La trinité maudite: Michael Biörn Volume 2 (French Edition)
Chapitre 54
Cela faisait des semaines que Séraphin n’avait pas visité la ferme, mais il était satisfait des progrès qui y avaient été faits. Dragos gérait l’exploitation d’une main de maître.
Le sous-sol s’étendait sous toute la surface de la maison et ressemblait davantage à un hôpital de campagne parfaitement équipé qu’à une entreprise agricole.
Six rangées de dix lits occupaient pratiquement tout l’espace. Seules deux couches demeuraient vacantes, huit de moins que la dernière fois. L’armée de Dragos avait bien « recruté ». Deux vampires en blouses blanches prenaient soin des cinquante-huit sacs à sang avec détachement et une efficacité exemplaire.
Chaque sac à sang était relié à une machine complexe par un cathéter qui lui était inséré dans la veine cave, au niveau du cou. Sur les victimes en phase de prélèvement, on pouvait voir l’hémoglobine s’écouler dans les tubes transparents connectés à la pompe avant d’atterrir finalement dans une poche identique à celles utilisées par la Croix Rouge durant ses collectes. Des sondes d’alimentation, fixées sur le côté de la bouche des donneurs involontaires, descendaient jusqu’à leurs estomacs.
— Quelle quantité de sang leur prends-tu ? demanda Séraphin d’une voix dénuée d’empathie.
— Les appareils sont équipés de minuteurs. La quantité exacte dépend du poids du sac, mais en moyenne, nous prélevons deux cent trente millilitres par jour et par sac. Cela nous permet d’optimiser la production tout en minimisant les risques de décès, répondit Dragos.
Séraphin acquiesça d’un air satisfait en se penchant sur le visage de l’un des « donneurs » : un gamin potelé aux cheveux roux, dont les yeux vitreux ne semblaient pas le voir.
— Arrive-t-il qu’ils se réveillent de leur transe ?
— Non. Ils sont sous le joug d’un envoûtement puissant, il faudrait un esprit remarquablement fort pour en sortir, et nous ne choisissons pas nos sacs à sang pour leur force mentale.
Les rangs de leurs victimes se composaient principalement de parias : des vagabonds, des ados fugueurs, et des étudiants pas suffisamment populaires pour que leurs camarades s’aperçoivent de leur absence. Hormis les clochards, la plupart étaient en surpoids. Plus ils étaient gros, plus il y avait de sang à récupérer…
— Je suis satisfait de la manière dont les choses se déroulent, Dragos. Vraiment satisfait !
L’aîné se courba très légèrement en réponse au compliment, mais il ne paraissait pas particulièrement ravi.
— Je suis désolé pour ce matin, Séraphin. Les hommes ont encore raté une occasion de s’emparer de la garou.
— Ne t’en fais pas pour cela, mon ami ; il était impossible de prévoir l’intervention des loups. Je suis sûr que la prochaine fois sera la bonne.
Durant quelques instants, les deux hommes contemplèrent en silence le spectacle macabre offert par les rangées de sacs à sang.
— Il va falloir que nous nous occupions rapidement des loups, cependant. Nous ne pouvons pas nous permettre de laisser ces idiots ruiner nos plans.
Dragos approuva d’un hochement de tête.
— Mais cela n’est malheureusement pas chose aisée. Nous ignorons où ils se terrent et ils nous tombent toujours dessus par surprise. De plus, mes novices n’ont pas assez d’expérience pour les repérer au milieu d’une foule. Je vais certainement devoir gérer cela moi-même, mais je ne peux le faire que la nuit…
Séraphin négligea l’insinuation du vampire. Il n’avait aucune intention d’exaucer le souhait de Dragos dans l’immédiat. Il avait encore besoin de lui pour le combat à venir.
— Nous avons quand même réussi à capturer la sœur du loup-garou, ajouta Dragos.
Une alarme sonna sur l’un des moniteurs, et les deux infirmiers se ruèrent en direction du lit. Le vagabond qui y était allongé devait avoir dans les cinquante-cinq ans. Après avoir vérifié les constantes de l’homme et brièvement essayé de le ranimer, l’un des vampires ôta la sonde d’alimentation tandis que le second fixait une pompe directement sur le cathéter. Il était inutile de gâcher la moindre goutte de sang.
— On dirait que nous allons bientôt devoir aller faire des courses, dit Séraphin, que le funeste destin du pauvre homme n’affectait pas le moins du monde.
En l’espace de quelques minutes, le corps fut roulé jusqu’à l’alcôve où se trouvait la chaudière. L’un des avantages liés à la localisation de la ferme était que peu importait ce qui y brûlait, personne n’était suffisamment proche pour en sentir l’odeur.
— Que veux-tu que je fasse de la sœur du garou ? demanda Dragos.
— J’ai besoin d’y réfléchir. La louve peut nous être utile, mais pas autant que son ami ours. Peut-être pouvons-nous faire d’une pierre deux coups.
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