La trinité maudite: Michael Biörn Volume 2 (French Edition)
Chapitre 30
Maya était allongée sur un lit qu’elle ne reconnut pas lorsqu’elle reprit enfin connaissance, et elle se demanda ce qui lui était arrivé. Depuis les rideaux transparents posés aux larges portes-fenêtres qui ouvraient sur un balcon, jusqu’aux murs, sol et plafond, tout dans la chambre était blanc.
Les draps bordant le matelas et l’odeur de la forêt qui pénétrait par la fenêtre suggéraient cependant qu’elle était de retour parmi les siens. Mais comment avait-elle atterri ici ? Son esprit embrumé ne semblait pas détenir la réponse à cette question.
Que lui était-il arrivé ? Et pourquoi avait-elle aussi faim ? Combien de temps était-elle restée inconsciente ? En cas de nécessité, les elfes pouvaient ralentir leur métabolisme, et le fait qu’elle soit affamée signifiait qu’elle l’avait fait pendant un sacré bout de temps. Le fluide qui l’avait nourrie par intraveineuse durant son coma avait permis de la maintenir en vie, mais n’avait pas été suffisant pour satisfaire son estomac qui criait famine.
Elle arracha le cathéter de son bras et s’assit. Elle prit une profonde inspiration, espérant que cela lui éclaircirait les idées.
— Bienvenue chez toi, Maya.
La voix était familière et Maya ne fut pas étonnée de reconnaître le visage de celui à qui elle appartenait. L’homme se déplaçait si lentement qu’elle ne l’avait pas vu entrer.
— Comment suis-je arrivée là, Gweven ? Pourquoi suis-je de retour à I-Naur-Tal ? Que s’est-il passé ? demanda-t-elle, tremblante d’inquiétude.
— Nous espérions que tu pourrais nous le dire.
L’elfe parlait calmement, et un sentiment de paix commença à naître dans l’esprit angoissé de la princesse. S’il avait fallu décrire celui qui se tenait à son chevet, on aurait employé des termes comme médecin, voyant, psychologue ou même guérisseur, mais pour les elfes, il était simplement Gweven.
— Je ne me souviens de rien, répondit-elle, la voix chevrotante.
— Quelle est la dernière chose dont tu te souviennes ?
Une fois encore, sa voix douce apporta de la sérénité à la princesse, et elle parvint enfin à se concentrer pour répondre.
— Je me rappelle être entrée dans un bar, tard le soir, et d’avoir bu des verres avec mes amis.
— Où se trouve ce bar ?
— Dans l’Indiana, à quelques rues du campus de Purdue University, dit-elle après une seconde de réflexion.
— Et ces amis, qui sont-ils ?
— Des étudiants, tous humains.
— Tu es bien sûre de cela ?
— Certaine !
Maya n’avait pas tenté de cacher son irritation, aussi Gweven changea-t-il de sujet.
— À quand cela remonte-t-il ? Quand es-tu allée dans ce bar ? demanda-t-il en prenant son pouls.
— Lundi soir, après avoir regardé le feu d’artifice.
— Le feu d’artifice ? Pour quelle occasion ?
— Le 4 juillet… La fête nationale… répondit-elle d’un ton condescendant.
— Je vois… C’est juste que nous sommes en septembre. Le 4 juillet est loin derrière nous.
Cette annonce bouleversa la jeune femme et cela se vit sur son visage. Âgée de plus d’une centaine d’années, Maya avait pourtant les traits d’une adolescente de dix-neuf ans.
La princesse accusait encore le coup lorsque ses parents entrèrent dans la pièce quelques minutes plus tard. À la vue de sa fille assise sur le lit, l’air anxieux de Dariel ne disparut que partiellement, tandis que la joie de Leana rayonna dans toute la chambre.
— Ma chérie, tu nous as fait une telle peur, dit sa mère en s’emparant de sa main qu’elle embrassa tendrement. Est-ce que tout va bien, Gweven ?
— Elle a encore besoin de se reposer. Mais avec le régime adéquat, Maya devrait rapidement reprendre des forces.
— Es-tu certain qu’elle ne gardera aucune séquelle de son attaque ? s’enquit Dariel, inquiet.
— Quelle attaque ? demanda Maya avant que le guérisseur n’ait eu le temps de répondre. Qui m’a attaquée ?
— La princesse semble souffrir d’une perte de mémoire à court terme. Elle n’a aucun souvenir des deux derniers mois, expliqua Gweven.
— Quelqu’un peut-il enfin me dire ce qui m’est arrivé ? Qui m’a attaquée ? Et comment se fait-il que je sois de retour à I-Naur-Tal ?
Dariel prit une profonde inspiration, puis expira doucement, probablement pour essayer de trouver les bons mots à adresser à sa fille.
— Nous ignorons tout de tes faits et gestes depuis que tu es partie pour l’Indiana, de même que nous ignorons les détails de ton attaque. Ce que nous savons en revanche, c’est que tu as été attaquée par un vampire qui t’a laissée pour morte à quelques kilomètres au sud de notre cité.
Bien qu’elle n’en ait pas repéré un seul depuis des années, Maya savait pertinemment que son père avait envoyé des espions dans l’Indiana pour la surveiller après son départ de la cité elfique, mais elle passa outre son mensonge. Son cerveau avait détecté un élément de réponse dans ce que son père venait de dire, et elle luttait à présent contre des émotions contradictoires. Elle se tourna finalement vers Gweven, un petit sourire aux lèvres.
— Je suppose que je te dois un grand merci pour m’avoir maintenue en vie.
— Ce n’est pas moi que tu dois remercier. Mes talents n’auraient pas pu te ramener de là où tu te trouvais. Seul ton père avait le pouvoir de te rendre la vie.
À ces mots, le sourire de la princesse disparut. Lorsqu’après un moment, elle tourna finalement le visage vers son géniteur, elle le trouva près de la fenêtre, le regard lointain, comme perdu dans ses pensées. Maya ne se souvenait pas avoir remercié son père depuis très, très longtemps. Depuis de nombreuses années, son père et elle étaient de simples étrangers l’un pour l’autre, et ce n’était pas les récents événements qui changeraient la dynamique de cette relation.
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