La trinité maudite: Michael Biörn Volume 2 (French Edition)
Chapitre 82
La porte principale de la ferme s’arracha de ses gonds sous l’assaut de l’ours et atterrit quatre mètres plus loin, au milieu d’un vestibule faiblement éclairé. Michael ne perdit pas de temps à pénétrer dans la bâtisse, les morpheurs le suivant de près. Ne sachant pas trop ce qu’il trouverait dans la maison, il avait demandé aux loups d’assurer ses arrières au cas où le bâtiment abriterait plus de suceurs de sang qu’il ne pouvait en gérer seul.
Ils se dispersèrent à travers la demeure par groupes de quatre, en quête de leurs ennemis. Un commando composé de quatre porteurs de peaux ne serait pas rapidement vaincu, et le raffut engendré par la bataille rassemblerait le reste de la meute. En plus d’accélérer l’exploration du manoir, la scission en petits groupes empêchait aussi les vampires de jouer à cache-cache avec leurs poursuivants dans cette demeure qui leur était familière.
Ils fouillèrent le rez-de-chaussée, mais le trouvèrent totalement vide. Tout en restant derrière afin de couper une retraite éventuelle de l’ennemi, Michael envoya les loups examiner l’étage.
Les loups revinrent bredouilles cinq minutes plus tard, leur alpha secouant négativement sa grosse tête pour indiquer le résultat de leur recherche.
L’odeur de Dragos flottait partout dans la maison, mais il n’était de toute évidence pas là. Le parfum de Séraphin était aussi présent, mais beaucoup moins prononcé.
Michael distinguait les effluves d’autres personnes également, mais aucun qu’il reconnut. Il avait espéré trouver des informations et libérer d’éventuels captifs saignant pour le plus grand plaisir gustatif des vampires, mais la ferme semblait tout simplement déserte. À moins que…
Michael commença à parcourir la maison, sa truffe d’ours collé au sol, en quête de quelque chose de différent, d’une odeur inhabituelle. Il inspecta la vaste cuisine et la salle à manger, sans succès, et il s’apprêtait à entrer dans un bureau qu’il avait remarqué auparavant lorsqu’un parfum attira son attention dans le salon. La pièce disposait de deux cheminées, mais seule l’une d’entre elles montrait des signes d’utilisation récente. La seconde avait des bûches empilées dans l’âtre, prêtes à être enflammées. Mais quelque chose ne collait pas. Des relents de sang semblaient émaner du foyer. Une faible, mais indéniable odeur.
Michael ne perdit pas de temps à chercher un mécanisme caché. Les bûches se mirent à voler sous les pattes de son ours et, la voie dégagée, il se rua sur le mur du fond. La plaque métallique couverte de suie céda sous ses trois cent soixante kilos et alla s’écraser au bas d’un vaste escalier en pierre. Le passage libéré était à peine assez large pour offrir un passage à son corps massif, mais Michael parvint néanmoins à se frayer un chemin, les loups sur ses talons.
La cave offrait un spectacle pitoyable, mais il s’était attendu à pire. La soixantaine d’hommes et de femmes allongés sur les rangées de lits qui occupaient l’immense espace semblaient tous être en vie, bien que dans une sorte de transe, leurs regards vitreux fixés droit devant eux.
Certains paraissaient avoir une vingtaine d’années, mais la majorité d’entre eux était bien plus âgée. L’apparence négligée de ces derniers suggérait qu’il s’agissait de sans-abri, des malheureux dont personne ne remarquerait la disparition.
Trois vampires supervisaient les opérations, mais aucun ne portait d’autre arme que ses canines et sa force spectaculaire. Les suceurs de sang s’étaient rassemblés dans le fond de la pièce, crachant tels des chats acculés.
L’alpha regarda Michael qui lui fit un signe de tête approbateur. Ces vampires n’allaient pas s’en tirer.
Les loups se dirigèrent vers les vampires, se dispersant parmi les rangées de lits. Les hommes et les femmes qui y étaient allongés ressemblaient davantage à des zombies qu’à des humains et ne semblaient même pas remarquer la présence de leurs sauveteurs.
Michael demeura derrière afin de bloquer l’accès à l’escalier au cas où leurs adversaires tenteraient de fuir.
Les vampires se battirent vaillamment, mais ils n’étaient que trois face à onze loups, et la bataille fut de courte durée.
Grâce à la magie des loups, Michael n’avait pas à se soucier de faire disparaître les corps des trois vampires, dont il ne resta que des tas de cendres, mais qu’allait-il bien pouvoir faire de leurs victimes ?
Les malheureux demeuraient plongés dans leur transe, déconnectés de la réalité. Une chance, étant donné qu’ils ne pourraient quitter les lieux qu’après s’être fait préalablement effacer la mémoire.
Si soixante individus allaient clamer sur tous les toits qu’ils avaient été séquestrés par des malades prélevant leur sang, les autorités se poseraient quelques questions. Un incident isolé pouvait être mis sur le compte d’un esprit dérangé, mais soixante récits identiques risquaient de faire les choux gras des médias.
Un bon effacement de mémoire s’avérait essentiel. Mais l’enchanteur sur lequel Michael s’appuyait habituellement pour ce genre de service n’était pas en état de l’aider…
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