La trinité maudite: Michael Biörn Volume 2 (French Edition)
Chapitre 6
Olivia déambulait dans l’amphithéâtre quasiment vide en se demandant quelle place choisir. Elle opta pour un siège au milieu d’une rangée qui se trouvait à mi-hauteur de la salle et s’y installa. Le cours n’allait pas commencer avant un bon quart d’heure, mais elle ne voulait pas être en retard, surtout aussi tôt dans le trimestre.
Elle ne digérait toujours pas d’avoir dû s’enrôler dans un cursus de troisième année. Si elle était retournée à Houston, elle serait en train d’entamer sa dernière année d’études vétérinaires à l’heure qu’il était. Au lieu de cela, elle se retrouvait à nouveau coincée sur les bancs de la fac, entourés de gamins six ou sept ans plus jeunes qu’elle. Tout ça à cause de Michael qui n’avait pas voulu qu’elle finisse ses études au Texas. Il ne la pensait tout simplement pas capable de se contrôler. Comme si le ranger pouvait empêcher la bête avec laquelle elle partageait désormais son corps de faire un carnage, alors qu’il se trouvait à deux heures de route de l’université…
Elle avait d’abord été reconnaissante envers Michael. Il l’avait sauvée de son ravisseur, l’avait prise sous son aile, lui avait appris à maîtriser le monstre qui l’habitait. Et elle avait fait beaucoup de progrès en ce domaine. Dorénavant, elle pouvait sentir l’animal s’enflammer sous sa peau, et elle parvenait à anticiper les transformations involontaires… du moins, le plus souvent. Elle devait être particulièrement vigilante en période de pleine lune, quand l’appel de sa bête se faisait plus fort. Elle avait toutefois réussi à dompter sa louve au cours des deux derniers cycles, et cela avait convaincu le ranger de la laisser enfin sortir de Yellowstone.
À présent, cependant, elle éprouvait de la rancœur envers Michael, qui ne cessait de s’immiscer dans sa vie. Pour qui se prenait-il ? Il avait été l’ami de son père, certes, mais pas vraiment un ami proche. Ça ne lui donnait en tout cas aucun droit sur elle.
Mais l’emprise que le ranger avait sur elle était d’ordre plus psychologique. Olivia le savait, et elle lui en voulait d’autant plus. Il était le seul à comprendre ce qu’elle ressentait, le seul à pouvoir la guider sur cette nouvelle voie.
Alors pourquoi le trouvait-elle un peu plus repoussant chaque jour, et ce bien qu’elle ne l’ait pas vu depuis deux semaines ? Elle savait que son dégoût pour l’homme n’avait rien de logique, mais elle était incapable d’écouter sa raison en ce qui le concernait.
— Je peux te demander un service ? s’enquit une voix derrière elle.
Olivia se retourna et découvrit un garçon souriant assis juste derrière elle. Perdue dans ses pensées, elle ne l’avait pas entendu s’installer.
Il était plutôt mignon. Trop jeune pour elle, bien sûr – à peine vingt ans – mais au moins, ses cheveux noir corbeau ne luisaient pas de gel. Jeune, certes, mais néanmoins appétissant, avec sa peau hâlée qui témoignait d’un été passé à l’extérieur.
— Demande toujours, répondit-elle.
— Ça t’ennuie si je jette un œil à tes notes avant que le cours commence ? J’ai loupé le dernier et j’ai peur d’être largué aujourd’hui.
Elle fouilla dans son sac à dos à la recherche de son classeur et le tendit à l’étudiant.
Il la remercia et entama sa lecture. Il avait quasiment fini lorsque le professeur arriva et annonça la première interrogation surprise de l’année.
*****
Olivia venait de quitter l’amphi et se dirigeait vers la bibliothèque lorsque l’homme l’accosta.
— Comment s’est passée l’interro ? demanda-t-il. Au fait, je m’appelle Matt, Matt Pearson.
Il n’était pas particulièrement grand, mais davantage qu’elle ne se l’était imaginé. Environ un mètre soixante-quinze, soit douze bons centimètres de plus qu’elle. Et pourquoi songeait-elle à ça, d’abord ?
— Olivia Harrington, dit-elle en lui tendant la main. Je pense m’en être bien sortie. Et toi ?
Elle ne trouva pas nécessaire de mentionner qu’elle avait déjà suivi ce cours cinq ans plus tôt et qu’elle voulait juste une remise à niveau, dans l’espoir de comprendre ce qui lui arrivait sur le plan moléculaire.
— Pas terrible, à mon avis, répondit-il avec un haussement d’épaules.
Il n’était pas musclé, mais pas maigre non plus. Olivia se dit que le terme sexy était celui qui lui convenait le mieux, et il avait une allure sympa, ce qui était rarissime de nos jours chez les jeunes de son âge. Qu’est-ce qui m’arrive ? Je ne devrais pas avoir ce genre de pensées à propos d’un mec que je ne connais que depuis cinq minutes !
— Ça t’embêterait de me prêter tes notes de la semaine dernière ? Il y a des photocopieuses à la bibliothèque, ça ne prendra qu’une minute.
Elle trouva son air gêné adorable.
— Pas du tout. C’est là que je vais, de toute façon, s’entendit-elle répondre.
Une fois les photocopies faites, ils s’installèrent à une table dans une section quasiment déserte de la bibliothèque.
Olivia sortait son livre de biochimie de son sac lorsque son regard croisa celui d’un étudiant assis à une table un peu plus loin. Il détourna les yeux immédiatement pour se replonger dans sa lecture, mais elle trouva étrange la manière qu’il avait eue de l’observer. Elle n’aurait pas su dire pourquoi exactement, mais l’homme avait mis la louve d’Olivia sur le qui-vive. Représentait-il une menace ?
Il était évident que le type poussait de la fonte, ça se voyait à ses épaules et à ses bras aux muscles définis, mais ça ne faisait pas de lui quelqu’un de dangereux. Et de toute façon, elle était parfaitement capable de se défendre.
Ça lui revint tout à coup. Olivia avait croisé ce type la nuit précédente, alors qu’elle quittait la soirée. Ses traits fins, accentués par ses yeux en amande et son long nez droit, étaient suffisamment inhabituels pour qu’on les reconnaisse, tout comme ses cheveux noirs qui lui tombaient sous les épaules. Avec son teint légèrement plus foncé que celui de Matt, il aurait pu être iranien ou quelque chose dans le genre ? Elle n’avait jamais été douée pour déterminer les origines ethniques des gens.
Elle ouvrit son livre et sauta une bonne quarantaine de chapitres, pourtant au programme de cette année, pour se plonger dans les mutations chromosomiques. Elle jetait de temps en temps un regard en direction de Matt, qui semblait absorbé par ses propres notes. Leurs yeux se croisaient parfois et ils échangeaient alors un sourire furtif.
Trente minutes plus tard, elle remarqua que l’Iranien s’était levé et rangeait ses affaires. Il sortit, et Olivia l’oublia totalement.
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