qu’ils étaient prêts à se mettre Dariel à dos pour l’obtenir.
Michael sentit la corde se relâcher un peu, mais pas suffisamment pour que ses mains puissent atteindre la gorge de la fille. Et les réflexes de son gardien étaient bien trop rapides, le ranger ne pouvait envisager de se relever.
Michael pensa alors aux haches qu’il avait dans le dos et qui ne lui étaient d’aucun intérêt. Elles avaient vaincu un minotaure, et aujourd’hui, elles étaient aussi inutiles que des cuillères en plastique. À moins que… Il y avait peu de chance que cela fonctionne, mais il n’avait rien d’autre à tenter.
D’un mouvement rapide comme l’éclair, Michael approcha ses poignets entravés de la tête de hache qui dépassait de son épaule gauche. La lame effilée tel un rasoir sectionna la cordelette enchantée avec l’aisance d’un katana tranchant une motte de beurre.
Le garde tira aussitôt sur la bride, mais trop tard. D’un bond, il couvrit les deux mètres qui le séparaient de Michael, mais la hache de ce dernier s’abattit sur son crâne et le trancha littéralement en deux.
Les trois autres gardes, qui étaient restés en retrait derrière Michael, bondirent vers lui, mais le ranger s’empara de Silvia avant qu’ils ne puissent l’atteindre. La plaquant contre lui de son bras gauche tandis que sa main droite maintenait sa hache aiguisée sous la gorge de l’adolescente.
Une hache traditionnelle n’aurait inquiété personne, mais celle-ci avait déjoué la magie des faes avec une facilité hors du commun, et les vampires lui témoignèrent le respect qui lui était dû.
— J’ai abattu un minotaure avec cette hache, elle a goûté au sang du monstre, expliqua-t-il avec malice. Cela lui confère un certain pouvoir vis-à-vis des objets féeriques. Et des vampires également, il semblerait, ajouta-t-il, en désignant les deux moitiés du gardien qui commençaient à fumer sur le sol.
La manière traditionnelle de tuer un vampire consistait à leur couper la tête et à leur arracher le cœur, mais même après cela, ils ne se mettaient généralement pas spontanément à brûler.
Le cadavre s’embrasa bientôt et fut entièrement consumé en quelques secondes seulement. Du garde, il ne demeura que deux tas de cendres blanches. Intéressant… Le sang du minotaure s’avérait particulièrement nocif pour les vampires. Un peu comme la salive des porteurs de peau.
Comme déconnecté de la réalité, Leka avait assisté à la scène sans la moindre réaction, une expression impassible sur le visage.
Tout en maintenant son otage fermement contre lui, Michael s’approcha de l’elfe et du plat du pied, lui asséna un coup rapide derrière les genoux. Leka perdit l’équilibre et sa tête vint violemment heurter les tommettes.
— Réveille-toi, Leka. J’ai besoin de toi, dit Michael avec insistance.
L’elfe se releva en se frottant le front.
— Que se passe-t-il ?
— Cette charmante petite chose t’a envoûté, dit Michael en indiquant Silvia d’un geste de tête. Désolé pour la bosse, mais rien de tel que le traitement de choc…
— Merci… je suppose.
— Seigneur elfe, pourriez-vous expliquer à votre ami que son comportement est intolérable et que s’il persiste à menacer Silvia, les conséquences seront terribles, dit Grigore avec condescendance.
— Dites-le-lui vous-même. Ma nature diplomate a tendance à s’évaporer après un envoûtement, répondit Leka en tirant son épée.
La lame était parfaitement transparente et quasiment invisible, comme si elle avait été forgée à partir d’un cristal unique et façonné de manière à ne pas refléter la lumière.
— Nous sommes venus en ami, mais vous nous avez agressés, continua l’elfe. Vous avez rompu la trêve qui existait entre votre Alliance et le Royaume-Brûlant. Il n’y a pas de victoire possible pour les vampires dans un conflit entre nos peuples, alors réfléchissez bien avant d’abattre votre prochaine carte. Tentez quoi que ce soit, et vous serez nombreux à périr sous ma lame et les haches de mon compagnon. Et si par miracle vous parveniez à nous vaincre, c’est une armée entière d’elfes qui viendra pour réduire en cendres ce domaine et tous ceux qui s’y trouvent.
Michael soupçonnait Leka de bluffer, mais il le faisait de manière suffisamment convaincante pour que Grigore y réfléchisse à deux fois avant d’agir.
— La fille de Dariel a été attaquée par un vampire et laissée pour morte dans nos bois, il y a quelques nuits de cela. C’est la raison pour laquelle nous sommes ici. Il nous faut des réponses, et Dariel s’attend à ce que vous coopériez dans cette affaire. Il ne pense pas que vous soyez impliqués directement, sinon il serait venu lui-même, et pas simplement pour discuter.
— Nous ne savons rien de cette histoire, rétorqua Grigore avec froideur.
— Le vampire responsable de cette attaque est très puissant, et probablement très vieux. Il se prénomme Dragos, dit Michael, en scrutant le visage des aînés pour y déceler une réaction.
Il n’y lut rien, mais sentit Silvia tressaillir contre son torse. Il y en avait au moins une qui connaissait Dragos.
— Savez-vous quelque chose à propos de vampires qui traînent dans les rues en plein jour ? s’enquit Leka.
— Je sais surtout que c’est impossible ! Un vampire ne sort pas la journée ; un point, c’est tout. À votre avis, pourquoi des bêtes telles que votre compagnon nous intéressent-elles ? Tout simplement parce qu’elles sont idéales dans le rôle de gardiens lorsque nous dormons le jour.
— Et toi, Silvia, es-tu au courant de quelque chose ? demanda Michael, en pressant la lame de sa hache un peu plus fort sur la carotide de la vampire.
— Va te faire foutre !
Les paroles de l’adolescente résonnèrent sous le plafond voûté, tandis que les quatre gardes de l’antichambre entraient, armes en joue. Ils rejoignirent rapidement leurs trois autres collègues déjà présents dans la pièce et les sept vampires formèrent un cercle autour des deux comparses et de leur otage.
Grigore se mit à rire, un son guttural qui provenait du plus profond de sa gorge.
— Je suis le plus vieux vampire de ce continent. Tu n’es qu’un insecte, une punaise que j’écraserai à la minute où elle cessera de me distraire.
— Je connais ton âge, Grigore Vaduva. Et je peux t’assurer que je combattais déjà les tiens quand le grand-père de ton grand-père portait encore des couches. Je sais aussi que tu n’aimerais pas voir ta petite-fille rejoindre le tas de cendres qui est à mes pieds, alors je te conseille de ne rien tenter.
Michael et Leka commencèrent à se diriger doucement vers la porte, dos à dos afin de protéger leur retraite. Silvia tâchait de se libérer de l’étreinte du ranger qui l’entraînait avec lui, mais le poids de la hache sur son cou calmait ses ardeurs. Malgré la force incroyable de l’adolescente, elle n’aurait pu lutter contre Michael, avec ou sans arme.
Ils atteignirent le portail principal sans encombre, mais avec une escorte de vampires qui avait grossi au fur et à mesure de leur retraite le long des corridors du château.
— J’espère que tu as un plan, dit Leka à voix basse, alors qu’ils s’approchaient du pick up de Michael, une vingtaine de mitrailleuses pointées sur leurs poitrines.
Le ranger resta muet un instant, il essayait de regarder sa montre sans relâcher son étreinte sur Silvia. Lorsqu’il y parvint finalement, il lut 1 h 05.
— J’ai bien peur que nous soyons obligés de patienter encore quelques minutes.
Leka ne posa pas de question. Toute son attention était tournée vers le contingent de vampires les encerclant.
Des bruits de sirènes déchirèrent le silence de la nuit trois minutes plus tard. Les sons s’intensifièrent rapidement à mesure que les voitures s’approchaient du manoir. Lorsqu’une demi-douzaine de véhicules de police débarqua à l’intersection la plus proche, suivies par beaucoup d’autres à en croire le tintamarre assourdissant, les vampires choisirent de s’éclipser. Michael et Leka en profitèrent pour sauter dans leur pick up, abandonnant Silvia derrière eux.
— Comment as-tu fait cela ? demanda Leka, alors qu’ils s’en allaient en croisant le flot incessant de voitures qui arrivaient.
— C’est un secret, mais rappelle-moi d’envoyer des fleurs à la détective Samantha Lewis de la police de Houston.
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