La trinité maudite: Michael Biörn Volume 2 (French Edition)

Chapitre 18

Les regards réprobateurs des étudiants occupant les tables voisines se tournèrent vers Olivia et Lucy, dont le volume de la conversation dépassait celui édicté par l’étiquette de la bibliothèque universitaire.

— Pour être tout à fait honnête avec toi, je le trouve même un peu con sur les bords, dit Olivia à voix plus basse.

— J’apprécie ta franchise, Liv. Je me sentirais probablement offensée si je considérais Brad comme une relation sérieuse, mais de toi à moi, ce n’est pas le cas. Je suis en première année de fac… Je veux juste m’amuser, et Brad est le type idéal pour ce genre de choses.

— Parce qu’il fait partie de l’équipe de football, ou parce qu’on dirait une version plus musclée de Ryan Gosling ?

— Toi aussi, tu as remarqué ?

Les gloussements des deux sœurs attirèrent une fois de plus les foudres de leurs voisins.

— C’est bon, on s’en va, lança Olivia à l’adresse des tables adjacentes.

Elles rassemblèrent les quelques livres éparpillés sur la table et les fourrèrent dans leurs sacs à dos respectifs avant de se diriger vers la sortie.

Une fois à l’extérieur, où la température ne dépassait pas les quatre degrés, l’air frais fouetta leurs visages, mais l’astre solaire, trônant dans un ciel sans nuages, offrait une chaleur réconfortante aux parties de leurs corps exposées aux éléments.

Elles trouvèrent un banc libre et y prirent place en attendant le prochain cours de Lucy.

— Et pour Matt ? Comment ça se passe entre vous ? demanda Lucy.

— Je ne vois pas de quoi tu parles. Nous sommes juste potes, rien de plus.

Olivia n’avait même pas essayé de paraître convaincante, et Lucy sauta sur l’occasion.

— Il t’a embrassée ? Ne me dis pas que vous l’avez déjà fait ?

— Lucy ! Ce genre de choses ne te concerne en rien. Et non… on ne l’a pas déjà fait ! Il ne m’a même pas encore embrassée.

— Qu’est-ce qu’il attend ?

— Il a l’air de vouloir prendre son temps ?

— Eh bien, il ferait mieux de s’activer parce qu’il va bientôt avoir de la concurrence.

— Permets-moi d’en douter. Je n’ai jamais été particulièrement populaire auprès des garçons et ma nouvelle condition ne risque pas d’améliorer la situation.

— Je n’essaie pas d’être sympa, Olivia. Je t’assure que j’ai plusieurs fois capté des mecs en train de te mater. Peut-être qu’avant j’étais trop centrée sur moi-même pour y faire attention, mais je peux te garantir que, ces dernières semaines, les mecs te calculent grave.

Olivia avait elle aussi perçu un changement d’attitude à son égard de la part du sexe opposé depuis son emménagement avec Lucy, mais elle avait mis cela sur le compte de sa paranoïa. Elle avait tellement le sentiment d’être un monstre, et que c’était écrit sur son front, qu’elle s’attendait sans cesse à ce que tout le monde la dévisage.

Après le malheureux incident avec Sheila, Michael avait fait monter Olivia de force dans sa voiture et ils avaient pris la route pour le Wyoming, ne s’arrêtant que pour aller aux toilettes et faire le plein d’essence.

Olivia avait passé les six mois suivants au cœur de Yellowstone, enfouie sous un mètre cinquante de neige, avec Michael pour seule compagnie. Selon elle, cette réclusion forcée ressemblait à s’y méprendre à une peine de prison, mais Michael n’avait pas flanché : elle devait apprendre à se contrôler. Il avait bien entendu eu raison, mais ça, elle ne l’admettrait jamais en sa présence.

— Tu as changé, Olivia. Et je ne parle pas seulement de l’attitude des mecs. C’est ta personnalité… Je ne sais pas trop comment l’expliquer… Tu as toujours donné l’impression de te foutre des autres… mais maintenant, tu as l’air sincère !

Olivia jeta un regard peu convaincu à Lucy.

— Je sais que je ne suis pas claire. Disons simplement que tu sembles plus sûre de toi, et je pense que les mecs kiffent ça.

— Kiffent quoi ? demanda Matt, les faisant toutes deux sursauter, pendant que le visage d’Olivia adoptait une couleur pivoine.

Il se tenait à quelques pas de leur banc. Absorbées par leur discussion, les deux sœurs ne l’avaient pas vu approcher.

*****

Assis dans les gradins à une quinzaine de mètres de là, un jeune homme prêtait une attention toute particulière au trio.

Une casquette de baseball dissimulait ses longs cheveux noirs, et des lunettes de soleil cachaient ses yeux marron en amande, mais il préférait néanmoins rester à distance du loup-garou. Elle n’était encore qu’un louveteau, mais tôt ou tard, elle apprendrait à se servir de son odorat, et elle saurait alors détecter sa présence à des kilomètres à la ronde.

Il fallait juste espérer que cela n’arrive pas avant que le sort de la jeune femme n’ait été décidé. Elle s’avérerait beaucoup plus facile à tuer si elle ne le sentait pas approcher.

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