La trinité maudite: Michael Biörn Volume 2 (French Edition)

Chapitre 55

La nuit était tombée sur la forêt, mais Silvia et ses hommes portaient toujours leurs tenues de jour. Son tissu noir les rendait plus difficiles à repérer dans la pénombre qui enveloppait le campement.

L’équipe avait investi le camp une heure après le crépuscule. L’unique sentinelle qui montait la garde de l’autre côté du portail enchanté avait été éliminée avant d’avoir pu donner l’alerte. Son corps, son cœur et sa tête dissimulés à trois endroits différents, dans le périmètre arboré encerclant la clairière.

Le commando se déplaçait sans un bruit à travers les fourrés, leurs silhouettes se fondant parfaitement dans la végétation environnante.

Les diurnes de Dragos et les initiés qui les servaient s’affairaient à leurs tâches, inconscients du danger tapis dans l’ombre. Tandis que de petits feux s’allumaient pour préparer le dîner de ceux qui avaient encore besoin de nourriture pour vivre, d’autres initiés apportèrent de grandes glacières qu’ils disposèrent sur des tables de fortune. À l’inverse de la nourriture qui cuisait sur les flammes, celle dans les glacières était destinée à ceux qui avaient depuis longtemps cessé de respirer.

De plus en plus de vampires émergeaient des tentes qui parsemaient la clairière, et ils se dirigeaient avec nonchalance vers les glacières pour y récupérer leur repas. Armés de poches de plasma équipées de pailles, ils se rassemblèrent ensuite autour d’un grand feu.

— Dragos ne semble pas être là, Silvia. Que fait-on ? Tu veux qu’on les tue tous ? demanda le chauffeur, sans véritable enthousiasme.

— Ne sois pas stupide. Aussi minables soient-ils, ils n’en demeurent pas moins des vampires, et ils sont dix fois plus nombreux que nous, répondit Silvia.

Bien qu’elle parût vingt ans plus jeune que le reste du commando, elle avait au moins deux siècles de plus que l’aîné de ses hommes, et son autorité était indiscutée.

— Allons jeter un œil à l’intérieur des tentes. Mais soyez prudents, nous ne pouvons pas nous permettre d’être découverts.

— On ferait peut-être mieux de rester groupés, suggéra la sentinelle dans un murmure.

Les autres le regardèrent, surpris.

— On ira plus vite si on se sépare, répondit le chauffeur.

— Peut-être, mais si Dragos se trouve dans l’une de ces tentes, je doute que l’un de nous ait envie de l’affronter seul.

La sentinelle n’avait pas tort, mais la fierté de Silva lui interdisait de laisser passer une telle insinuation.

— Dragos n’est rien d’autre qu’un paysan. Si tu as peur de te mesurer à lui, peut-être as-tu besoin d’un nouveau boulot, le réprimanda-t-elle.

Elle s’abstint cependant de leur ordonner de se séparer.

Se déplaçant trop vite pour pouvoir être vue par un œil humain, l’équipe quitta l’abri des arbres autour de la clairière et se dirigea a découvert en direction de la tente la plus proche.

Ils la trouvèrent déserte. Bien que suffisamment grande pour que sept personnes puissent y dormir confortablement, elle ne comptait que quatre lits de camp. À la tête de chacun d’eux, une cantine en métal contenait des vêtements et divers effets intimes.

Les deux tentes suivantes étaient en tous points semblables à la première, vides, mais ils entendirent deux humaines discuter dans la quatrième. Silvia se servit de sa magie pour se rendre invisible et pénétra seule à l’intérieur, où il ne lui fallut qu’un instant pour confirmer que l’abri ne comportait rien d’intéressant.

Les trois tentes suivantes s’avérèrent elles aussi dénuées d’intérêt, et Silvia commençait à désespérer lorsqu’ils tombèrent enfin sur quelque chose digne de leur attention : la rousse que les diurnes avaient rapportée de leur petite virée dans les montagnes Bridger.

La jeune femme semblait dormir, mais il ne s’agissait pas d’un sommeil naturel. Elle ne se serait certainement pas réveillée d’elle-même si un orchestre s’était mis à jouer dans la clairière.

— Enfin une bonne nouvelle, dit Silvia à voix basse.

— Pourquoi est-ce une bonne nouvelle ? demanda le sniper.

— Parce qu’elle est encore humaine !

Les trois hommes contemplèrent leur leader d’un air dubitatif.

— Si elle est encore humaine et en vie, on peut supposer que c’est parce qu’elle a de l’importance pour Dragos. Si elle est importante à ses yeux, il y a de grandes chances pour qu’il vienne la voir à un moment ou à un autre. Ou qu’il dépêche quelqu’un pour venir la chercher, expliqua Silvia.

— Peut-être qu’ils ont juste l’intention de s’en servir comme sac à sang, suggéra la sentinelle.

— As-tu vu un seul sac à sang dans ce campement ? demanda Silvia d’un ton cassant. Les diurnes ont pris des risques pour l’amener jusqu’ici. Elle a donc de la valeur pour eux… Je vous le dis, il nous faut garder un œil sur elle.

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