La trinité maudite: Michael Biörn Volume 2 (French Edition)
Chapitre 61
Michael détestait les aéroports et tout ce qui leur était associé. Il ne supportait pas de devoir faire la queue pour l’enregistrement, le contrôle de sécurité, ni même celui avant de monter à bord de ces foutues boîtes de conserve volantes. Il méprisait la nourriture trop chère, trop grasse et pas assez copieuse servie dans la multitude de « restaurants » surpeuplés, disséminés à travers le terminal. Il exécrait les chaises disposées aux portes d’embarquement, trop étroites pour qu’il puisse s’y asseoir. Mais la chose qu’il haïssait le plus dans les aéroports était leur odeur. Les effluves de transpiration de milliers de passagers mêlés aux relents de cuisines diverses et variées n’avaient rien de plaisant, mais cela n’était rien en comparaison de la puanteur du kérosène brûlé. Un parfum qui offensait le nez de Michael plus que tout autre sur la planète. La majorité des humains ne percevait les émanations nauséabondes du carburant qu’une fois sur le tarmac ou à l’intérieur de l’avion lui-même, mais Michael les sentait depuis l’intérieur du terminal. Cela affectait sa concentration, dont il avait pourtant grand besoin.
Ils avaient quelques heures devant eux avant le décollage, et Michael voulait en profiter pour réfléchir sérieusement à ce qu’ils avaient appris jusqu’ici.
— Je leur ai demandé de remplir ton thé au quart avec du miel, mais si ce n’est pas assez pour toi, n’hésite pas à en redemander, dit Leka, en tendant un gobelet en papier à Michael.
Le ranger ignora le sarcasme de l’elfe et fit un signe de tête en guise de remerciement.
— Pourquoi Séraphin s’en est-il pris à Maya ? s’enquit Michael, s’exprimant en français.
Le sujet qu’ils devaient aborder était sensible et le français conférait davantage de confidentialité que l’anglais à Houston. Le vieux norrois ou l’elfique auraient offert une protection plus grande encore contre les oreilles indiscrètes, mais Leka ne parlait pas le premier et Michael ne connaissait que cinq mots du second.
Ils maîtrisaient chacun de nombreuses langues, mais n’avaient apparemment que le français et l’espagnol en commun. Et l’espagnol à Houston était presque aussi répandu que l’anglais.
Michael avait été surpris d’apprendre que Leka s’était trouvé affecté en Europe au moment où lui-même combattait pour la Révolution française. Leka n’avait cependant pas pris part à la révolte. Les elfes se mêlaient rarement des affaires des humains.
— Je suppose que Séraphin a attaqué Maya pour attirer Ézéchiel jusqu’à lui, répondit l’elfe après une minute de réflexion.
— Ézéchiel était sur la piste de Séraphin bien avant de savoir pour Maya.
— Séraphin ignorait peut-être qu’Ézéchiel était déjà sur ses traces, et il aura voulu s’assurer d’avoir son attention, suggéra Leka.
— J’ai du mal à y croire, dit Michael, qui tenait le gobelet devant sa bouche, sirotant doucement sa boisson entre deux phrases. En essayant de tuer Maya, Séraphin avait plus de chance de s’attirer les foudres de Dariel que l’attention d’Ézéchiel. Séraphin était surpris de voir qu’Éz l’ait trouvé aussi rapidement. Je ne pense pas que Maya ait servi d’appât. S’il avait voulu l’attention d’Ézéchiel, il aurait eu plus vite fait de s’en prendre à Gwendoline ou à n’importe quel autre enchanteur. S’il a choisi Maya, c’est qu’il avait délibérément l’intention de se confronter à Dariel. Il savait parfaitement ce qu’il faisait.
— Aucun être sain d’esprit ne chercherait à devenir l’ennemi d’un Haut Souverain. Cela n’a aucun sens.
— Je suis d’accord avec toi, au premier abord, ça n’a pas de sens. C’est à nous d’assembler les indices que nous récoltons de manière qu’ils aient du sens. C’est la seule chose que nous puissions faire pour aider Ézéch…
Un grognement grave s’éleva au-dessus de la cacophonie du terminal, interrompant Michael au milieu de sa phrase. Il tourna la tête pour voir un policier tenant la laisse d’un berger allemand. Il ne faisait aucun doute que les grondements de l’animal s’adressaient au ranger, et le maître-chien appelait déjà des renforts par l’intermédiaire de son talkie-walkie.
— Monsieur, je vais devoir vous demander de bien vouloir vous lever doucement. Laissez vos mains là où je peux les voir.
Le flic semblait nerveux. Sa main droite tenait fermement la laisse du chien, mais la gauche était posée sur la crosse du revolver pendant à sa ceinture.
Michael coopéra et se redressa lentement, les mains en l’air. Les passagers autour de lui s’étaient rapidement écartés du « dangereux individu » à l’impressionnante carrure.
Alors que deux autres officiers arrivaient sur les lieux, Michael regarda le canidé droit dans les yeux et ce dernier se calma subitement, intimidé par ce prédateur plus gros que lui. Malgré l’attitude ambiguë du chien, son maître insista pour effectuer une fouille en bonne et due forme de Michael et de ses effets personnels.
Leur fouille terminée, les policiers présentèrent leurs excuses à Michael qui leur assura qu’aucun mal n’avait été fait.
— Maya était peut-être au courant de quelque chose qu’elle n’aurait pas dû savoir. C’est peut-être pour ça qu’ils ont voulu la tuer, dit Michael, toujours en français, en reprenant place sur son siège.
Les voyageurs continuaient à le regarder avec suspicion, et bon nombre d’entre eux préférèrent rester debout plutôt que de s’asseoir trop près du présumé terroriste.
— Si c’est le cas, ils ont réussi. La princesse n’a plus aucun souvenir de ce qui s’est passé dans les deux mois qui ont précédé son attaque.
— Espérons qu’elle retrouve rapidement la mémoire. Le salut d’Ézéchiel dépend peut-être de ce qu’elle a oublié.
Une adolescente, qui fixait Leka à quelques rangées de là, se mit à rougir lorsque l’elfe lui fit un clin d’œil.
— Où penses-tu que Séraphin ait trouvé ses disciples ? Tu crois vraiment que l’Alliance de l’Ouest n’est pas impliquée dans tout cela ? demanda l’elfe, amusé par l’embarras de la jeune fille.
— Difficile d’en être certain, mais mon intuition me dit que Dragos agit sans le consentement des aînés. De ce que j’en ai vu, la grande majorité de l’armée de Séraphin est composée de novices. Et je ne serais pas surpris d’apprendre qu’ils ont tous le même créateur.
— Dragos ?
— En personne… Je soupçonne que toutes les disparitions sont liées, d’une manière ou d’une autre, à l’armée de Dragos.
— D’une manière ou d’une autre ? répéta Leka, qui ne comprenait pas où Michael voulait en venir.
— Une armée n’a pas uniquement besoin de soldats, elle a aussi besoin de victuailles.
— Je vois ce que tu veux dire.
— Il y a un autre truc qui ne colle pas. Ça m’est sorti de la tête après l’attaque d’Ézéchiel, mais en premier lieu, si Éz a sollicité mon aide, c’était d’abord pour le nécromancien.
L’air perplexe qu’affichait Leka persuada Michael d’être un peu plus explicite.
— Éz n’avait pas de doute sur sa capacité à affronter un warlock, mais il était préoccupé par l’entourage typique que peut avoir un nécromancien. En d’autres termes, il ne voulait pas avoir à faire face à une armée de zombies tout en devant s’occuper d’un warlock.
— Une préoccupation légitime, approuva l’elfe.
— Le problème, c’est que nous n’avons pas encore vu un seul zombie. Séraphin prétend être à la fois un warlock et un nécromancien, mais il n’a pas de zombies dans son entourage. Pourquoi prendrait-il le temps de lever une armée de vampires alors qu’il peut se rendre dans le premier cimetière venu et se bâtir une armée de morts-vivants en l’espace de quelques heures ?
— Les vampires sont plus forts que les zombies.
— C’est vrai, mais cela demande plus de temps pour les créer, et la disparition d’étudiants a moins de chances de passer inaperçue que celles de cadavres résidant six pieds sous terre. D’autant que l’un n’empêche pas l’autre. Il est tout à fait possible de lever rapidement une armée de zombies de manière à assurer tes arrières pendant que tu formes tes troupes de choc composées de vampires.
— Dans ce cas, Séraphin n’est peut-être pas un nécromancien, après tout.
Michael termina son thé et s’employa à récupérer le miel collé au fond du gobelet en le raclant à l’aide de son index.
— Cela semble être l’explication la plus logique, mais pourquoi mentirait-il ? Pourquoi un warlock suffisamment puissant pour vaincre un enchanteur du Second Cercle aurait-il besoin de nier sa véritable nature ?
Leka y réfléchit un instant, mais il n’y avait pas d’explication évidente.
— Je suppose qu’il nous faudra découvrir cela aussi…
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