La trinité maudite: Michael Biörn Volume 2 (French Edition)

Chapitre 17

La nuit avait été calme, mais pas reposante pour autant. Hormis quelques moustiques qui avaient fait un festin à leurs dépens, rien ne leur était tombé dessus dans l’obscurité, et Michael commençait à douter de la stratégie d’Éz. Vagabonder au hasard dans la vaste forêt en espérant tomber sur un warlock qui n’aurait pas perçu leur approche lui semblait un peu tiré par les cheveux. Leurs chances étaient légèrement meilleures si le vampire l’accompagnait. L’odeur des suceurs de sang s’intensifiait avec l’âge, et si celui-ci était suffisamment fort pour s’en prendre à une princesse elfe, il ne devait pas être tout jeune. Et dans ce cas, les capacités olfactives de Michael leur procureraient un avantage certain sur leurs adversaires.

— As-tu fait de beaux rêves ? demanda Michael, qui savait pertinemment que l’enchanteur n’avait pas mieux dormi que lui.

— Trop de racines et de branches dans cette forêt. Elles n’ont eu de cesse de me martyriser le dos, quel que soit l’endroit où je roulais mon sac de couchage, se plaignit Éz.

— Un enchanteur de ton rang aurait sûrement pu les faire disparaître s’il l’avait réellement souhaité.

— La magie n’est pas quelque chose à prendre à la légère, Michael Biörn ! Chaque action entraîne une réaction. Un bon enchanteur n’utilise jamais sa magie sur les êtres vivants, pas même sur un arbre !

— Content de te l’entendre dire. Au fait, on pourrait revoir notre plan ? Sans quoi nous risquons de passer la semaine à faire du camping itinérant sans jamais trouver ce que nous sommes venus chercher.

— Possible… Tu as une meilleure idée ?

— Peut-être. Si on part du principe que notre ennemi est lié aux disparitions d’étudiants, on pourrait essayer de l’appâter avec quelque chose de plus appétissant qu’une momie centenaire et un géant tout en muscles.

— Je te signale que l’on m’a décrit à de nombreuses reprises comme un élégant gentleman dynamique ne faisant pas ses soixante-dix ans, rétorqua Éz, faussement vexé.

— Je voulais dire en dehors des EHPAD.

— Comme si tu étais qualifié pour juger de l’élégance de qui que ce soit.

— Soit ! À présent que ce point est établi, que dirais-tu de te changer en un jeune homme de vingt ans ? Histoire d’attirer davantage l’attention de nos amis.

— L’idée a du bon… Mais dans ce cas, je crois que je vais te donner l’apparence d’une gamine du même âge. Comme ça, on pourra marcher main dans la main, afin d’avoir l’air encore plus naturel.

Le sourire d’Ézéchiel s’étirait d’une oreille à l’autre.

— Ou je pourrais prendre ma forme d’ours et te suivre à distance. Ce qui me permettrait de bénéficier de mon odorat ultra développé et d’être prêt à réagir à la moindre menace.

Ézéchiel considéra un instant la proposition.

— Je suppose que cela pourrait améliorer nos chances. Sans compter que j’ai toujours trouvé la conversation de ton ours plus intéressante que la tienne.

L’affaire étant entendue, Michael ôta ses vêtements et les mit dans son sac à dos qu’il déposa au pied d’un arbre avant de le recouvrir de feuilles mortes. Il se métamorphosa ensuite en son ours qui, à l’exception d’une bosse manquante sur le dos et d’oreilles légèrement trop pointues, ressemblait beaucoup à un grizzly.

Ézéchiel, quant à lui, ressemblait désormais à un jeune homme à peine sorti de l’adolescence, pas particulièrement musclé et d’allure inoffensive. La proie idéale.

Cela faisait quatre heures qu’ils marchaient sans avoir croisé âme qui vive, et l’estomac de Michael commençait à crier famine, lorsque sa truffe repéra une odeur appétissante. Le lichen prélevé sur quelques rochers qu’il avait mâchouillé pour le petit déjeuner n’avait pas suffi à apaiser sa faim, et il rêvait de mettre de la viande au menu.

Ézéchiel se trouvait à environ deux cents mètres devant lui, mais son avance risquait d’augmenter rapidement si Michael se laissait tenter par le fumet subtil qui lui chatouillait les narines. D’un autre côté, il aurait vite fait de rattraper l’enchanteur si le besoin s’en faisait sentir.

Se fiant à son flair, Michael quitta le chemin emprunté un instant plus tôt par son ami en quête de la carcasse dont émanait cette délicieuse odeur de gibier.

Il tomba sur ce qu’il cherchait cinq minutes plus tard : un wapiti. Vivant, l’animal avait dû peser dans les trois cents kilos, mais il en manquait à présent une bonne partie. Les traces de dents parsemant la dépouille meurtrie ne laissaient cependant aucun doute quant au prédateur responsable. Ses soupçons se confirmèrent lorsqu’un puma bondit sur le dos de l’ours, bien décidé à défendre sa pitance.

Michael se secoua pour tenter de déloger le félin, mais les crocs et les griffes de la bête étaient profondément plantés dans sa chair. Cependant, lorsque Michael roula sur le dos afin d’écraser le gêneur sous son poids, le puma comprit enfin à qui il avait affaire et battit en retraite.

Les blessures provoquées par le félin commençaient déjà à cicatriser lorsque l’animal s’évanouit entre les arbres, et Michael s’attaqua à la carcasse. Légèrement faisandée, la viande était parfaitement à son goût, et il en avala vingt bons kilos avant de s’estimer rassasié.

Cela devrait me tenir quelques jours, pensa-t-il, en reniflant l’air à la recherche d’Ézéchiel. Il détecta rapidement la senteur de l’enchanteur, mais celle-ci était mêlée à une autre. Une odeur que la truffe de Michael, plongée dans la chair du wapiti, n’avait pas identifiée plus tôt : celle d’un vampire.

Le parfum était léger, mais indéniable, et Michael remonta hâtivement la piste olfactive des suceurs de sang, qui semblait converger avec celle d’Ézéchiel.

L’odeur de vampire se renforça au fur et à mesure de sa progression et Michael commençait à détecter plusieurs traces distinctes. Il ne s’agissait pas d’un seul vampire, mais de plusieurs. Soudain inquiet pour son ami, il pressa encore le pas. C’est alors qu’il entendit le cri de terreur d’Ézéchiel.

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