La trinité maudite: Michael Biörn Volume 2 (French Edition)
Chapitre 86
L’enfant pénétra dans les quartiers qu’il partageait avec sa mère et l’y trouva agitée.
— Où étais-tu passé ? demanda-t-elle, la voix chargée d’inquiétude. Je t’ai cherché partout.
— Je suis sorti, répondit l’enfant. J’avais besoin d’un peu d’air frais.
— Tu sais qu’il est interdit aux esclaves de quitter le palais. Ils te tortureront s’ils l’apprennent, ou pire encore. Je ne survivrais pas si quelque chose venait à t’arriver, mon fils. Pourquoi tourmentes-tu ainsi ta pauvre mère ?
— Ils ne m’attraperont pas, Maman, dit l’enfant avec certitude. Nous serons bientôt libres toi et moi. Et tous les autres esclaves.
— Ne prends pas tes désirs pour des réalités, mon fils. Et qu’en est-il de tes corvées ? Les as-tu terminées ? Tu devais nettoyer…
— Mon devoir ne se trouve pas entre ces murs, mère, l’interrompit l’enfant. Je…
Il lui caressa tendrement la joue du dos de la main avant de quitter la pièce d’un pas rapide.
L’enfant avait été très pris ; surveiller les deux frères étaient devenu une occupation à temps plein. Ces derniers mois, le garçon avait déjoué pas moins de trois tentatives de meurtre à l’encontre des deux vieillards.
La dixième calamité avait frappé l’Égypte en plein cœur, et cette fois, le Pharaon était tombé genoux à terre. Dépossédé de son fils, leur roi tout-puissant s’était retrouvé à errer dans le palais, pâle et l’allure négligée. Quel prix le peuple allait-il devoir encore payer pour la fierté obstinée de ce mégalomane ? Combien de temps l’Égypte allait-elle devoir endurer cela ?
L’enfant portait ses traditionnels seau et serpillière lorsqu’il aperçut le magicien qui sortait des cuisines. Que faisait-il ici ? Il ne l’avait jamais vu au palais. Sa curiosité piquée, il décida d’aller nettoyer la pièce vers laquelle l’homme se rendait, quelle qu’elle fût.
Il ne fut pas particulièrement surpris de voir le magicien entrer dans les quartiers réservés au conseiller principal du Pharaon. C’était un problème, car l’enfant n’avait pas pour mission de récurer cette partie du palais.
Les couloirs étaient déserts, et il se dirigea silencieusement vers la porte. Des voix assourdies émanaient de la salle. Il se colla dos au mur, de manière à pouvoir fuir si le battant s’ouvrait, et se mit à écouter attentivement, tout en gardant un œil ouvert au cas où quelqu’un approcherait. Écouter aux portes n’était pas spécialement bien vu, à la cour du Pharaon.
— … ton armée ne peut-elle s’occuper de cela ? demanda le magicien.
— Leur magie est trop puissante. Tu le sais bien ! Fais ta part, et mon armée fera le reste, n’aie crainte. Personne n’a besoin de découvrir à qui va ton allégeance, répondit le conseiller.
— Je ne prête pas allégeance aux serpents dans ton genre. Tu fais affront à tout ce pour quoi je me bats.
— Chacun a droit à ses opinions…
— Je ne viendrai pas. Trouve quelqu’un d’autre pour faire ton sale boulot.
— Tu sais que ma tête roulera si tu ne te montres pas. Et tu sais aussi ce que cela veut dire… Que cela te plaise ou non, nos destins sont à présent irréversiblement liés.
— Tu es abject. Une offense à la vie elle-même.
— Tu sais où me retrouver. Ne sois pas en retard !
Le garçon recula rapidement lorsqu’il entendit des pas se diriger vers la porte. Quelques secondes plus tard, le magicien passait devant lui, ses yeux capturant ceux du garçon qui y lut toute la détresse du monde. Je suis désolé, mais je n’ai pas le choix, semblaient-ils dire.
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