La trinité maudite: Michael Biörn Volume 2 (French Edition)

Chapitre 73

Sheila sortit du Starbucks en tenant un café au lait saveur caramel à la main et se dirigea sans hâte jusqu’à sa voiture de location garée à deux rues de là. L’air était agréablement chaud dans la Windy City, et elle appréciait la caresse tiède du vent sur son visage. À Chicago, l’humidité oppressante et les chaleurs caniculaires cessaient à l’approche de l’automne, contrairement à Houston où elles perduraient habituellement jusqu’au mois de novembre.

Elle ouvrit la portière et s’assit sur le siège conducteur, casant son café dans le porte-gobelet situé sur la console centrale. Elle prit la liste posée sur le siège passager et raya un troisième nom. Plus que seize…

Elle s’était levée avant les premiers rayons du soleil et avait commencé par questionner les policiers ayant enquêté sur quelques-unes des disparitions. Elle n’avait rien appris d’intéressant de la part des détectives, qui n’avaient dressé aucun parallèle entre les différents cas qu’elle avait identifiés.

Le quatrième policier qu’elle avait interrogé avait résumé en deux phrases l’opinion générale du département : « Chicago est une grande ville et des gens y disparaissent tous les jours… » Il avait ensuite invité Sheila à boire un verre le soir même. Une invitation qu’elle avait esquivée avec tact en invoquant d’autres engagements.

Elle entra une adresse dans son GPS et prit la direction de l’université de Chicago. Le trafic était dense bien qu’il fût près de midi.

Après avoir perdu son temps avec la police, elle avait passé le reste de la matinée à essayer de localiser des proches des victimes. La plupart de ses tentatives avaient été vaines, mais arborant sa carte de presse et prétendant travailler sur un article traitant des disparitions de jeunes adultes, elle était tout de même parvenue à parler à trois personnes.

Elle avait ainsi appris qu’un des adolescents avait été retrouvé mort quelques jours après, probablement tué dans une altercation liée à la drogue. Un autre était rentré chez lui après une semaine à Vegas, mais le troisième n’avait jamais refait surface.

Elle avait passé une heure complète à interviewer la mère de la troisième victime, remplissant des pages de ses notes dans l’espoir que l’un des détails se révèle important.

Elle arriva sur le campus à midi et demi et se dirigea directement vers les résidences universitaires, avec à la main un dossier contenant les photos des étudiants disparus.

Armée des clichés des victimes les plus récentes, elle accosta les étudiants qui allaient et venaient d’un bâtiment à l’autre. Certains reconnurent quelques-unes des victimes, mais aucune ne leur était proche, du moins pas suffisamment pour fournir des informations utiles. Plusieurs étudiants de sexe masculin tentèrent d’exagérer la proximité qu’ils avaient eue avec les victimes dans le but d’aborder la charmante journaliste à des fins purement personnelles, mais Sheila voyait clair dans le jeu de ces jeunes mâles en rut permanent.

Après deux heures passées à montrer ses photos à qui voulait bien y jeter un œil, Sheila tomba finalement sur la colocataire de la victime la plus récente : une très jolie blonde de vingt ans nommée Déborah, qui portait une tenue de pom-pom girl et se croyait sortie de la cuisse de Jupiter.

— Je suppose que tu connaissais bien Melody ? demanda Sheila, s’asseyant sur une chaise bon marché en face de l’un des deux bureaux de la chambre.

— Ouais. Ça faisait deux ans qu’on était colocs.

La jeune femme observait Sheila comme si elle jaugeait une rivale.

— Que peux-tu me dire à son sujet ?

— À propos de quoi ? Sa vie sexuelle ? s’enquit Deborah, perdue.

Sheila soupçonnait que la gamine aurait adopté le même air face à une équation du premier degré.

— Je suppose que sa vie sexuelle pourrait avoir de l’intérêt, répondit la journaliste, avec tact, mais je préférerais savoir comment elle était. Qui étaient ses amis ? Où traînait-elle ? Ce genre de choses.

— Mel était du genre snob. Vous voyez… Elle se prenait pour un mannequin et traitait les autres comme de la merde la plupart du temps.

Vous aviez donc beaucoup en commun, pensa Sheila, mais à voix haute, elle dit :

— J’ai l’impression que vous n’étiez pas très proches.

Deborah se leva du lit où elle était assise et soupira profondément.

— Pas à la fin, ça, c’est sûr. On était BFF à un moment. Mais elle se la racontait trop, je ne pouvais plus le supporter.

Il fallut un petit temps à Sheila pour se souvenir que BFF signifiait Best Friend Forever (meilleure amie pour la vie). La trentaine passée, la journaliste avait une bonne dizaine d’années de trop pour avoir une BFF ; elle avait beaucoup de F et même une BF, mais le second F nécessitait un engagement que sa génération n’était tout simplement pas disposée à prendre.

— Et donc, quand as-tu arrêté de traîner avec Melody ?

La pom-pom girl adopta un air de concentration intense durant cinq secondes avant de finalement répondre :

— Environ un mois avant sa disparition.

Voilà qui est intéressant.

— S’était-elle fait de nouveaux amis ? En dehors du campus, peut-être ?

— Je ne pense pas. Elle a commencé à traîner régulièrement avec un groupe de cons snobinards, mais ils étaient tous étudiants ici.

— Tu les connais ?

— Non, pas vraiment.

La pom-pom girl semblait légèrement mal à l’aise.

— Je suis sortie plusieurs fois en boîte avec Melody et certains d’entre eux, mais c’était pas ma came, continua-t-elle.

J’ai branché un des mecs, mais ce connard ne m’a jamais rappelée, interpréta Sheila.

— Sais-tu où je pourrais les trouver ?

Deborah réfléchit un instant.

— Nan, j’sais vraiment pas. Maintenant qu’j’y pense… Ça fait des mois que j’n’en ai croisé aucun. C’est bizarre, d’ailleurs…

Non, tu crois ?

— L’un d’eux était en cours de psycho avec moi le semestre dernier, mais je n’l’ai pas vu depuis qu’les cours ont repris.

— Est-ce que tu sais comment il s’appelle ?

— Mmm… nan.

— Ça m’a effectivement l’air curieux, dit Sheila en tentant d’adopter le même air perplexe que la pom-pom girl.

La journaliste avait depuis longtemps remarqué que les gens tendaient à partager davantage d’informations avec elle s’ils se considéraient égaux sur le plan intellectuel. Et s’ils se considéraient légèrement supérieurs, c’était encore mieux. Sheila s’était servie de cette technique avec beaucoup de succès, au fil des années.

— Et tu n’as l’adresse d’aucun d’entre eux, ou même les coordonnées de quelqu’un qui pourrait avoir des infos à leur sujet ?

— Non. Comme j’l’ai déjà dit, ils n’étaient pas ma came, répliqua la pom-pom girl avec dédain.

— Et la boîte où tu es allée avec Melody ? Tu as l’adresse ?

— Bien sûr. Elle est carrément nulle, mais peut-être que quelqu’un de votre âge la trouvera bien.

— C’est fort possible, répondit Sheila en souriant.

Tu te la pètes bien, malgré ton QI d’huître.

— Elle s’appelle Trinité, comme la meuf dans Matrix, offrit Deborah.

— Ou comme la Sainte Trinité.

— Quoi ?

— Rien du tout.

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