La trinité maudite: Michael Biörn Volume 2 (French Edition)

Chapitre 52

Silvia et ses hommes avaient passé la nuit à surveiller le repère des diurnes, mais malgré les va-et-vient de nombreux novices, Dragos n’avait pas encore fait son apparition. L’aurore commençait à effacer les dernières traces de pénombre qui teintaient les rues, lorsque sept diurnes sortirent de la maison et montèrent dans un van cabossé.

— Suis-les, ordonna Silvia au chauffeur assis à ses côtés à l’avant de la Mercedes. On pourra toujours revenir ici plus tard, s’il le faut.

Le van quitta bientôt la ville et prit la direction du nord, ses feux arrière facilement repérables dans le crépuscule matinal.

La délégation de l’Alliance de l’Ouest filait les novices depuis une bonne trentaine de minutes lorsque le van tourna dans un chemin forestier de la chaîne montagneuse des Bridger.

— On va les perdre, dit Silvia, inquiète.

— Tu veux que je les rattrape ?

— Non. Mieux vaut les perdre que de se faire repérer, répondit-elle après un moment de réflexion. Il ne faut pas que Dragos sache que nous sommes après lui.

Ils découvrirent le van vide garé le long d’une route boueuse quelques minutes plus tard et décidèrent de ne pas se lancer à la poursuite des diurnes qui pouvaient déjà se trouver deux kilomètres plus loin. Ils cachèrent leur propre voiture à un kilomètre de là et Silvia dépêcha une sentinelle auprès du van afin de guetter le retour des novices.

*****

Tapie dans les hautes branches d’un pin, la sentinelle scrutait les environs du van abandonné. Sa tenue de jour se fondait parfaitement dans le décor sombre de la canopée, la rendant pratiquement invisible à l’œil nu.

Les tenues de jour que l’équipe de reconnaissance avait apportées afin de pouvoir évoluer en plein jour sans subir les effets néfastes de l’astre solaire ressemblaient à des costumes de ninja, à la différence près qu’elles étaient tissées d’épaisses fibres polymériques similaires à celles utilisées dans les gilets pare-balles de dernière génération. La tenue couvrait le corps tout entier, à l’exception des yeux, protégés par une visière en Plexiglas dotée d’un traitement spécial. En plus de réfléchir les radiations ultraviolettes, la visière résistait également aux balles et autres projectiles.

Ce genre de tenue tendait à attirer l’attention en milieu urbain, mais offrait un camouflage idéal dans les bois.

Trois heures s’étaient écoulées, et la sentinelle commençait à sérieusement s’ennuyer lorsque les vampires diurnes rejoignirent leur véhicule au pas de course. Leurs vêtements étaient déchirés et leurs corps marbrés de sang séché.

Quoi qu’ils aient combattu, ils y avaient laissé des plumes. Deux d’entre eux manquaient à l’appel, et il était peu probable qu’ils soient restés en arrière pour cueillir des fleurs sauvages.

Les diurnes n’étaient cependant pas revenus les mains vides. L’un d’eux transportait une jolie rousse sur son épaule comme s’il s’était agi d’un sac de charbon. Le corps de la jeune femme inconsciente tressaillait à chaque foulée du vampire. Il la déposa sans ménagement à l’arrière du van, dont le moteur se mit à vrombir.

La Mercedes noire récupéra la sentinelle une minute plus tard avant de prendre la direction du sud, suivant le signal du transpondeur GPS que la sentinelle avait préalablement placé sous le véhicule.

Ils atteignirent Bozeman une heure plus tard, mais ne s’arrêtèrent pas. Le point lumineux sur l’écran du traceur indiquait que les diurnes s’étaient contentés de traverser la ville avant de continuer leur progression vers le sud. Le petit point bleu cessa finalement de bouger quarante-cinq minutes plus tard, à l’orée de la forêt Gallatin.

— Que fait-on ? demanda le conducteur.

— On les rattrape. Cette fois, je ne veux pas les perdre, répondit Silvia.

Le conducteur enfonça la pédale d’accélération et la voiture de luxe fonça à vive allure, ne freinant que pour négocier les virages serrés de la route de montagne sinueuse.

Ils trouvèrent le van cinq minutes plus tard, garé dans les bois, trois cents mètres après un petit sentier forestier. Une bâche de camouflage avait été placée sur le véhicule, et sans le traceur, ils seraient certainement passés devant sans le voir.

— Et maintenant ? demanda la sentinelle.

— Maintenant, tu sors et tu files à leur recherche, ordonna Silvia. Le temps d’enfiler nos tenues et nous te suivons.

*****

La piste des diurnes semblait s’arrêter net devant un gros rocher. Silvia n’était cependant pas dupe. Elle avait déjà eu affaire à ce type de subterfuge.

— Est-ce qu’on y va ? demanda le tireur d’élite, le quatrième membre de l’équipe de reconnaissance et le seul à porter un sac à dos.

— Pas encore. Nous ne savons pas ce qui nous attend après ce portail, répondit Silvia à voix basse, tout en réfléchissant à la marche à suivre. Je vais rester là pour monter la garde pendant que vous trois allez explorer les environs. On se retrouve ici au coucher du soleil. Je préfère aller voir ce qui se passe derrière ce rocher une fois la nuit tombée.

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