La trinité maudite: Michael Biörn Volume 2 (French Edition)

Chapitre 94

Le soleil n’était pas encore levé lorsque Michael gara son pick up à une cinquante de mètres de la ferme et, toujours sur ses gardes, s’approcha du bâtiment. Il avait su dès son arrivée que quelque chose clochait. Il n’avait même pas eu besoin de se servir de son odorat, le nombre de SUV noirs aux vitres teintées stationnés autour de la bâtisse ne laissait que peu de doute quant à ce qui l’attendait à l’intérieur.

Il avait quitté la clairière quelques heures plus tôt, alors que Methuselah et Dariel discutaient gravement, une Maya à la mine défaite à leurs côtés. L’enchanteur était intervenu juste à temps pour sauver Tabitha, qui ne souffrait que de blessures mineures. L’ego de la jeune femme avait davantage pâti de la bataille, mais de cela, elle finirait par se remettre.

Avant de partir, Michael avait tout de même pris le temps de fouiller le camp à la recherche de Lucy, qu’il avait finalement trouvée dans l’une des tentes.

Elle s’était réveillée à son approche, un air étonné sur le visage. Un air que Michael avait récemment vu sur les traits de Leka lors de leur visite à l’Alliance de l’Ouest. Lucy avait visiblement été envoûtée, mais la mort du vampire qui la tenait sous son emprise avait rompu le charme. Tout comme le décès de Dragos avait libéré Olivia de sa servitude à l’égard de l’aîné.

À en croire le nombre de véhicules et la puanteur émanant de l’intérieur, il devait y avoir au moins une vingtaine de vampires dans la ferme. Et contrairement aux diurnes de Dragos, ceux-là n’étaient pas des novices. Il s’agissait des troupes d’assaut de l’Alliance de l’Ouest, des tueurs entraînés avec des siècles de pratique.

Il soupçonnait les loups et Gwendoline d’être déjà morts, mais il lui fallait en avoir le cœur net. D’autant plus que les pauvres bougres kidnappés par Dragos et ses sbires devaient encore se trouver dans la cave ; Silvia n’aurait jamais renoncé à autant d’hémoglobine.

Il était à une trentaine de mètres du manoir lorsque la porte de devant s’ouvrit et que Silvia et une douzaine de ses hommes en sortirent. Il ne leur fallut qu’un instant pour rejoindre Michael qui s’était arrêté net.

— Heureuse de te revoir, ours ! Tu aurais dû suivre mon conseil et fuir quand tu en avais encore la possibilité, dit l’aînée, arborant un sourire ravi.

Michael resta silencieux. Les vampires étaient tous munis de fusils d’assaut et de mitrailleuses – dont certaines équipées de lance-grenades.

Il ne se sentait pas seulement sous-équipé face à l’arsenal de guerre des suceurs de sang, mais aussi absolument éreinté. Ses plaies étaient pour la plupart cicatrisées et ses os ressoudés, mais il avait dû puiser profondément dans ses réserves caloriques pour ce rétablissement éclair. La randonnée du camp de Séraphin jusqu’à son pick up et l’heure de route pour atteindre la ferme avaient eu raison du peu d’énergie qui lui restait.

— Mais j’étais convaincue que tu reviendrais, continua Silvia. Même avec toutes les voitures garées devant la maison, tu es trop obstinée pour reconnaître ta défaite. C’est un miracle que tu aies vécu si vieux…

Michael garda le silence. Il n’avait aucune possibilité de les vaincre dans son état actuel, et une infime chance de parvenir à fuir. Tabitha ou Methuselah auraient pu triompher de ces suceurs de sang sans même se casser un ongle, mais aucun des enchanteurs n’était présent…

— Tu seras heureux d’apprendre que nous sommes arrivés avant ton amie enchanteresse. Les sacs à sang n’ont pas eu l’occasion de s’échapper.

Le sourire cruel de Silvia lui donnait envie de fondre sur l’aînée aux allures d’adolescente, mais les gros calibres de ses hommes auraient pulvérisé Michael bien avant qu’il ne puisse l’atteindre.

— N’aie crainte, ta salope d’enchanteresse est toujours vivante. Nous ne sommes pas en guerre avec sa confrérie. Même tes petits toutous sont encore en vie. Enfin, tout juste… et c’est sur le point de changer. Nous ne voulions pas commencer sans toi.

Le rire enfantin de la vampire contrastait de manière perturbante avec sa rhétorique macabre.

— Tu aurais dû nous laisser Dragos. C’était à nous de le tuer, conclut-elle.

Michael se demanda brièvement comment Silvia avait déjà appris pour Dragos, puis il se souvint de l’espion qui surveillait les abords du campement de Séraphin. Espion qui, à en croire son odeur, se tenait actuellement à côté de Silvia.

— Amenez l’enchanteresse et les loups, brailla-t-elle en direction de la porte d’entrée.

Michael se prépara mentalement à charger à la première occasion. Si les loups étaient en vie, peut-être avaient-ils encore une chance. N’étaient-ils pas des spécialistes de la chasse au vampire ?

Une minute s’écoula, mais personne ne sortit de la maison. Silvia réitéra son ordre, mais après une minute supplémentaire, il devint clair qu’elle s’égosillait pour rien. Elle fit signe à l’un de ses hommes d’aller voir à l’intérieur. Il réapparut un instant plus tard, visiblement agité.

— Ils ne sont plus là. Les loups et l’enchanteresse ! Ils se sont volatilisés.

— Impossible ! hurla Silvia. Et les gardes ?

— Endormis, et je n’arrive pas à les réveiller.

— Qu’est-ce que tu as fait ? demanda-t-elle à Michael, en le foudroyant du regard.

Mais celui-ci était tout aussi surpris par la tournure des choses.

— Michael n’a rien à voir avec cela. C’est moi, le responsable, dit une voix que Michael reconnut immédiatement.

Ézéchiel.

Le vieil enchanteur avait jailli de nulle part et se tenait désormais à la droite du ranger, bâton à la main. Le bâton que Michael n’était pas parvenu à récupérer lorsqu’il avait fui le camp des diurnes en emportant le corps inanimé de son ami. Comment Éz avait-il fait pour le retrouver ?

Michael ne put s’empêcher de sourire. Éz était sorti du coma, et il venait une fois de plus de lui sauver la mise.

— Qui es-tu, vieillard ? demanda Silvia.

— Je suis Ézéchiel, enchanteur du Second Cercle. Et je ne suis pas vieux, jeune fille. Je suis antique, répondit Éz avec un sérieux dont lui seul avait le secret.

— Que fais-tu ici ? Il s’agit d’affaires préternaturelles, aucun être supernaturel ne peut prendre parti. Tu connais les règles, enchanteur.

— En effet, je les connais, mais vois-tu, il ne s’agit pas d’affaires préternaturelles. Tu t’en es pris à une enchanteresse du Quatrième Cercle.

— Elle essayait de s’immiscer dans nos affaires ! Ce qui est contre les lois ! rétorqua Silvia avec colère.

— D’après ce que j’ai pu comprendre, elle tentait de venir en aide à des humains. Si tu veux mon avis, tout cela est très confus. Ton argument pourrait être valable. Mais d’un autre côté, il pourrait également ne pas l’être. Que faire, que faire…

Éz avait toujours eu un goût prononcé pour la mise en scène, mais Michael trouva sa performance d’aujourd’hui particulièrement réussie. La façon qu’il avait de jouer avec les nerfs de Silvia était un pur bonheur.

— J’ai trouvé ! lança-t-il finalement. Décidons d’un commun accord que tu as tort, et en échange, toi et tes hommes êtes libres d’aller poursuivre vos pathétiques existences très loin d’ici. Qu’en dis-tu ? Ça te semble honnête ?

Silvia bouillonnait de rage, mais elle était suffisamment intelligente pour ne pas laisser passer sa chance. Cinq minutes plus tard, elle et son armée avaient vidé les lieux et roulaient en direction de la Californie.

OceanofPDF.com