La trinité maudite: Michael Biörn Volume 2 (French Edition)

Chapitre 60

Olivia se réveilla légèrement désorientée. Pourquoi avait-elle dormi sur le divan et non pas dans son lit ? Malheureusement, sa confusion fut vite balayée par le raz-de-marée de la réalité. Lucy avait disparu, et Olivia était sur le sofa parce qu’elle avait été incapable de se traîner jusqu’à son lit la veille au soir.

Elle avait passé la majeure partie de la nuit à pleurer dans les bras de Matt avant de finalement sombrer. Matt… Où était-il ? Elle avait espéré qu’il reste avec elle, mais pour des raisons bien différentes de celles qu’elle avait eues à peine vingt-quatre heures plus tôt, le sexe étant à présent le cadet de ses soucis. Elle ne voulait simplement pas être seule pour l’instant.

Elle se leva du divan et se rendit dans la cuisine pour se servir un verre d’eau. Un mot gribouillé au dos d’un prospectus l’attendait sur le plan de travail :

Je suis parti chercher à manger. Je serai de retour très vite. Ne bouge

pas !

Le message était signé Matt, et Olivia se sentit légèrement soulagée, mais ses nausées revinrent un instant plus tard quand elle visualisa à nouveau Lucy prisonnière des vampires. Elle luttait de toutes ses forces pour empêcher son esprit de spéculer sur ce que sa sœur était en train d’endurer aux mains de ses ravisseurs, mais en vain. Peut-être n’était-ce qu’un rêve, peut-être allait-elle bientôt se réveiller et s’apercevoir que tout cela n’était qu’un cauchemar, mais au fond d’elle-même, elle savait que seule la réalité pouvait être aussi horrible.

Elle décida de prendre une douche en attendant le retour de Matt. L’eau brûlante l’aiderait peut-être à vider son cerveau des images épouvantables que la part la plus sordide de son imagination commençait à projeter. Et si s’ébouillanter ne suffisait pas, elle tenterait le jet glacé.

Alors qu’elle se glissait sous la douche fumante, elle essaya de ne plus penser à rien. Un échec cuisant, mais elle réussit néanmoins à sortir de la cabine plus combative qu’elle ne l’avait été quelques minutes plus tôt. Elle n’était pas sans défense, elle était un loup-garou ! Un loup-garou avec de puissants alliés. Maya avait déjà manifesté son désir de l’aider, et Michael était… Il était Michael, tout simplement. Si seulement il daignait la rappeler !

Elle avait essayé de le joindre plusieurs fois pendant la soirée, mais tous ses appels avaient atterri directement sur sa boîte vocale. C’était ironique de penser qu’après des mois passés à l’éviter à tout prix, Olivia ne parvenait pas à le joindre au moment le plus crucial.

Soudain en manque d’air frais, elle attrapa son téléphone et envoya un message à Matt pour lui demander où il était. Peut-être pouvait-elle aller à sa rencontre.

La réponse arriva trente secondes plus tard :

Je reviens de chez Granny Doughnuts. Je serai là dans cinq minutes.

Elle enfila un jean et un t-shirt à manches longues avant de se rendre jusqu’à la fenêtre pour vérifier la température extérieure au thermomètre. Son métabolisme survolté et ses neuf mois dans le Montana et le Wyoming l’avaient aidée à s’adapter au climat, mais moins dix degrés demeurait un peu frisquet, aussi passa-t-elle une veste polaire, puis se dirigea vers la porte d’entrée.

Le soleil commençait doucement à se lever dans le ciel pur, balayant les ombres de la nuit, mais cela ne suffit pas à l’égayer.

Chacune de ses expirations formait un petit nuage de condensation dans l’air glacial, laissant une traînée de vapeur sur son passage.

Portée par le désir de rejoindre Matt le plus vite possible, elle avançait à pas rapides, mains fourrées au fond des poches, trop accaparée par ses problèmes pour remarquer la fourgonnette qui s’approchait d’elle. Le véhicule s’immobilisa à ses côtés à l’instant même où Matt apparut au coin de la rue, un sac en papier blanc à la main.

Olivia lui fit signe, mais au lieu de lui répondre, il se mit à courir vers elle. Il cria pour l’alerter, mais il était trop tard ; les deux hommes qui avaient sauté de la camionnette étaient déjà sur elle.

Olivia fit volte-face, prête au combat. Elle ne fut pas particulièrement surprise de reconnaître le garçon iranien parmi ses assaillants. Le taser, en revanche, fut un peu plus choquant, au sens propre comme au figuré. Alors qu’un courant de soixante mille volts lui traversait le corps, les forces d’Olivia l’abandonnèrent, et elle s’écroula au sol.

Sans perdre un instant, les deux hommes la soulevèrent par les bras et la traînèrent jusqu’à la camionnette où une troisième personne les aida à la fourrer à l’intérieur.

— Mets-lui les menottes, vite, dit l’un de ses assaillants alors que le véhicule commençait à accélérer.

Paralysée par la décharge, elle regarda, impuissante, l’un de ses ravisseurs faire glisser la porte latérale de la camionnette sur son rail. Mais celle-ci fut bloquée dans sa course par une main surgie de nulle part. L’instant d’après, Matt sautait dans le véhicule.

Olivia avait récupéré juste assez de maîtrise dans les muscles de son cou pour le voir décocher un crochet à l’un de ses ravisseurs. Elle voulait se joindre à lui, mais elle était trop faible. Exception faite de quelques tremblements, ses muscles refusaient toujours de lui obéir.

L’Iranien était quant à lui encore occupé à lui passer les menottes, l’accélération de la voiture rendant ses mouvements maladroits. Un autre kidnappeur fouillait rageusement l’intérieur d’une niche aménagée dans l’habitacle et se retourna une seconde plus tard, brandissant un fusil à pompe.

— Matt ! cria Olivia, au moment où l’homme pointait son arme sur son petit-ami.

Matt eut juste le temps de tourner la tête avant que les billes de plomb, tirées quasiment à bout portant, ne lui arrachent la moitié du visage. Il s’écroula sur le sol métallique du véhicule, son crâne n’étant plus qu’une bouillie d’os, de cervelle et de liquide écarlate.

La vision de Matt baignant dans son sang eut l’effet d’un électrochoc sur Olivia. En une seconde, elle récupéra le contrôle total de ses muscles.

L’Iranien avait abandonné l’idée de lui attacher les chevilles et essayait à présent de lui menotter les poignets à l’aide de lourdes chaînes ancrées dans le plancher renforcé du véhicule. Le coup de poing d’Olivia, trop rapide pour être esquivé, s’enfonça profondément dans son estomac. Le hurlement de douleur qui sortit de sa bouche tandis qu’il était projeté contre le plafond de la voiture ne sembla pas humain. L’impact avait vidé l’air de ses poumons, et lorsqu’il retomba pesamment sur le plancher métallique, il ne se releva pas.

Olivia était à nouveau debout, prête à en découdre avec les deux autres ordures, quand un coup de feu retentit. Elle se sentit propulsée vers l’arrière par des douzaines de billes de plomb qui lui lacérèrent les abdominaux dans leur course vers ses organes.

Quand elle s’écrasa sur les portes arrière du véhicule, ces dernières cédèrent, et Olivia se retrouva allongée sur le dos au beau milieu de la rue déserte, tandis que la camionnette prenait la fuite à vive allure.

La douleur était épouvantable, mais elle n’avait pas le temps de s’apitoyer sur elle-même. Elle devait s’éclipser avant que quelqu’un ne vienne voir d’où provenaient les coups de feu.

OceanofPDF.com