La trinité maudite: Michael Biörn Volume 2 (French Edition)

Chapitre 26

Le nourrisson était devenu un petit garçon de huit ans. Il ne vivait désormais plus dans le quartier des esclaves. Sa mère, qui avait miraculeusement survécu au calvaire de son accouchement, avait été promue esclave du Pharaon, et ils habitaient à présent une aile du palais réservée aux serviteurs.

Au fil des ans, les pouvoirs de l’enfant avaient grandi de façon exponentielle, et ses talents surpassaient déjà ceux de bon nombre de magiciens égyptiens. Il se gardait pourtant bien de révéler ses aptitudes au monde. Il n’avait que huit ans, et ses connaissances dépassaient de beaucoup le nombre de ses années.

Il avait souvent l’impression d’avoir vécu sur cette terre auparavant, en des temps lointains, parmi des êtres qui avaient évolué pour devenir l’espèce à laquelle il appartenait aujourd’hui. Il avait de vagues souvenirs de runes tracées sur les murs de grottes profondes. Des images furtives de chasses fantastiques où, armés de simples lances aux extrémités munies de pierres tranchantes, les siens parvenaient à vaincre des créatures aussi gigantesques que féroces. Des créatures qui ne foulaient plus cette terre depuis une éternité déjà.

Ses pouvoirs avaient été plus faibles en ces temps-là, mais il avait néanmoins su faire appel aux quatre éléments et jeter des sorts qui l’avaient aidé à survivre jusqu’à un âge bien plus avancé que l’espérance de vie de ses contemporains.

Il était en train de laver le sol de la salle du trône lorsque les deux frères furent amenés devant le Pharaon. Ils devaient avoir plus de quatre-vingts ans chacun et souhaitaient obtenir une faveur du monarque égyptien : que les esclaves soient autorisés à se rendre dans le désert durant trois jours afin d’honorer leur Dieu.

Cependant, le Pharaon refusa, et les choses devinrent intéressantes.

Le plus éloquent des deux frères déclara qu’il parlait au nom de leur Dieu et pour le prouver, il abandonna son bâton de marche sur le sol du palais, à quelques pas du trône. L’enfant fut alors surpris de voir la canne se transformer en serpent. Il n’avait en effet aucune magie autour des deux frères.

Le Pharaon en appela immédiatement à ses propres magiciens et, en l’espace de quelques minutes, une douzaine de sages et de sorciers répondirent à son invitation. À leur tour, ils jetèrent leurs bâtons sur le sol et chacun d’eux se changea en serpent. Les reptiles entamèrent une danse menaçante et coordonnée en direction du serpent des deux frères.

L’enfant ne fut cette fois pas étonné par la démonstration, les magiciens du palais empestaient tous la magie noire.

Les deux frères se regardaient à présent avec angoisse, aucun d’eux ne sachant comment réagir face à ce revirement de situation inattendu. C’est là que l’enfant entendit l’appel à l’intérieur de lui et qu’il comprit que sa présence en ces lieux à cet instant précis n’avait rien de fortuit. Il avait une mission à remplir : soutenir ces hommes contre les forces du mal. Le fait qu’ils appartiennent à son peuple d’adoption ne lui traversa même pas l’esprit. Son combat dépassait ce genre de considérations. Il transcendait filiation, ethnicité et race.

Avec l’aide de l’enfant, le serpent des frères se changea rapidement en un cobra royal de cinq mètres de long – une espèce jusqu’alors inconnue en Égypte – et se jeta brusquement sur son ennemi le plus proche, le tuant sans aucune difficulté. Les autres serpents se ruèrent sur le cobra, mais ce dernier était immunisé contre leurs morsures, et il ne sembla même pas s’apercevoir de l’assaut dont il faisait l’objet.

Il ne fallut pas longtemps au cobra royal pour occire ses adversaires et tourner son attention vers le Pharaon et les sages qui l’entouraient. Il rampa doucement, en silence, vers le groupe, et l’avait presque atteint lorsqu’il commença subitement à convulser, se tortillant de manière incontrôlable. Ce faisant, il rétrécit jusqu’à retrouver sa taille normale, avant de devenir très raide. L’instant d’après, il avait disparu. Seul gisait sur le sol le bâton de marche du vieil homme.

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