La trinité maudite: Michael Biörn Volume 2 (French Edition)
Chapitre 32
La rue principale de Bozeman était relativement calme en cette heure matinale, mais le trafic demeurait trop dense au goût de Michael. Assis à ses côtés, Leka regardait par la fenêtre d’un air détaché.
L’elfe arborait une tenue civile afin d’éviter d’attirer l’attention. Mais entre son pantalon, sa veste et ses bottes, il portait davantage de cuir noir qu’un membre des Hells Angels et ne passait pas vraiment inaperçu.
— J’ai quelque chose à faire ici avant qu’on se mette en route, dit Michael. As-tu tout ce qu’il te faut pour le voyage, ou veux-tu que je te dépose quelque part pour faire des courses pendant que je m’occupe de mon affaire ?
Leka réfléchit un instant avant de répondre :
— Il me faudrait une brosse à dents. Dans la précipitation, j’ai oublié de prendre la mienne.
Ils s’arrêtèrent sur le parking d’une petite épicerie et Leka ouvrit sa portière pour descendre.
— Je passe te récupérer dans trente minutes. Pourrais-tu me prendre de l’eau pendant que tu y es ? Je vais bientôt tomber en rade, et nous avons quinze heures de route jusqu’à San Francisco, dit Michael.
L’elfe acquiesça et sortit du pick up.
Dix minutes plus tard, Michael garait son véhicule devant l’appartement d’Olivia et de Lucy. Il était presque 9 h, et il espérait que les deux sœurs ne seraient pas déjà parties pour l’école.
Personne ne répondit au premier coup de sonnette, mais au second, Lucy vint ouvrir, simplement vêtue d’une robe de chambre. Pendant une seconde, Michael fut dérouté par l’apparence de la jeune femme. Il ne l’avait encore jamais vue sans maquillage ou les cheveux non coiffés, et ce look de saut du lit lui donnait une allure différente.
— Navré de te déranger, Lucy. Je dois discuter avec ta sœur. Est-ce que je peux entrer ?
— Tu peux entrer, mais Olivia n’est pas à la maison. Je ne sais pas trop où elle est, répondit Lucy, en s’écartant pour le laisser passer.
L’appartement était meublé simplement, mais il était propre. Comparé au chalet spartiate de Michael, on pouvait même parler de luxe.
Le parfum diffusé par le désodorisant automatique collé au mur n’était cependant pas du goût de Michael.
— Est-il possible qu’elle soit déjà en cours ?
— Je ne pense pas. Son emploi du temps est sur le frigo. Son premier cours commence à 13 h.
— Elle a dormi ici ? demanda-t-il en vérifiant sur le réfrigérateur que Lucy ne se trompait pas.
— Aucune idée… Attends, je vais voir dans sa chambre.
Lucy revint un moment plus tard.
— Ouais, elle a dormi dans son lit. Les fringues qu’elle portait hier soir sont dans son panier à linge sale. Elle a dû partir tôt ce matin pour aller marcher. Ça lui arrive de temps en temps. Je peux faire quelque chose pour toi ? Tu veux un café ? J’allais en faire.
— Merci, mais je dois y aller. Dis à ta sœur de me téléphoner dès qu’elle a le message. Et appelle-moi si tu n’as pas de ses nouvelles d’ici ce soir.
— Que se passe-t-il, Michael ? Tu peux me parler, tu sais. Je ne suis pas aussi naïve que j’en ai l’air.
Lucy le regardait d’une drôle de façon. Essayait-elle de lui dire quelque chose ? Elle sortit le café du frigo et en versa deux mesures dans une cafetière à piston avant d’y déverser de l’eau bouillante.
— Ne le prends pas mal, Lucy, mais ce que je dois dire à ta sœur est privé.
— Tu veux dire réservé aux oreilles des loups-garous ? demanda-t-elle, tout en se servant nonchalamment une tasse de café fumant.
— Qu’est-ce que tu as dit ?
Pris de court, il avait besoin d’une minute pour réfléchir. Avait-il bien entendu ?
— Olivia m’a mise au courant, Michael. Elle n’a pas eu le choix, j’ai vu ses canines.
— Elle a oublié de me faire part de ce détail.
Un oubli considérable ! À quoi pensait donc cette gamine ? Il devait être le premier informé de ce genre de choses, par Odin ! Olivia finirait par se faire tuer si elle continuait à agir imprudemment, ou pire encore, à lui faire des cachotteries.
— Elle a peut-être craint que tu l’engueules… dit Lucy en soufflant doucement sur le contenu de sa tasse avant d’en boire une gorgée. Elle m’a aussi parlé de toi et de ce que tu as fait pour elle. À présent, je comprends mieux pourquoi elle t’a suivi à Yellowstone pour y être ta colocataire durant neuf longs mois. Je me posais pas mal de questions à ce propos… Enfin bref, je voulais te remercier d’avoir sauvé la vie de ma sœur et de l’avoir prise sous ton aile. Elle est la seule famille qu’il me reste, tu sais.
Michael demeura silencieux un moment. En soi, la situation n’était pas particulièrement étonnante. Tôt ou tard, Lucy aurait fini par découvrir la condition d’Olivia. Son aînée ne vieillirait plus jamais d’un jour, et ce genre de détail se remarque, au bout de quelques années…
— Puisque tu es au courant… passe ce message à ta sœur, s’il te plaît : vous ne devez pas mettre les pieds dans la forêt Gallatin. Il y a des choses qui rôdent dans ces bois que ni l’une ni l’autre n’avez envie de rencontrer. Tu comprends, Lucy ?
— C’est très clair, Michael. Tu peux compter sur moi, je le dirai à Olivia. Mais cela serait plus convaincant si je lui disais quelles sont ces choses que « nous n’avons pas envie de rencontrer ».
— Tu n’as pas besoin d’en savoir plus, Lucy. Cela ne t’apporterait rien de bon. Je te demande juste de me croire et de transmettre le message à ta sœur. Je dois quitter la ville pour quelques jours, mais j’aurai mon téléphone portable sur moi. Appelez-moi s’il se passe quoi que ce soit d’étrange. C’est compris ?
— Absolument. Quelque chose d’étrange, on t’appelle !
Michael se dirigea vers la porte. Il avait une main sur la poignée lorsqu’il se tourna vers Lucy.
— Tu es courant de choses que la plupart des gens ne sauront jamais, Lucy. Tu dois ga…
— Ne t’inquiète pas. Olivia m’a déjà fait la leçon. Votre secret est en sécurité avec moi. Je n’ai aucune envie que ma sœur soit poursuivie par des villageois armés de fourches…
De retour dans son camion, Michael attrapa son téléphone et entra un numéro qu’il n’avait pas composé depuis bien longtemps.
C’était étonnant de voir comme on s’habitue vite aux choses. Un an plus tôt, il aurait refusé d’avoir un téléphone portable, même sous la menace. Mais aujourd’hui, il était content d’en posséder un. Celui que Sheila lui avait donné. Il n’avait pas pris la peine de changer de numéro et avait ainsi toujours l’indicatif de Houston. Le fait qu’une part de lui espérait que Sheila le rappelle devait avoir pesé dans la balance.
La voix rauque d’un vieil homme répondit à l’autre bout de la ligne
— Cameahwait ? C’est Michael Biörn. Je voulais te remercier pour ton aide, l’autre jour, et aussi te demander une faveur.
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