La trinité maudite: Michael Biörn Volume 2 (French Edition)

Chapitre 91

Les lobes séparés du cerveau de Michael commencèrent à refabriquer des neurones et du tissu cérébral à l’instant même où la lame fut ôtée de son crâne. Alors que son cœur redémarrait, il sentit l’afflux de sang envahir sa boîte crânienne. Il ouvrit doucement les yeux un instant plus tard et constata que ses poignets étaient enchaînés à un engin bizarre.

Que venait-il de se passer ? Olivia l’avait-elle réellement poignardé ? Michael avait du mal à le croire. La réponse à cette question ne figurait cependant pas au sommet de ses prérogatives. Comment allait-il se libérer ? Les chaînes, bien qu’épaisses, ne le souciaient pas vraiment ; il y avait peu de chance qu’elles lui offrent beaucoup de résistance quand il déciderait de s’en défaire. La grande roue métallique qui encerclait son cou l’inquiétait bien davantage.

Il lui était impossible de distinguer l’ensemble de l’objet, mais ses lames affûtées, connectées à des ressorts comprimés, ne laissaient aucun doute quant à sa fonction.

— Ravi de vous avoir de nouveau parmi nous, monsieur Biörn, dit Séraphin, de sa voix désincarnée. Vous ne devez probablement pas saisir la précarité de votre situation à l’heure qu’il est, aussi laissez-moi vous l’exposer précisément. Le dispositif autour de votre cou est contrôlé par cette télécommande, dit-il en allongeant la paume vers Michael.

Une petite télécommande carrée avec un unique bouton en son centre y était posée.

— La moindre pression exercée sur ce bouton enverra votre tête rouler au sol. Et nous savons tous les deux qu’il n’y a pas de résurrection possible avec ce type de mort, continua le warlock d’un ton à la fois vindicatif et triomphal.

— Qu’attendez-vous de moi exactement ? Où sont Olivia et Lucy ? demanda Michael, qui n’espérait pas vraiment de réponse de la part du masque.

— Je pensais que nos intentions seraient à présent évidentes, mais je constate que vous n’êtes après tout pas si brillant que ça… Vous m’avez privé de la mort d’Ézéchiel. Il ne s’agit, bien sûr, que d’un contretemps, mais il n’empêche que vous devez payer pour cet affront. Le problème est qu’on peut difficilement vous faire confiance. Contrairement à votre protégée ici présente, dit Séraphin, en faisant un geste vers sa droite.

Michael tourna doucement la tête pour découvrir Dragos en train de gratter le crâne d’un loup aux proportions impressionnantes : Olivia… Mais que fichait cette gamine, par Odin ?

— Mais grâce à mon bon ami Dragos, votre coopération n’est pas nécessaire. Lorsqu’il en aura fini avec vous, vous serez aussi docile que ce louveteau.

Dragos cessa de caresser Olivia et se dirigea vers Michael, le visage stoïque. Il empoigna les cheveux du ranger de sa main droite et lui tira la tête en arrière, forçant Michael à le regarder dans les yeux.

Cela expliquait au moins le comportement d’Olivia. La malheureuse avait été envoûtée.

Le regard de Dragos était intense, dominateur, hypnotisant. Il n’était pas le premier vampire à essayer d’envoûter Michael, mais il risquait d’être le dernier… Le ranger luttait pour conserver le contrôle de son esprit, mais les lames acérées autour de son cou ne l’aidaient pas à rester concentré, et petit à petit, il sentit la fatigue le gagner.

Séraphin et Dragos tenaient conseil à voix basse, tandis qu’Olivia était allongée aux pieds de ce dernier. Autour d’eux, une soixantaine de diurnes répartis en petits groupes bavardaient avec nonchalance. Tout le monde semblait attendre quelque chose, mais Michael n’avait aucune idée de ce dont il s’agissait.

L’engin à l’allure médiévale avait été retiré de son cou peu après son envoûtement ; il n’était désormais plus nécessaire. Dragos avait ensuite ordonné à Michael de prendre sa forme d’ours, et le ranger s’était exécuté.

— Il est temps de la faire venir, dit Séraphin à Dragos.

L’aîné fit signe à un novice qui gardait l’entrée de l’une des tentes et le sous-fifre disparut à l’intérieur. Il ressortit une demi-minute plus tard, poussant devant lui une jeune femme aux longs cheveux blonds. Elle avait les mains attachées dans le dos et les yeux bandés, mais Michael ne rencontra aucune difficulté à reconnaître la prisonnière. C’était Maya.

De gros bleus marquaient le visage et le cou de la princesse qui semblait avoir été battue.

Michael se souvint soudain de la raison de sa présence ici. Lucy devait elle aussi être retenue captive quelque part dans ce campement, mais il ne l’avait pas encore aperçue.

Il perçut de l’agitation sur sa droite et tourna la tête massive de son ours pour constater qu’un autre individu masqué venait d’apparaître. Le second masque était vêtu exactement comme Séraphin. Sans leurs odeurs diamétralement opposées, il aurait été difficile de les différencier. Il était cependant un peu plus petit que le warlock et se déplaçait avec davantage de grâce.

Séraphin et Dragos rejoignirent immédiatement le nouveau venu, Olivia suivant Dragos comme un bon toutou. Michael se tenait trop loin pour entendre leur conversation, mais il ne pouvait pas se rapprocher, son maître ne l’y avait pas invité.

Quelques minutes passèrent avant que Dragos ne se sépare des deux masques pour aller transmettre ses ordres à ses troupes.

Il répartit ses vampires par groupes de dix, les positionnant en quinconce face à l’unique entrée du campement. Michael ignorait qui ils attendaient, mais une chose était certaine, Séraphin et ses troupes se préparaient au combat.

Le warlock et Dragos savaient-ils que Silvia et ses sbires étaient en ville ? Prévoyaient-ils une attaque de l’Alliance de l’Ouest ? C’était peu probable. Aucun des vampires ne semblait armé. Et compte tenu de l’arsenal dont disposait l’Alliance, il doutait que Dragos fût assez stupide pour affronter ses anciens maîtres les mains vides. D’autant plus que, même armés, ses novices feraient difficilement le poids face aux tueurs entraînés de l’Alliance de l’Ouest. D’un autre côté, Dragos jouissait de l’appui de Séraphin et de l’autre masque, dont les pouvoirs étaient sans aucun doute bien plus grands que tout ce que l’Alliance avait à sa disposition.

Les deux masques prirent place en première ligne de la formation, directement en face de l’entrée du campement, tandis que Maya et le vampire chargé de la surveiller se trouvaient à quelques mètres sur leur gauche. La présence de la prisonnière au milieu de l’armée de Séraphin paraissait un peu étrange, mais Michael avait une idée de la raison pour laquelle le warlock tenait à ce qu’elle soit là.

Après une dernière revue des troupes, Dragos alla s’installer au côté de Séraphin, le loup d’Olivia flanquant sa droite et l’ours de Michael sa gauche.

Michael réfléchissait à toute allure. Il s’inquiétait bien plus pour Olivia et Lucy que pour lui-même, bien que sa situation ne fût pas vraiment meilleure que les leurs. Et même si Éz n’était pour le moment plus sa préoccupation principale, il savait que plus Séraphin évoluerait, moins l’enchanteur aurait de chance de sortir de son état comateux.

Les minutes devinrent des heures, et l’atmosphère d’anticipation tendue se transforma peu à peu en ennui, tandis que la concentration des novices fléchissait dangereusement. À plusieurs reprises, Dragos dut rappeler ses vampires à l’ordre.

L’attente prit fin peu après le lever du soleil, lorsqu’un diurne déboula dans le camp en criant :

— Ils arrivent ! Ils sont là !

Michael n’eut pas le temps de se demander de qui parlait le vampire. Une seconde plus tard, une femme pénétra dans le camp avec l’assurance d’une impératrice avançant en terrain conquis. Son imposante prestance était en opposition totale avec sa stature puisqu’elle ne devait pas dépasser le mètre cinquante. Elle semblait âgée d’une vingtaine d’années et possédait une beauté raffinée. Avec de grands yeux marron et sa peau terre de Sienne, elle aurait pu être d’origine indienne aussi bien que srilankaise. Une émeraude ovale de la taille d’une amande était incrustée au centre de son front.

— Tabitha, je suis si heureux que tu aies pu te joindre à nous, dit Séraphin d’un ton suintant d’hypocrisie.

— Ravale tes salades, Séraphin, je ne suis pas venue pour discuter. Comment tu es parvenu à prendre le dessus sur Ézéchiel, je ne peux me l’expliquer, mais la plaisanterie a assez duré.

La voix de la femme résonnait d’une détermination et d’une autorité qui contrastaient avec son apparence douce.

— Cela reste à voir, répondit le warlock avec une assurance que Michael soupçonnait feinte. Où est donc Methuselah ? Je pensais que vous seriez ensemble. L’union fait la force, paraît-il. Après ce qui est arrivé à votre collègue du Second Cercle, je suis surpris que tu aies osé venir seule.

— Methuselah a été retardé, mais il sera bientôt là. N’aie crainte.

— Il sera déjà trop tard en ce qui te concerne, grogna le warlock.

Comme répondant à un ordre silencieux, les deux diurnes les plus proches bondirent sur la femme dans un assaut parfaitement coordonné, tandis que les groupes plus éloignés se ruaient pour leur prêter main-forte.

Tirant avantage de la diversion offerte par les vampires, Séraphin leva sa baguette d’un geste rapide. Une vague d’énergie pure déferla de l’objet et fondit en direction de la tête de l’enchanteresse. Mais avant que Michael n’ait eu l’occasion de s’inquiéter pour elle, Tabitha para facilement l’attaque de la paume de sa main, absorbant le faisceau d’énergie sans montrer le moindre inconfort. Le premier afflux de vampires était quasiment sur elle lorsqu’un cercle de feu émanant de sa taille s’élargit en un éclair, transformant en tas de cendres fumantes tout vampire ayant l’infortune de se trouver sur son passage.

Ayant atteint un diamètre de cinq mètres environ, le brasier infernal tomba à court de matière première à carboniser et se volatilisa aussi vite qu’il était apparu.

Michael était heureux de constater que l’enchanteresse du Second Cercle savait se défendre face au warlock et à ses novices. Le second masque n’avait cependant pas encore pris part à l’offensive et Michael craignait de voir ce qui arriverait alors. Il lui fallait absolument venir en aide à l’enchanteresse, mais il en était incapable. Dragos contrôlait ses moindres mouvements et aller à l’encontre de la volonté du vampire lui était physiquement impossible.

Les diurnes encerclaient complètement Tabitha, mais leur enthousiasme meurtrier avait été refroidi par la combustion spontanée de leurs camarades. Ils s’agitaient aux abords du périmètre délimité par les cendres de leurs compagnons. Leur nombre grossissait cependant rapidement, et Michael ne savait pas si Tabitha possédait suffisamment de réserves pour tous les incinérer.

Séraphin lança deux nouvelles attaques qui échouèrent comme la première, mais cela ne sembla pas décourager le warlock qui continua de jeter sort après sort. De son côté, Tabitha avait adopté une attitude purement défensive. Une stratégie conduisant rarement à la victoire, selon l’expérience de Michael.

Les grognements d’Olivia interrompirent les réflexions de Michael. Son loup était pressé de prendre part au combat, et ce en dépit du fait que Dragos ne lui en avait pas intimé l’ordre. Cette constatation perturbait profondément Michael. Pourquoi Olivia agissait-elle ainsi ? Même envoûté, Michael conservait son sens des valeurs. Ses muscles répondaient aux ordres de Dragos, mais cela ne signifiait pas qu’il les approuvait. Cela ne semblait pourtant pas être le cas d’Olivia qui voulait visiblement en découdre avec l’enchanteresse.

Un vampire plus courageux que les autres décida de tenter sa chance et se jeta sur Tabitha pendant l’une des attaques de Séraphin. Ses crocs ne se trouvaient qu’à quelques centimètres du cou de l’enchanteresse lorsqu’il fut frappé par un éclair sorti de nulle part. L’intensité de la décharge électrique l’embrasa instantanément, ses hurlements résonnant dans la clairière tandis que son corps se transformait en torche vivante.

Les grognements d’Olivia redoublèrent, et Dragos lui donna l’ordre qu’elle attendait. Michael regarda, impuissant, le loup courir à toute allure vers l’enchanteresse, bousculant les diurnes sur son chemin. Elle était encore à six mètres de sa cible lorsque son animal bondit par-dessus la ligne de vampires qui encerclaient Tabitha.

Craignant pour la vie d’Olivia, Michael se prépara au pire. Il ne pouvait y avoir aucune issue positive à la confrontation. Mais à son immense soulagement, Tabitha s’évanouit dans les airs.

Michael se retourna juste à temps pour voir Tabitha se matérialiser à côté de Séraphin. Elle tendit la main vers sa gorge, mais, comme paralysé, le warlock n’esquissa pas le moindre geste.

L’enchanteresse avait du talent, cela ne faisait aucun doute, mais ce que Michael redoutait depuis le début finit par arriver : le deuxième masque rejoignit le combat.

Il se tenait à une dizaine de mètres de Tabitha, mais la bourrasque avec laquelle il la percuta possédait une telle force que l’enchanteresse tomba à genoux, relâchant l’emprise qu’elle avait sur Séraphin dans sa chute. Le warlock mit toute sa puissance dans un sort qu’il dirigea vers la poitrine de l’enchanteresse, mais celle-ci, pleine de ressources, se volatilisa une fraction de seconde avant que l’attaque ne l’atteigne.

Elle réapparut à une vingtaine de mètres de là, dans un coin de la clairière où les diurnes étaient peu nombreux. Tabitha semblait néanmoins à bout de souffle, et il était clair que ses deux numéros de disparition successifs l’avaient forcée à puiser dans ses réserves.

— Qui est ton petit camarade, Séraphin ? J’ai comme l’impression que c’est lui qui devrait donner les ordres, ici.

Avant que Séraphin n’ait eu le temps de répondre, elle se tourna vers le deuxième masque.

— Que fais-tu en compagnie de cette racaille ? N’es-tu pas censé valoir mieux que cela ?

Mais le second masque garda le silence.

— Tu peux l’appeler la Mort, Tabitha, parce que c’est tout ce qu’il représente pour toi, dit Séraphin d’un ton dépourvu de menaces, comme énonçant une évidence.

Du coin de l’œil, Michael vit Olivia se ruer vers Tabitha. Mais cette fois, personne n’était là pour distraire l’enchanteresse, et il y avait peu de chance pour qu’elle épargne la bête enragée.

Mais la peur qui envahit soudain Michael lui fit comprendre quelque chose d’important. L’attitude d’Olivia n’avait en fait rien d’anormal. Elle se comportait comme tout esprit envoûté l’aurait fait. C’était Michael lui-même l’anomalie. Ses pensées demeuraient les siennes, et seul son corps refusait de désobéir au vampire.

Il venait juste de comprendre cela lorsque Dragos lui ordonna de tuer l’enchanteresse. Michael sentit son corps se mettre en action et il s’élança malgré lui vers Tabitha. Son ours pouvait courir à soixante-cinq kilomètres par heure, et il atteindrait Tabitha avant Olivia. Savoir qu’il serait abattu par l’enchanteresse avant sa protégée ne lui offrit néanmoins que peu de réconfort. Il devait rompre le sort. Il devait reprendre le contrôle de son propre corps. Le sourire de Sheila lui vint à l’esprit. L’idée de ne plus jamais revoir la jeune femme lui était simplement insupportable. Et quelque chose d’insupportable ne devait pas être supporté.

Séraphin se trouvait cependant entre Michael et l’enchanteresse, et comme la ligne droite constituait le chemin le plus direct pour aller d’un point à un autre, personne ne vit l’attaque venir lorsque, à la dernière seconde, Michael dévia légèrement de sa trajectoire pour se ruer sur le warlock.

L’impact aurait pu projeter Séraphin six mètres plus loin, mais il n’en fut rien puisque Michael referma ses énormes mâchoires autour de la gorge de son ennemi. Ignorant comment s’y prendre pour tuer un warlock, l’ours opta pour l’approche qui s’était jusqu’à présent révélée efficace contre tous ses adversaires.

Alors que ses dents sectionnaient la colonne vertébrale, séparant la tête du warlock du reste de son corps, un cri de douleur s’éleva des profondeurs de la foule. Michael identifia immédiatement la voix comme étant celle de Maya, ce qui confirma sa théorie. Il n’eut cependant pas le temps de se congratuler. Il lui fallait encore intercepter Olivia avant que Tabitha ne perde patience.

Il reprit son sprint et entra en collision avec la louve alors qu’elle ne se trouvait plus qu’à cinq mètres de l’enchanteresse. Le choc fut accompagné du craquement caractéristique d’os qui se brisent. Les os d’Olivia. Il n’aurait plus à se soucier d’elle pendant un petit moment.

Les vampires s’étaient à présent rassemblés en une masse compacte qui fourmillait autour de Tabitha. Cette dernière semblait à bout de force. Nettement moins puissantes qu’auparavant, ses attaques ne neutralisaient plus qu’un ou deux vampires à la fois. Ce qui aurait été moins problématique s’il ne restait pas une quarantaine de vampires à affronter.

Michael fonça droit sur la mêlée qui encerclait Tabitha, mais il ne put parcourir que trois mètres avant de rebondir sur un mur invisible. L’impact inattendu le fit tomber au sol. Sans qu’il ait une chance de réaliser ce qui venait de se produire, Maya était sur lui, des desseins meurtriers dans les yeux.

Il n’avait pas prévu de combattre la princesse elfe, et il n’était pas certain de pouvoir gagner cette bataille. Il se relevait à la hâte lorsque la situation empira de manière significative. Dragos se tenait aux côtés de Maya, et Michael n’envisagea pas une seconde que l’aîné soit venu pour tempérer le courroux de la princesse. Les deux survivants de la Trinité Maudite comptaient bien lui faire la peau.

Michael chargea le vampire, mais Dragos esquiva l’attaque tel un torero, assenant un terrible coup de poing sur le crâne de l’ours au passage. L’aîné s’était déplacé si rapidement que Michael avait à peine détecté le mouvement. Le plantigrade fit demi-tour et se rua à nouveau vers Dragos, mais une racine d’arbre, jailli soudainement du sol, le fit trébucher, l’envoyant rouler au tapis.

Il ne faisait aucun doute que la racine était l’œuvre de Maya. Comme si Dragos ne lui donnait pas suffisamment de fil à retordre… S’il devait affronter la princesse et l’aîné en même temps, il avait davantage de chances de gagner à la loterie que de sortir vainqueur de cette confrontation. Tabitha n’était absolument pas en position de l’aider.

Dragos atterrit sur le dos de Michael et lui assena simultanément deux coups de poing sur la nuque. Michael sentit plusieurs vertèbres cervicales craquer sous l’impact, alors que Maya se dirigeait vers lui, un sourire sardonique aux lèvres.

Après un millénaire d’existence, avait-il atteint la fin du chemin ? Alors qu’il commençait à perdre espoir, les secours qu’il n’attendait plus finirent par arriver. Dragos fut projeté loin de Michael par une main invisible qui stoppa également Maya dans sa course. Le second masque venait de changer de camp.

— Ne te mêle pas de ça, Père, cracha la princesse avec rage.

La magie elfique ne pouvait être utilisée pour nuire aux elfes, mais le Haut Souverain était néanmoins suffisamment puissant pour protéger Michael du courroux de sa fille.

— Ne m’appelle pas ainsi. Je n’ai plus de fille, répondit Dariel.

Michael espéra un instant que le Haut Souverain s’occuperait également des vampires, à commencer par Dragos, mais il devint rapidement clair que ce ne serait pas le cas. Dariel semblait uniquement vouloir protéger Michael des assauts incessants de sa fille. Et le ranger lui en était infiniment reconnaissant.

Ses vertèbres cervicales s’étaient à peu près ressoudées lorsque Dragos revint à l’attaque pour le second round. Les deux préternaturels se dévisagèrent à distance un moment. Dressé sur ses pattes arrière, Michael dominait le vampire d’une soixantaine de centimètres. Un avantage certain, mais que Dragos compensait largement par sa rapidité fulgurante.

À une quinzaine de mètres derrière Dragos, une Tabitha épuisée luttait contre les restes de l’armée des diurnes. La position de l’enchanteresse n’avait cependant rien d’enviable. Les vampires gagnaient du terrain, leur ligne de front désormais à moins de deux mètres de la jeune femme.

Dragos disparut subitement. Ce fut du moins la manière dont le cerveau de Michael interpréta le déplacement fulgurant du vampire. Un puissant coup de poing s’abattit sur son dos. L’ours retomba sur ses quatre pattes et pivota aussi vite que ses trois cent soixante kilos le lui permettaient, mais le vampire se trouvait déjà cinq mètres plus loin.

Le vampire avait adopté une tactique de guérilla, mais en accéléré, harcelant l’animal de ses attaques éclairs puis battant aussitôt en retraite avant que ce dernier n’ait une chance de riposter.

Le vampire brisait désormais les os de Michael plus vite que ceux-ci ne pouvaient se ressouder, et le ranger se savait en mauvaise posture.

Dragos faisait un adversaire formidable – de loin le vampire le plus puissant que Michael ait jamais combattu –, mais il n’était qu’un vampire, et Michael refusait tout bonnement d’être vaincu par un suceur de sang.

L’aîné avait beau être plus rapide que son ours, Michael n’était pas né de la dernière pluie, et il cherchait une parade au harcèlement constant de son ennemi.

Les offensives de Dragos se révélaient trop aléatoires pour être anticipées, et le vampire se retirait toujours trop loin pour que Michael puisse simplement se jeter dans la direction du dernier coup assené. Mais plus le vampire allait loin, plus il avait de distance à parcourir avant de porter son attaque suivante. Et plus un objet se déplaçait rapidement, plus il poussait d’air devant lui. Michael devait juste se concentrer pour détecter la subtile variation annonciatrice de la prochaine agression. Mais pour ce faire, il lui fallait oublier Olivia, qui gisait inconsciente à quelques mètres sur sa droite, faire abstraction de Tabitha, au bord de l’épuisement face à un nombre encore invraisemblable de diurnes, et ouvrir son esprit à la caresse de l’air, tout en ignorant les réflexes instinctifs de sa bête.

Dragos le frappa trois fois de plus avant que Michael ne parvienne enfin à anticiper son prochain mouvement. Et quatre fois supplémentaires avant que les crocs de l’ours ne s’enfoncent profondément dans le flanc du vampire, tout près de sa cage thoracique.

Dragos continuait cependant de se battre avec une rage décuplée, rouant la tête de Michael de coups avec une telle célérité que l’ours avait l’impression d’être assailli par un fléau d’armes médiéval monté sur un coupe-bordure industriel.

L’ours ne pourrait endurer cela longtemps, mais Michael n’était pas sûr de savoir comment y mettre fin. Il ne pouvait relâcher son emprise sur le vampire sans risquer de le laisser s’échapper, mais ses dents n’avaient atteint aucun organe vital… Heureusement, sa moitié animale n’avait pas pour habitude de réfléchir trop longtemps.

Le vampire prisonnier dans ses mâchoires, la bête se dressa sur ses pattes arrière, soulevant ainsi Dragos à deux mètres de hauteur telle une poupée de chiffon, avant de retomber à terre en l’écrasant sous son poids.

La stratégie s’avéra efficace, et après une autre douzaine de collisions à grande vitesse avec le sol, le vampire devint suffisamment coopératif pour que Michael puisse réajuster sa prise. Cette fois, ses puissantes mâchoires se refermèrent autour de la nuque du vampire qu’il décapita dans l’instant. Se servant de ses redoutables griffes, Michael lacera le torse du suceur de sang afin d’en extraire le cœur.

Avec la tête du vampire gisant à un mètre cinquante de son corps et son cœur réduit en bouillie sous la patte arrière droite de l’ours, Michael put enfin porter son attention vers Tabitha, juste à temps pour la voir disparaître sous une nuée de diurnes.

Il n’avait aucune chance de les atteindre à temps et de la sauver. Et même s’il y arrivait par miracle, il lui resterait encore des douzaines de vampires à affronter.

Il en était là de ses réflexions quand les diurnes se mirent à voler en tous sens, projetés loin de leur cible par une force invisible.

Certains s’embrasaient en plein vol, d’autres étaient propulsés les uns sur les autres avec une puissance telle que Michael pouvait entendre leurs os craquer de là où il se trouvait, quinze mètres plus loin.

Il fallut quelques secondes à Michael pour comprendre ce qui était en train de se passer, et encore davantage de temps avant que les derniers diurnes n’identifient la nouvelle menace et ne convergent vers le géant de plus de deux mètres dix qui se tenait à l’entrée de la clairière.

La peau du nouveau venu était aussi noire que le charbon et son attitude imposait le respect. Il semblait avoir une quarantaine d’années et tenait à la main une canne en acajou terminée par une poignée en ivoire facetté qu’il agitait en direction des vampires avec une efficacité mortelle.

Les quelques diurnes encore debout se ruèrent vers l’homme dans une tentative désespérée de l’atteindre avant de se faire vaporiser jusqu’au dernier, mais en vain. Methuselah était arrivé, et il ne se sentait pas d’humeur clémente.

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