La trinité maudite: Michael Biörn Volume 2 (French Edition)

Chapitre 25

Allongé sur un lit d’hôpital dans la cité des elfes, Ézéchiel paraissait plongé dans un profond sommeil. Debout près de son époux, Dame Leana triturait un mouchoir blanc, elle semblait terriblement bouleversée. De l’autre côté du lit, Gweven attendait en silence à côté de Michael. Le guérisseur avait tout tenté pour libérer l’enchanteur de l’endroit où son esprit était retenu prisonnier, mais en vain.

— Je suis désolé, Michael. Je ne peux rien faire pour lui. C’est au-delà de mes compétences, dit Dariel en reposant la main d’Ézéchiel sur sa poitrine.

— Vous êtes en train de me dire que vous pouvez ramener votre fille du royaume des morts, mais que vous ne pouvez rien faire pour aider Ézéchiel qui lui respire encore ?

Le Haut Souverain n’avait certainement pas l’habitude que l’on s’adresse à lui sur ce ton, mais Michael n’en avait cure. Son plus vieil ami gisait inerte sous ses yeux et sa rage grandissait avec son désespoir.

Cela aurait dû se passer sans encombre, une simple mission de reconnaissance. Mais les choses avaient terriblement mal tourné et Éz était à présent plongé dans le coma.

— Maya est une elfe. De plus, elle est ma chair et mon sang. Le lien qui nous unit est bien plus puissant que celui qui me lit à Ézéchiel, répondit Dariel d’un ton désolé.

— Techniquement, l’état d’Ézéchiel ne relève pas du domaine médical, Michael, intervint Gweven. C’est la raison pour laquelle nous ne pouvons pas l’aider. Il est coincé dans un lieu qu’il a lui-même créé.

La voix douce et calme du guérisseur n’avait pas le même effet apaisant sur Michael que sur le reste de ses semblables, mais elle lui permit néanmoins de se détendre.

— Que voulez-vous dire ?

— Lorsqu’Ézéchiel a compris qu’il allait perdre le combat, il a utilisé ses dernières forces pour protéger son esprit. Il a construit un mur autour de son moi intérieur. Une barrière suffisamment puissante pour empêcher le warlock de le détruire. Mais le problème, c’est que cette muraille qui l’a protégé de son ennemi est sans issue, expliqua Gweven.

— Vous voulez dire que le warlock ne peut pas en pénétrer les remparts, mais qu’Éz ne peut pas non plus en sortir ?

— Exactement.

— Comment peut-on démolir ce mur ?

— Nous ne le pouvons pas. Ézéchiel seul peut en venir à bout et il n’y a rien que nous puissions faire pour l’y aider, dit Dariel.

— Il se pourrait qu’il y ait une solution, dit Gweven.

Tous se tournèrent vers le guérisseur.

— Si Ézéchiel a bâti ce rempart pour se protéger du warlock, il est possible qu’il l’abatte s’il juge qu’il ne lui est plus utile.

— Que veux-tu dire ? demanda Dariel.

— Si le warlock n’est plus, le mur n’a plus aucune raison d’être, et alors peut-être qu’Ézéchiel le détruira de lui-même.

— Mais le warlock n’est pas ici, objecta Leana. Ézéchiel pourrait très bien se passer de ses défenses.

— Notre ami l’ignore, expliqua Gweven. Tout lien avec le monde extérieur s’est interrompu à l’instant où il a dressé ce mur. Ézéchiel n’a pas conscience de ne plus être en situation de danger immédiat.

— En admettant que le warlock soit vaincu, comment Éz saura-t-il que la menace a disparu ? Comment saura-t-il qu’il peut sortir de sa cachette ? demanda Michael.

— Il ne le saura pas…

La tristesse dans la voix de Dariel était palpable.

— Je n’en suis pas certain, répondit Gweven. Je pense qu’il est possible qu’il soit lié à son ennemi d’une manière inconsciente. Si le warlock meurt, cela pourrait rompre cette connexion et avoir l’effet d’un signal d’alarme pour Ézéchiel.

— J’ai bien peur que cela soit peu probable, dit Dariel, qui observait le ranger avec compassion. Je ne veux pas vous donner de faux espoirs, Michael. Je ne crois tout simplement pas à la théorie de Gweven.

Michael resta pensif un long moment, le regard fixé sur les traits impassibles de l’enchanteur. Lorsqu’il prit finalement la parole, sa voix était emplie de détermination.

— Il est possible que Gweven se trompe, mais sa théorie représente la seule chance que nous ayons de permettre à Éz à sortir de son coma. Peu importe que la probabilité soit mince, je vais essayer de le sauver. Je lui dois bien cela.

— Faites comme vous l’entendez, mais préparez-vous à être déçu.

— C’est d’accord. Mais en attendant, j’ai besoin de votre aide. Je sais où les trouver, mais je ne peux pas combattre le warlock seul. Je ne suis pas de taille. Mais vous, oui !

Dariel mesura sa réponse avant de la formuler.

— Si Ézéchiel n’est pas parvenu à le vaincre, qu’est-ce qui te fait penser que j’y arriverai ?

Il s’agissait d’une bonne question. Éz faisait partie des enchanteurs les plus puissants de la planète, et il n’avait pu venir à bout de Séraphin. Michael n’y connaissait pas grand-chose à la magie elfique. Que représentait-elle face à celle des enchanteurs et des warlocks ? Cependant, il savait une chose : Dariel était l’unique surnaturel vers lequel il puisse se tourner.

— Vous ne serez pas seul. Vous pourrez compter sur moi. Et vous avez une armée entière d’elfes à votre disposition. Ensemble, nous pouvons sortir vainqueurs de ce combat.

— Ce combat, comme tu l’appelles, ne concerne pas mon peuple, Michael. Je ne l’impliquerai pas dans une guerre qui n’est pas la nôtre.

— Mais cela vous concerne, Haut Souverain, rétorqua Michael, plantant ses yeux dans ceux de l’elfe. Un vampire du nom de Dragos était aux côtés du warlock durant la bataille. Ce vampire est celui qui a attaqué votre fille.

— Comment le savez-vous ? demanda Leana.

— J’ai reconnu son odeur. La même que celle que j’avais détectée à l’endroit où Maya a été retrouvée. Il n’y a aucun doute là-dessus. Mon nez ne me trompe jamais.

Leana se tourna vers son mari.

— Michael dit vrai. C’est aussi notre combat, nous devons détruire ces montres… pour la sécurité de Maya.

Joignant ses mains derrière le dos, Dariel fit quelques pas en direction de la fenêtre et resta là, pensif, les yeux fixés sur un pommier planté au milieu d’un champ. Trois bonnes minutes s’écoulèrent avant qu’il ne revienne aux côtés de l’enchanteur.

— Mon épouse a raison. Il est de notre devoir de vous assister dans cette lutte, Michael. Je vais donner mes ordres pour que mes hommes se tiennent prêts. Nous attaquerons à la première heure.

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