La trinité maudite: Michael Biörn Volume 2 (French Edition)
Chapitre 84
Michael venait juste de regagner son chalet lorsque son téléphone sonna.
— Allô ? dit-il en décrochant machinalement, son esprit encore absorbé par les malheureux que les loups et lui avaient découverts à la ferme.
Il avait laissé les morpheurs sur place afin de protéger les victimes au cas où d’autres vampires se manifesteraient, mais la solution n’était que provisoire et loin d’être optimale.
— Michael ? C’est Sheila.
La voix captiva immédiatement l’attention de Michael, reléguant ses préoccupations à propos de la ferme au second plan.
— Bonjour, Sheila.
— J’ai trouvé quelque chose à Chicago. Ce n’est peut-être pas grand-chose, mais j’ai pensé qu’il valait mieux te prévenir.
— Que fais-tu à Chicago ? l’interrogea-t-il, perplexe.
— C’est une longue histoire, mais pour te répondre rapidement, j’ai suivi la piste des disparitions auxquelles tu m’as demandé de jeter un œil, et ça m’a conduite à Chicago. Un paquet de jeunes adultes y ont disparu ces trois dernières années, la plupart étudiants à l’université de Chicago. Je suis allée poser quelques questions sur le campus avant de finalement atterrir dans une boîte de nuit où j’ai appris certaines choses intéressantes.
— Continue, l’encouragea Michael en s’emparant d’un atlas oublié sur une étagère.
— Dragos était un habitué de la boîte en question. Mais cela fait quelques mois qu’on ne l’y a plus vu.
— Est-ce que ça collerait avec son arrivée à Bozeman ? demanda-t-il en feuilletant les pages du volume à la recherche d’une carte du centre des États-Unis.
— Exactement ce que je pensais. Quoiqu’il en soit, il ne s’y rendait pas seul. Il était toujours accompagné d’un homme et d’une femme. Le gars avec qui j’ai parlé les appelait la Trinité Maudite. D’après les informations que j’ai pu obtenir, il y a de fortes chances pour que l’autre type soit Séraphin.
— Et la femme ? demanda Michael en examinant la carte qu’il avait sous les yeux.
Il y avait plus de deux mille kilomètres entre Chicago et Bozeman. Pourquoi Séraphin était-il venu dans une petite ville du Montana alors qu’il aurait très bien pu rester caché dans l’anonymat de la troisième plus grande ville du pays, où quelques disparitions supplémentaires seraient passées complètement inaperçues ?
— Je ne sais pas grand-chose de la femme. Ma source n’a même pas pu me donner son âge. Tout ce qu’il a pu me dire, c’est qu’elle lui fichait la frousse.
— C’est peu…
— Je suis d’accord ! Mais le trio a été vu en compagnie d’au moins deux des gosses disparus.
— Ça, c’est intéressant.
— Et ce n’est pas tout. Il m’est arrivé un truc en sortant de la boîte, continua Sheila.
Michael cherchait à présent une carte détaillée de Chicago.
— Quel truc ?
— J’étais sur le point de monter dans ma voiture quand un vampire m’a attaquée.
— Quoi ? s’exclama Michael, médusé. Tu vas bien ?
— Oui, ne t’en fais pas. Même pas une égrati…
— Mais enfin, Sheila ! Je t’ai juste demandé d’effectuer des recherches sur ton ordinateur. Chez toi ! À Houston ! Comment as-tu réussi à te faire attaquer par un vampire à Chicago en moins de quarante-huit heures, par Odin !
— Ne t’en fais pas, je vais très bien. Je te l’ai déjà dit. Ce qui est important, c’est que notre vampire voulait savoir pourquoi je posais des questions à propos de ces disparitions. Nous sommes sur la bonne piste…
Michael avait tendance à être d’accord, mais il ne pouvait toujours pas croire que Sheila se soit rendue seule dans un bar à vampires.
— Comment as-tu fait pour t’en sortir indemne ?
— Avec un peu d’aide. Une de tes connaissances, à vrai dire. Une certaine Gwendoline, enchanteresse du Quatrième Cercle. Elle te passe le bonjour, au fait.
— Et que fait Gwendoline à Chicago ? demanda Michael, interloqué.
Il avait rencontré l’enchanteresse à Houston seulement trois jours plus tôt, et elle ne lui avait pas donné l’impression d’être sur le point de voyager.
— La même chose que moi. Après t’avoir parlé, elle a décidé d’aider et s’est mise à la recherche de Séraphin. Comme moi, elle a remonté sa piste jusqu’à Chicago. Je n’ai pas vraiment compris tout ce qu’elle me racontait, mais suffisamment pour savoir qu’elle ne s’est pas servie de Google, elle…
Michael entendit un rire en bruit de fond : Gwendoline… Se pouvait-il que l’enchanteresse soit en fait une excellente actrice ? Sa présence à Chicago, dans le bar fréquenté par Dragos et Séraphin, à l’instant même où Sheila s’y trouvait, pouvait-elle être une coïncidence ?
Il se souvint de la broche scintillante accrochée sur la poitrine de Gwendoline. Qu’avait-elle dit à propos de l’éclat lumineux que Michael avait aperçu sous la chemise de Séraphin ? Qu’un objet magique ne brillait que lorsqu’il recevait de l’énergie… La broche de Gwendoline pourrait-elle être l’envers de la même pièce ? Un yin au yang de Séraphin ? Il ne s’agissait que de spéculations, mais garder un œil sur l’enchanteresse lui semblait judicieux.
— Peux-tu passer le téléphone à Gwendoline ?
— Bien sûr. Mais que veux-tu que je fasse, maintenant ? Je peux essayer de suivre la piste et voir où elle mène, répondit Sheila.
— Non ! Nous savons déjà où elle mène. Ton aide m’a été très précieuse, Sheila, dit-il, en regardant un point précis sur la carte. Vraiment… Mais à présent, je veux que tu laisses tomber. Je t’en supplie. J’ai besoin de Gwendoline ici, et je ne souhaite pas que tu traînes seule à Chicago. Tu as appris tout ce qu’il y avait à apprendre.
— OK, patron. Dans ce cas, je rentre à la maison. Je te passe Gwendoline.
Sheila semblait déçue, mais Michael n’était pas sûr de comprendre pourquoi. Était-ce parce qu’il lui avait demandé d’abandonner les recherches ou pour autre chose ? Quelque chose en rapport avec lui, peut-être…
— Bonjour, Michael. Vous envoyez toujours des femmes faire votre sale boulot ? On ne vous a jamais dit qu’il n’était pas judicieux de dépêcher des humains pour confronter des vampires ?
Le ton n’était pas sérieux et Michael ignora la question.
— J’ai un boulot pour vous, ici, dans le Montana, Gwendoline. Vous serait-il possible de venir m’aider ?
— Je ne fais pas le poids face à Séraphin, Michael. Je vous l’ai déjà dit.
— Il ne s’agit pas de ça. J’ai fait une descente dans le garde-manger des vampires, et j’ai quelques humains qui auraient besoin d’oublier certaines choses avant de regagner leurs pénates. Est-ce que c’est quelque chose que vous pourriez faire ?
— Ça devrait être jouable. Je vous appelle lorsque j’ai mon billet d’avion.
— Merci, Gwendoline.
Michael raccrocha, ses méninges tournant à plein régime. Il y avait eu une seconde d’hésitation avant que l’enchanteresse ne réponde. Avait-elle simplement réfléchi à sa proposition ou avait-elle fait le rapprochement avec des nouvelles à propos de la ferme qu’elle aurait reçues d’une autre source ?
Ses yeux se posèrent à nouveau sur la carte de Chicago et de sa banlieue ouverte devant lui, son regard s’attardant sur un point au sud de la ville. Il avait récemment entendu ce nom, mais où ? Soudain, le contexte lui revint en mémoire. Il analysa l’échelle de la carte et mesura la distance qui séparait le point de l’université de Chicago.
— Environ trente minutes en voiture, dit-il à voix haute. Je n’le crois pas…
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