La trinité maudite: Michael Biörn Volume 2 (French Edition)
Épilogue
Michael gara son pick up devant une grande maison d’apparence vétuste située dans la partie nord de la réserve shoshone et se tourna vers Olivia, assise sur le siège passager.
— Ça risque de te coller un choc, Olivia. Mais je pense que ça peut aussi t’aider à tourner la page. Cicatriser certaines blessures… Et même si ce n’est pas le cas, tu es en droit de connaître la vérité.
— Tu réalises que je n’ai aucune idée de ce dont tu es en train de parler ?
— Il est temps de le découvrir, répondit-il, en ouvrant la portière.
Ils se retrouvèrent bientôt sur le perron de la bâtisse, et Michael frappa à l’épaisse porte en bois.
Un jeune Shoshone vint leur ouvrir et les conduisit jusqu’au salon où un vieil homme d’allure robuste se tenait près de la cheminée.
— Cameahwait, laisse-moi te présenter Olivia Harrington. Olivia, voici Cameahwait, un ami.
— Ravie de vous rencontrer, monsieur, dit Olivia.
Pendant un instant, le vieillard scruta le visage d’Olivia de son regard intense, avant de répondre :
— Voici donc le jeune louveteau qui nous a donné tant de tracas ?
Olivia observa Michael d’un air interrogateur.
— Tu te souviens de ces loups qui t’ont sauvée des vampires diurnes, non pas une, mais deux fois dans la forêt ? demanda Michael.
— Tu veux parler de ces garous qui en avaient après Matt et qui l’auraient tué si je n’étais pas intervenue ?
— Tu es un garou, jeune fille, répondit le vieil homme d’une voix mesurée. Nous sommes aussi des loups, mais la ressemblance s’arrête là. Nous sommes des porteurs de peaux, même si beaucoup nous appellent morpheurs – un terme inapproprié, puisque la moitié de la communauté préternaturelle peut changer de forme d’une manière ou d’une autre. Contrairement aux loups-garous, nous n’entretenons aucune rancœur à l’encontre des ours, comme notre ami Michael ici présent. Non, nous réservons toute notre animosité pour nos ennemis héréditaires, les vampires.
Le vieil homme se tut un moment, les yeux fixés sur le feu qui dansait dans l’âtre, avant de reprendre :
— Michael t’a amenée ici pour que tu rencontres quelqu’un. L’un de mes petits-fils, en l’occurrence. Vous vous êtes déjà rencontrés, à vrai dire, mais l’heure est venue pour des présentations officielles.
Olivia lança un regard interrogateur à Michael, qui l’ignora.
— Daka ! appela le vieil homme.
L’instant d’après, un garçon d’une vingtaine d’années fit son apparition.
— Olivia, voici mon petit-fils, Dakayivani, mais tout le monde l’appelle Daka.
Olivia reconnut immédiatement celui qu’elle avait pris pour un Iranien. Qui n’avait cessé de la suivre, avait tenté de la kidnapper devant chez elle. Et enfin, qui avait tué Matt, lui arrachant la moitié du visage au passage.
Elle pouvait à peine respirer. Elle sentit ses crocs pousser à mesure que la rage s’emparait d’elle.
— Ça suffit, Olivia ! Contrôle-toi, ordonna Michael. Ne te fie pas aux apparences. Écoute ce que Daka a à te dire. Il est de ton côté. Il l’a toujours été.
— Presque toujours, ajouta Daka, contre toute attente.
Tous se tournèrent vers lui ; des envies de meurtre brûlaient dans les yeux d’Olivia.
— La première fois que je t’ai vue, c’est à cette soirée où tu es allée avec ta sœur, il y a quelques semaines de ça. Je m’y trouvais en mission. Chargé de surveiller un diurne. Tu ne t’en souviens certainement pas, mais vous êtes passées devant une chambre où deux types jouaient à un jeu vidéo.
— Je m’en souviens parfaitement, au contraire, dit Olivia avec agressivité, même si je ne me souviens pas de ce à quoi ils ressemblaient.
— Eh bien, l’un d’eux était le vampire que je surveillais. Le diurne qui t’a suivie jusqu’à ton appartement après que tu as quitté la soirée de manière précipitée. Il t’a suivie, et je l’ai suivi. J’ignorais pourquoi il s’intéressait à toi, mais j’ai tout de suite compris quand je me suis trouvé suffisamment proche de toi. Il avait saisi à ton odeur que tu n’étais pas humaine, même s’il ignorait ce que tu étais vraiment. Contrairement à moi, il était trop inexpérimenté pour pouvoir reconnaître un loup-garou.
— Et qu’est-il arrivé à ce mystérieux vampire ? s’enquit Olivia, incrédule. Comment se fait-il que ce soit ton visage que je voyais partout, et non le sien ?
— Probablement parce que je suis plutôt nul en filature, répondit Daka, en souriant, mais Olivia ne trouvait pas cela drôle. Puisque tu le demandes, le diurne en question est enfermé dans la cave. Cela fait à présent plusieurs semaines qu’il est notre prisonnier.
Cameahwait demanda à ce qu’on amène le vampire, et après quelques minutes d’attente oppressante, deux Shoshones bâtis comme des déménageurs entrèrent dans la pièce en traînant un homme derrière eux. De grosses chaînes entravaient les poignets et les chevilles du captif. Elles étaient reliées à d’autres chaînes enroulées autour de sa taille. Le visage de l’homme était recouvert d’une taie d’oreiller noire.
Olivia sentit le poids de la main de Michael sur son épaule juste avant que Daka n’enlève la taie d’oreiller et ne révèle le visage de Matt Pearson.
— Matt ? dit finalement Olivia, après quelques secondes d’un silence perplexe. C’est vraiment toi ?
L’attitude arrogante du vampire ne paraissait pas vraiment appropriée compte tenu de sa situation précaire, mais il ne semblait pas y prêter attention.
— Salut, Olivia. Ça fait un bail.
— Mais je t’ai vu mourir.
L’incrédulité et le dégoût se mêlaient dans la voix de la jeune femme.
— Les vampires ne meurent pas si facilement. Je pensais que tu aurais appris la leçon à présent.
— Mais je croyais…
— Que j’étais follement amoureux de toi ? Ne me fais pas rire. Tu as vraiment imaginé pouvoir attirer un type comme m…
Daka envoya un coup de coude monumental dans le nez du vampire avant qu’il n’ait une chance de finir sa phrase.
— Tu paieras pour ça, cracha Matt, ivre de rage.
— Permets-moi d’en douter, répondit Daka.
— Pourquoi ? demanda Olivia. Pourquoi tout ce cirque ? Quand tes potes m’ont attaquée au restaurant, et le lendemain dans la forêt, pourquoi ne les as-tu pas aidés ?
— Au restaurant, on essayait juste de comprendre ce que tu étais. Greg était le plus expérimenté de notre groupe ; et il a tout de suite réalisé que tu étais un loup-garou. Et le jour d’après, quand ils t’ont prise en embuscade dans les bois, ils n’auraient pas dû avoir besoin de mon aide. Personne ne s’était attendu à ce que ces saloperies de clébard viennent à ton secours.
— Et l’idée de camper tous ensemble ? Pourquoi vous être donné tout ce mal pour me kidnapper ?
— Parce que Séraphin et Maya ne pouvaient pas s’en charger eux-mêmes. Tu te serais souvenue de leur implication même après l’envoûtement de Dragos. Et apparemment, ce n’est pas facile d’effacer la mémoire d’un loup-garou. Tu as vraiment cru que tu étais la cible principale de cette opération ? demanda le vampire d’un ton dégoulinant de dédain. Séraphin et l’elfe savaient déjà qui tu étais et le lien que tu entretenais avec l’ours lorsque nous sommes tombés sur eux par hasard dans ce bar à vin. Ils savaient aussi que l’animal pourrait poser des problèmes et préféraient largement l’avoir avec nous que contre nous. Le but de la virée camping était de t’envoûter et de t’ensorceler loin de la protection de tes amis. Mais les morpheurs nous ont une fois de plus mis des bâtons dans les roues. En désespoir de cause, on a enlevé ta sœur afin de garantir ta coopération, d’une façon ou d’une autre… Lorsqu’elle a compris que le commando de diurnes ne parviendrait pas à t’enlever, Maya a décidé de tuer le dernier d’entre eux, autant par rage face à leur échec que pour se rapprocher de toi.
— Et pourquoi ont-ils mis en scène leur propre mort et enlèvement ?
— Tu n’as pas encore saisi ? Après que Dragos t’a envoûtée, ta coopération, et par conséquent celle de l’ours, était assurée. Séraphin et Maya n’avaient aucune raison de perdre plus de temps en ta compagnie. Ils avaient aussi besoin d’avertir Dariel que sa fille avait à nouveau été capturée par Séraphin.
— Tu n’es vraiment qu’une petite merde ! dit Olivia, écœurée.
— Et toi, une pauvre conne !
Cette fois, ce fut Michael qui s’occupa du vampire en lui assénant un coup sur le côté de la tête de son poing démesuré.
— Qu’allez-vous faire de lui ? demanda Olivia.
— Il ne nous est désormais plus d’aucune utilité, répondit Cameahwait. Michael nous avait demandé de le maintenir en vie assez longtemps pour que tu puisses voir qui il était vraiment. À présent que c’est fait, j’ai l’intention de laisser mes jeunes loups s’entraîner un peu sur lui.
La nuit était tombée sur Yellowstone et, perdu dans ses pensées, Michael regardait les étoiles, assis sous le porche devant son chalet. Olivia était repartie pour Bozeman quelques heures plus tôt et devait certainement déjà être arrivée à son appartement.
L’après-midi s’était révélé émotionnellement éprouvant pour elle, mais elle s’en remettrait. Il était préférable qu’elle connaisse la vérité à propos de Matt Pearson plutôt que de continuer à pleurer la mort de cette ordure.
Il entendit la voiture approcher bien avant qu’elle ne s’engage dans l’allée menant chez lui. Une petite voiture rouge, un modèle de base que proposaient toutes les agences de locations. Elle s’arrêta à quelques mètres du pick-up de Michael.
Le conducteur ouvrit la porte, et Sheila sortit de l’habitacle.
— Bonsoir, Michael.
Fin
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