La trinité maudite: Michael Biörn Volume 2 (French Edition)

Chapitre 49

Michael et Leka étaient assis à une table, au milieu du restaurant, où ils terminaient leur repas. Il était midi, l’heure de pointe, et l’établissement débordait de clients, de l’homme d’affaires en costume trois-pièces au mécanicien en bleu de travail couvert de taches d’huile.

L’elfe avait à peine touché à sa salade, mais Michael avait largement compensé en ingurgitant suffisamment de nourriture pour rassasier un régiment d’infanterie. Il se préparait à présent à s’attaquer au dessert : une demi-douzaine de pancakes dégoulinants de sirop d’érable.

Il était sur le point d’avaler l’équivalent d’une semaine d’apports caloriques lorsque son expression changea brusquement. Tout en fixant un point situé derrière Leka, il repoussa son assiette et abandonna ses pancakes. Il avait sous les yeux la preuve irréfutable que quelque chose ne tournait pas rond…

L’elfe tourna lentement la tête pour comprendre de quoi il s’agissait et découvrit un couple attendant qu’une table se libère. La femme – une jolie brune d’origine asiatique avec une coupe au carré – rigolait à la blague que venait de faire son compagnon.

L’elfe détailla minutieusement l’homme à la recherche d’une éventuelle menace, mais il s’agissait d’un humain somme toute banal. Il avait dans les trente ans, les yeux bleu clair et les cheveux gominés. Son teint hâlé accentuait la blondeur de ses cheveux.

— Pourquoi fixes-tu ce couple ? demanda Leka, mais Michael ne sembla pas entendre la question. Michael ? Miiiichael ? Tu es toujours avec moi ?

Michael ouvrit la bouche, comme s’il s’apprêtait à dire quelque chose, mais la referma aussitôt sans qu’aucun son n’en sorte. La femme s’approchait de leur table.

— Bonjour, Michael. Je ne savais pas que tu étais de retour en ville. Tu aurais dû m’appeler.

Le visage sévère de la femme démentait son ton enjoué, et Leka se sentit soudain mal à l’aise pour son ami.

Il avait pourtant bien du mal à imaginer que le ranger puisse entretenir une relation intime avec qui que ce soit. Michael était un mec sympa, mais il prononçait rarement plus de trois phrases d’affilée et ses centres d’intérêt semblaient se limiter à traquer Séraphin, malmener des vampires, et s’inquiéter pour Olivia. Le fait qu’il puisse avoir une vie en dehors de ces trois prérogatives constituait une véritable révélation pour l’elfe.

— Salut. Je suis Leka, dit-il en tendant sa main à la femme pour tenter de briser le silence pesant.

Le compagnon de la femme était resté en retrait et suivit une serveuse jusqu’à une table libre située à l’autre bout de la salle.

— Je suis Sheila, une… amie de Michael, répondit la femme en serrant la main de l’elfe.

— Enchanté. Michael, s’agit-il de la Sheila dont tu m’as parlé ? Celle que tu voulais passer voir avant qu’on ne reparte ?

*****

Le regard meurtrier que Michael décocha à l’elfe démentit aussitôt les propos de ce dernier. Pourquoi aurait-il tenté de contacter Sheila ? Elle ne l’avait jamais rappelé ni essayé de le joindre d’une quelconque manière depuis qu’il était retourné à Yellowstone.

— Comment se porte Olivia ? demanda la journaliste.

— Bien. Elle a repris les cours. À l’université de Bozeman… Elle vit avec sa sœur, répondit Michael, faisant de son mieux pour masquer le flot d’émotions qui l’envahissait.

— Elle va beaucoup mieux, alors ? s’enquit Sheila avec une expression de réelle surprise.

C’était compréhensible, le dernier échange entre les deux femmes s’était avéré plutôt traumatisant pour la journaliste, puisque le loup d’Olivia s’était retourné contre elle sans crier gare.

Michael se contenta d’acquiescer. C’était plus facile que de tenter d’articuler quelque chose d’intelligible dans son état actuel.

Avec la vie d’Ézéchiel dans la balance, il n’avait pas eu l’occasion de penser à elle, ces derniers jours… et il ne s’en était senti que mieux. Mais à présent qu’elle se tenait devant lui, les mots lui restaient coincés dans la gorge. Une sensation désagréable qui ne lui était pas familière.

— Je suis vraiment contente d’entendre ça. Olivia est une fille bien.

Il savait que Sheila était honnête. Elle avait réellement pris soin de la jeune fille qui avait vu son existence brisée à l’aube de ses vingt-cinq ans.

— Qu’est-ce qui t’amène à Houston ? finit-elle par demander, probablement moins par curiosité que pour briser le silence qui s’était à nouveau installé.

Michael inspira lentement avant de répondre.

— Ézéchiel ne va pas très bien, et nous sommes ici pour trouver quelqu’un qui pourrait l’aider.

— Je suis vraiment navrée d’entendre ça, Michael. S’il y a quoi que ce soit que je puisse faire, n’hésite pas. Je suis sincère…

Michael acquiesça, tout en pensant que c’était certainement la dernière fois qu’il voyait son joli visage.

Elle leur dit au revoir à tous les deux et commença à se diriger vers la table où l’attendait son ami. Elle n’avait fait que trois ou quatre pas lorsqu’elle se retourna.

— Appelle-moi avant de quitter la ville, s’il te plaît. Je te promets de répondre… On pourrait déjeuner ou dîner ensemble avant ton départ.

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