La trinité maudite: Michael Biörn Volume 2 (French Edition)
Chapitre 46
Chaque couple – ou pseudocouple – ayant pris sa propre voiture, leurs trois véhicules étaient à présent garés côte à côte sur le terrain boueux et désert qui faisait office de point de départ du chemin de randonnée. Olivia ne s’était pas plainte de la logistique ; passer une heure de route, seule avec Matt, ne l’avait pas dérangée outre mesure.
— Je ne pense pas que Michael approuverait, dit Lucy, en jetant un regard circulaire aux trembles menaçants qui les entouraient, tandis que Brad, son homme-objet, ajustait les lanières de son sac à dos.
— Michael n’a pas besoin de savoir, répondit Olivia.
— Qui est Michael ? demanda Maya, assise sur le pare-chocs arrière de la Subaru de Jake. Un de vos amis ?
— Plutôt une connaissance, répliqua Olivia.
Le parcours n’était pas particulièrement éprouvant, mais Olivia voyait bien que sa sœur peinait dans les montées. Lucy n’avait jamais été fan de grand air ou même de sport, mais elle aimait le camping et elle ne ratait jamais une occasion de faire griller des chamallows sur un feu de camp. Brad l’aidait comme il le pouvait en la tirant par la main sur les pentes les plus raides, mais cela le fatiguait davantage que ça ne rendait service à Lucy.
De son côté, Olivia grimpait avec aisance. Elle avait apprécié la randonnée bien avant de devenir un loup-garou, mais elle devait reconnaître que sa nouvelle condition rendait l’exercice bien plus facile qu’il ne l’aurait été un an plus tôt. Parfaitement consciente que Lucy ne bénéficiait pas de cet avantage, elle ralentissait régulièrement de manière à ne précéder Brad et sa sœur que de quelques pas. Matt restait à ses côtés, mais il était clair qu’il n’aurait rencontré aucune difficulté à suivre le rythme imposé par Jake et Maya, qui possédaient désormais une centaine de mètres d’avance sur le reste du groupe.
Olivia se demandait si Maya avait effectivement réclamé l’approbation de son père pour cette escapade ou s’il s’était agi d’une plaisanterie. La jeune femme semblait avoir une vingtaine d’années, et Olivia avait du mal à croire qu’elle ait besoin d’un accord parental pour faire quoi que ce soit.
Les deux femmes n’avaient échangé qu’une douzaine de phrases depuis le début de la randonnée, mais tout dans l’attitude de Maya évoquait la confiance en soi. Il est vrai qu’elle était extraordinairement jolie, mais Olivia était persuadée que son magnétisme émanait d’autre chose que de son physique et qu’elle aurait été tout aussi charismatique si elle avait été laide.
— Tout va bien, Lucy ? demanda Olivia, après que sa sœur se fut arrêtée et qu’elle eut déposé son sac à dos pour reprendre son souffle.
— Ça va. Mais je ne peux pas m’empêcher de me dire que tu m’as survendu cette virée camping. Si tu avais précisé qu’il fallait d’abord escalader l’Everest, je serais certainement restée à la maison.
Le souffle de Lucy était laborieux, mais stable. Après quelques minutes de repos, elle serait prête à repartir.
— Combien de temps devons-nous encore grimper ?
Le joueur de foot n’était pas aussi essoufflé que sa petite amie, mais il paraissait tout de même un peu fatigué.
À l’inverse, Matt respirait normalement, et Olivia se demanda une nouvelle fois si c’était lui qui l’avait sauvée des vampires, quelques jours plus tôt. Mais si Matt était un loup-garou, pourquoi ne le lui avait-il pas avoué ? À moins, bien sûr, qu’il ignorât qu’Olivia était elle aussi une louve. Auquel cas, Matt serait aussi inexpérimenté qu’elle, et par conséquent un très jeune loup. Michael lui avait assuré qu’après quelques années, un être préternaturel était capable d’en reconnaître un autre en une fraction de seconde.
— Je ne sais pas trop. Nous suivons Jake, répondit Matt, avant de brailler en direction du couple en tête qui avait disparu au détour d’un virage. Hey ! On a besoin de faire une pause, ici. Nous ne sommes pas tous des marathoniens !
Les vampires choisirent cet instant pour attaquer, et les quatre randonneurs se retrouvèrent aussitôt encerclés par sept suceurs de sang sortis de nulle part.
Olivia reconnut immédiatement les quatre qui lui avaient tendu une embuscade dans les bois quelques jours plus tôt. Elle ne connaissait pas les trois autres, mais elle n’avait aucun doute quant à leur véritable nature. Ils avaient le même regard de prédateurs et se mouvaient avec une grâce meurtrière.
Olivia se déplaça instinctivement pour protéger Lucy, positionnant sa sœur au milieu du triangle qu’elle formait avec Brad et Matt.
— Ça faisait longtemps ! Comme c’est gentil d’être passés nous dire bonjour.
Le vampire qui avait parlé était celui du restaurant, manifestement le meneur.
— Qu’est-ce que vous cherchez, bande d’enculés ? demanda Brad, qui possédait visiblement un don pour la diplomatie. Vous feriez mieux de vous barrer si vous ne voulez pas vous prendre la branlée du siècle.
— Un singe savant ! Comme c’est mignon, dit Greg, tandis que son ami à l’air timide souriait à sa réplique pleine d’esprit.
Avant qu’Olivia n’ait le temps de l’arrêter, Brad se rua sur Greg. L’épaule du quarterback gratifia le vampire d’un coup de coude dans l’abdomen, le projetant ainsi sur le sol couvert de feuilles. Mais le triomphe de Brad fut de courte durée.
Le vampire se releva d’un bond et se précipita sur Brad d’un mouvement rapide comme l’éclair. Il l’attrapa par la gorge et le lança contre le tronc d’un gros tremble. La violence de l’impact assomma Brad, qui s’écroula à terre, un filet de sang s’écoulant de son nez.
Lucy hurla, les vampires éclatèrent d’un rire sinistre, et Olivia se jeta dans la bataille.
Greg n’était qu’à quatre pas d’elle et elle se rua sur lui. Elle lui brisa le genou d’un coup de pied vicieux et l’envoya au sol dans un rugissement où se mêlaient douleur et colère. Il ne l’avait pas vue venir.
La réaction des autres vampires ne se fit pas attendre, et ils se jetèrent sur Olivia dans une manœuvre parfaitement synchronisée. Elle vint à bout du premier d’entre eux, mais fut rapidement dépassée par leur nombre. Alors qu’elle commençait à lâcher prise, rouée de coups par une douzaine de poings anormalement puissants, et par autant de pieds, elle vit l’un des vampires s’emparer de Lucy, qui continuait de hurler.
À cette vision, Olivia entra dans une rage incontrôlable et, sans même s’en rendre compte, entama sa métamorphose.
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