La trinité maudite: Michael Biörn Volume 2 (French Edition)
Chapitre 35
Il n’était que 20 h, mais les lumières du petit service hospitalier au cœur du palais elfique avaient déjà été réduites à leur minimum lorsque Maya ouvrit les yeux. Elle ne s’était pas endormie, elle avait juste fait semblant. Gweven était parti quelques minutes plus tôt, et puisque l’état de ses deux patients était à présent stable, il n’avait aucune raison de revenir avant le lendemain matin.
Maya souleva la fine couverture posée sur ses jambes et se leva sans un bruit.
À cinq lits du sien, Ézéchiel était couché, immobile. L’état de l’enchanteur n’avait pas évolué depuis que Michael l’avait ramené à la cité elfique, mais cela n’avait rien de surprenant. Personne ne s’attendait à ce qu’il sorte de son coma tant que Séraphin serait en vie.
Maya avait quant à elle fait de gros progrès, et il ne lui faudrait pas longtemps pour recouvrer ses pouvoirs, et bien davantage maintenant que son père lui avait enfin accordé sa dot.
La princesse avait déjà demandé à pouvoir sortir de l’hôpital, mais Gweven avait refusé, invoquant la prudence. Maya avait trouvé cela étrange ; Gweven était un guérisseur talentueux, mais il n’était pas surprotecteur. Selon lui, le but de l’hôpital était de soigner les corps, et il avait plutôt tendance à laisser partir ses patients dès qu’ils étaient capables de tenir à nouveau sur leurs jambes. Cela ne lui ressemblait pas d’être si précautionneux envers elle, et Maya pouvait aisément en deviner la cause : Dariel. Son père avait renoncé à une grande partie de ses pouvoirs pour sauver sa vie, mais cela ne voulait pas dire qu’il lui faisait confiance. Elle s’était opposée à lui, et le fait qu’il l’ait trouvée à moitié morte à plusieurs kilomètres de la cité elfique, sans aucun souvenir de ce qui lui était arrivé, n’avait pas amélioré leur relation.
Dariel n’avait pas confiance en sa fille unique, mais il ne souhaitait pas non plus se la mettre à dos. Maintenir la princesse sous surveillance médicale était une façon discrète pour lui de garder un œil sur elle.
Maya avait néanmoins d’autres projets, qu’elle ne pourrait réaliser en restant coincée dans cet hôpital. Non qu’Ézéchiel ne fût de bonne compagnie, mais elle le trouvait un peu trop silencieux, ces derniers temps.
Pour vider les lieux, il lui faudrait autre chose que la chemise de nuit qu’elle avait sur le dos, et c’était précisément la raison pour laquelle son père s’était assuré qu’il n’y ait pas d’autres vêtements dans la pièce. Maya était cependant pleine de ressources. Sa chambre n’était située que quelques étages au-dessus de l’hôpital, et ses compétences en matière d’escalade lui permettraient facilement de grimper jusque-là.
Elle se dirigea sur la pointe des pieds vers la fenêtre qu’elle estimait la plus proche de celle de sa propre chambre et la déverrouilla sans faire le moindre bruit. L’instant d’après, elle progressait le long de la façade du château avec la grâce d’une araignée.
La fenêtre de sa chambre était fermée, mais la serrure ne représentait pas un obstacle. Elle murmura quelques mots, et se retrouva à l’intérieur de la pièce avant que quiconque n’ait pu la voir accroupie sur le rebord de la fenêtre.
La pièce était exactement comme elle l’avait laissée quatre ans plus tôt, lorsqu’elle était partie pour l’Indiana. L’absence de poussière indiquait cependant qu’on l’avait maintenue prête pour son retour : l’œuvre de sa mère, sans aucun doute.
Elle sortit une combinaison moulante noire d’une garde-robe et enfila une paire de ballerines confortables. Elle hésita à se mettre du maquillage sombre sur les joues et le front afin de dissimuler ses traits facilement reconnaissables, mais y renonça. Elle devait être présentable, là où elle se rendait.
Désormais prête pour sa petite escapade, elle appela son chauffeur.
— Passe me prendre dans deux heures. Tu sais où me trouver.
— Ce sera fait, répondit une voix à l’intérieur de sa tête.
Il ne lui restait plus qu’à sortir incognito de la cité elfique. Un jeu d’enfant pour la princesse.
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