La trinité maudite: Michael Biörn Volume 2 (French Edition)

Chapitre 80

Michael roulait sur Aspen Creek à vitesse réduite. Les faisceaux de ses phares étaient la seule source de lumière à des kilomètres à la ronde. La nuit était tombée sur un ciel nuageux quelques heures plus tôt, plongeant le paysage dans des ténèbres impénétrables.

Pour la première fois depuis qu’Éz n’était plus à ses côtés, Michael avait le sentiment de progresser. Il était encore trop tôt pour l’optimisme, mais les pièces du puzzle commençaient à s’assembler doucement. À ce stade, tout n’était que conjectures, mais il suivait la bonne piste.

Il avait une hypothèse qui expliquait comment Séraphin avait pu regagner ses pouvoirs si rapidement après la destruction de son bâton d’enchanteur aux mains d’Ézéchiel. Une hypothèse qui expliquait aussi l’origine de l’immunité au soleil des vampires diurnes. Mais pour prouver sa théorie, il lui faudrait d’abord attraper cette satanée fae.

Ses phares capturèrent au loin les contours d’un grand plain-pied, sans doute la ferme. Michael était suffisamment coutumier des vampires pour savoir que l’exploitation n’avait certainement rien à voir avec le secteur agricole. Il était probable qu’on y produise de la nourriture, mais pas de celle que l’on trouvait dans les supermarchés.

La route sinueuse était bordée par les bois sur la droite et par des champs à perte de vue sur la gauche. Elle était à peine assez large pour son imposant pick up, aussi lorsque la Mercedes noire arriva droit sur lui dans un virage, Michael n’eut d’autre choix que de s’arrêter.

Il sortit du pick up en un éclair, une hache fermement ancrée dans chaque main. Il s’était attendu à revoir Silvia et sa bande de loustics, mais pas si tôt. Comment avaient-ils su où l’attendre ? Étaient-ils au courant pour la ferme depuis le début ? À moins que…

— Comment va Jessica ? lança-t-il à l’attention de Silvia qui se tenait à trois mètres de lui, une courte épée dans chaque main.

Les deux vampires qui l’accompagnaient pointaient des mitrailleuses sur lui, des MP5 équipées de chargeurs de cent munitions d’après ce que Michael pouvait en voir. Une puissance de tir capable de le neutraliser suffisamment longtemps pour laisser à Silvia la possibilité de l’achever avant qu’il n’ait une chance de retrouver un semblant d’apparence humaine.

— Elle ne va pas très bien, grâce à toi. Nous avons pensé qu’il était plus charitable d’abréger ses souffrances après qu’elle nous a répété ce qu’elle t’avait dit. Nous avons également dû mettre le feu à la maison pour effacer les traces de ta petite visite. Tu ne sais pas qu’on est censé nettoyer derrière soi ? demanda l’aînée d’un ton condescendant.

— Je comptais sur Jessica pour faire le ménage, répondit Michael d’une voix neutre, tout en passant ses options en revue.

Sa forme d’ours serait plus difficile à tuer, mais il doutait que les suceurs de sang se tournent sagement les pouces durant les cinq secondes dont il aurait besoin pour la métamorphose. Il avait beau réfléchir, aucune idée brillante ne se présentait à lui. Un fait regrettable alors qu’il était si proche de son but, la ferme clairement visible au loin.

La seule solution lui laissant une chance de s’en sortir consistait à lancer ses haches sur les deux vampires armés, avant de gérer les épées de Silvia à mains nues. Une stratégie des plus dangereuses étant donné la rapidité légendaire de ses adversaires. Si les deux types parvenaient à esquiver ses haches, il se retrouverait démuni face à ses trois ennemis.

— C’est vraiment ça que tu veux ? demanda-t-il, tentant de gagner un peu de temps.

— Non, répondit-elle à sa grande surprise. Nous ne voulons simplement pas que tu ailles à la ferme. Laisse-nous Dragos. Personne n’a besoin de mourir ce soir.

Le vent tourna à cet instant, amenant avec lui des parfums intéressants jusqu’aux narines de Michael. Le premier était celui de la peur. Pas le mélange de transpiration et d’hormones caractéristique de la terreur des humains, non cette odeur n’avait rien à voir, mais Michael n’avait aucun doute quant à son origine. Malgré leur puissance de tir impressionnante, ces trois-là le craignaient.

Cette constatation le ravit, mais pas autant que la seconde odeur détectée. Celle de la victoire… Celle des loups.

Les bêtes sortirent tranquillement des bois, derrière les vampires.

Sentant le danger, l’un des suceurs de sang se retourna.

— Et merde ! dit-il.

Silvia risqua à son tour un œil derrière elle, et découvrit toute une meute de leurs ennemis ancestraux. Les vampires et les porteurs de peaux s’affrontaient depuis l’arrivée des suceurs de sang sur le Nouveau Monde à la fin du XVIIe siècle. Pour les porteurs de peaux – plus communément appelés morpheurs –, la chasse au vampire était inscrite dans leur ADN. Ils n’étaient pas seulement immunisés contre la magie de leurs adversaires, ils n’avaient en plus pas à se soucier de faire disparaître les restes de leurs rivaux défaits. Un vampire tué par un morpheur était réduit en cendres en quelques secondes.

Michael jaugea rapidement les forces en présence et décida de ne pas amorcer l’affrontement. Il ne faisait aucun doute que son camp sortirait vainqueur s’il devait y avoir une lutte, mais les vampires vendraient chèrement leurs vies. Et compte tenu de leur arsenal et du fait qu’ils avaient affaire aux troupes de choc de l’Alliance de l’Ouest, une bonne partie de la meute risquait d’y passer. Chose que Michael ne pourrait se pardonner. Contrairement aux garous, les porteurs de peaux n’étaient pas invulnérables. Leurs corps ne se régénéraient pas. Ou en tout cas, pas comme celui de Michael.

Les vampires se tenaient désormais dos à dos, encerclés par les loups qui leur coupaient toute retraite.

— On dirait bien que nous sommes dans une impasse, dit Michael, qui voulait éviter le combat à tout prix.

Ces trois-là n’étaient pas l’ennemi, mais simplement une distraction. Le sang des morpheurs ne devait pas couler pour eux. Michael doutait que les loups voient les choses ainsi, mais il savait qu’ils ne feraient rien sans son consentement. Du moins, pas sans être provoqués.

— Que suggères-tu ? demanda Silvia, les yeux rivés sur le loup le plus proche, à trois mètres d’elle, une distance que la bête pouvait franchir en un bond.

Les crocs de l’animal luisaient sous la lumière des phares de la Mercedes.

— Je suggère que vous remontiez dans votre voiture et que vous vous en alliez. Comme tu l’as fait remarquer, personne n’a besoin de mourir ce soir.

Elle sembla réfléchir un instant à l’offre, mais Michael savait que sa décision était déjà prise. Silvia tentait simplement de sauver la face, trop fière pour admettre sa défaite.

— Très bien, dit-elle finalement, mais ce n’est que partie remise. On se retrouvera et la prochaine fois, il n’y aura personne pour venir te sauver.

Michael lutta pour ne pas sourire tandis que les vampires retournaient à leur véhicule, les loups s’écartant juste assez pour les laisser passer.

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