La trinité maudite: Michael Biörn Volume 2 (French Edition)

Chapitre 29

Le parking situé au point de départ du chemin de randonnée était désert à cette heure matinale, et Olivia gara sa voiture à l’ombre du plus gros arbre qu’elle puisse trouver. Il lui avait fallu plus de dix minutes pour enlever la poudreuse et dégivrer les vitres du véhicule, aussi comptait-elle sur la protection de l’arbre en cas de nouvelle chute de neige.

Elle s’était attendue à voir débarquer la voiture qui l’avait suivie sur la route du canyon, mais ce ne fut pas le cas. Ses occupants avaient sous doute dû choisir une autre randonnée.

Elle sortit de l’habitacle et fut surprise par les dix centimètres de poudreuse qui couvraient le sol. Il en était tombé beaucoup moins en ville au cours de la nuit, mais il était vrai qu’elle se trouvait à présent à plus de deux mille mètres d’altitude, soit quelques centaines de mètres plus en hauteur.

Elle était cependant venue préparée pour cette marche matinale. Elle portait une veste polaire militaire couleur kaki, des gants en laine et des chaussures de randonnée qui lui montaient aux chevilles. Son legging en lycra n’était en revanche pas le choix le plus judicieux pour affronter les moins cinq degrés ambiants, mais elle comptait sur son métabolisme de loup-garou pour compenser cela.

Elle attrapa son sac d’hydratation de deux litres posé sur le siège passager et se mit en route. C’était sa première randonnée en solitaire dans les montagnes, mais elle n’était pas trop inquiète. Avec ses dix cascades, le parcours de Hyalite Peak était à la fois pittoresque et facile à suivre.

La morsure de l’air frais sur son visage lui fit l’effet d’une douche vivifiante et purificatrice : exactement ce qu’il lui fallait pour faire le point et réfléchir un peu.

Elle avait le sentiment d’avoir progressé ces derniers mois, et même si elle détestait devoir l’admettre, Michael y était pour beaucoup. Elle n’aurait jamais été capable d’apprendre à se contrôler aussi rapidement sans son aide et ses conseils, et d’innocentes victimes en auraient probablement payé le prix fort – peut-être même Lucy… Elle devait beaucoup à Michael. Alors pourquoi ressentait-elle une si grande animosité envers lui ? Elle avait d’abord pensé que c’était parce qu’elle le tenait pour responsable de ce qui lui était arrivé, mais c’était faux. Elle s’était rendue chez Clemens contre l’avis de Michael, et elle ne pouvait s’en prendre qu’à elle-même. En réalité, sans l’intervention de Michael, elle serait peut-être en train de moisir au fond d’un cachot ou dans une chambre forte. Alors pourquoi ressentait-elle autant d’aigreur envers lui ? Pire encore, sa rancœur à l’égard du ranger ne cessait de croître. Et cette spirale infernale finirait par venir à bout de leur relation si elle ne trouvait pas le moyen de s’en échapper.

Malgré une pente couverte de neige, elle atteignit la première cascade, située à un kilomètre et demi du point de départ, en quinze minutes. Elle devait reconnaître qu’il y avait des avantages à être un loup-garou. Cela s’était avéré très utile contre ceux qui avaient tenté de violer Lucy à la soirée de la fraternité, et la veille aussi, au resto… Même si elle était persuadée que Matt aurait parfaitement pu s’occuper lui-même de ce connard mal élevé et de son copain aux faux airs d’intello.

Matt… Elle avait tellement aimé qu’il lui caresse la joue… mais plus encore que ses lèvres viennent effleurer les siennes. Elle avait eu peur de l’avoir effrayé avec sa petite démonstration de force, mais pas du tout. Il l’avait tendrement embrassée sur le parking avant de lui souhaiter bonne nuit. Il n’avait pas tenté d’aller plus loin ou de l’inviter chez lui.

Matt est un gentleman, contrairement à Dan Schooman… pensa-t-elle, se souvenant du garçon qui l’avait accompagnée à son de bal de fin d’année en terminale, en s’imaginant qu’il pouvait se dispenser du baiser et lui peloter directement les seins. Elle était encore humaine à l’époque, mais cela ne l’avait pas empêchée de gifler le petit pervers à lui en décrocher la tête.

Plus elle grimpait, plus la neige devenait abondante. Après une heure de marche, elle lui arrivait à mi-mollet. Non seulement la poudreuse ralentissait son allure, mais elle s’infiltrait aussi à travers son legging avant de lui dégouliner dans les chaussures.

Elle décida qu’il était temps de faire demi-tour et de regagner sa voiture. De toute façon, elle ne pouvait pas continuer, elle devait être en cours dans moins de quatre heures.

Elle aperçut la première ombre une seconde plus tard, mais elle disparut avant qu’elle n’ait eu une chance de l’identifier. Elle leva les yeux, à la recherche d’un oiseau, mais elle ne vit rien dans les branches. La canopée était si épaisse qu’il était impossible d’observer le ciel. Elle continua de descendre, se demandant si elle avait rêvé, mais elle avait bel et bien l’impression que quelqu’un ou quelque chose la suivait.

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