La trinité maudite: Michael Biörn Volume 2 (French Edition)
Chapitre 66
Silvia était de retour à Bozeman, accompagnée de deux de ses hommes. La sentinelle était restée au campement des diurnes au cas où Dragos s’y montrerait. L’homme n’avait pas été particulièrement enchanté de se voir confier cette mission, mais Silvia ne lui avait pas laissé le choix. L’aînée à l’allure d’adolescente ne voulait pas décevoir son grand-père. Il leur fallait absolument localiser le vampire dissident, et après deux jours et deux nuits passés à le chercher, ils n’avaient toujours pas la moindre idée d’où il se cachait. Cela n’avait en réalité rien de surprenant, Dragos était plein de ressources. Comme tous les vampires de son âge… Quel âge avait-il d’ailleurs ? Elle le savait plus vieux que son grand-père, mais de combien exactement ?
— Nous y sommes, dit le chauffeur en garant la voiture à un pâté de maisons du repaire des diurnes.
De là où ils étaient, ils pouvaient parfaitement voir la porte d’entrée de la maison, mais ne pouvaient en surveiller l’arrière.
— J’ai comme une sensation de déjà-vu, dit le tireur d’élite, depuis la banquette arrière du véhicule. Combien de temps allons-nous rester plantés ici à regarder ces novices entrer et sortir ? Ils donnent plus l’impression de se rendre à une soirée qu’à un rencard avec leur créateur.
— Tu as une meilleure idée ? demanda Silvia d’un ton sec. Si tu veux un peu d’action, je te suggère d’aller vérifier si la maison dispose d’une entrée à l’arrière accessible depuis une autre rue.
L’homme n’émit pas d’objections et sortit de la voiture.
— À quoi penses-tu, Silvia ? s’enquit le chauffeur, resté seul avec l’aînée.
— À Dragos.
— Que comptes-tu faire une fois que nous l’aurons trouvé ? Allons-nous réellement nous contenter de le localiser et d’appeler du renfort ? Nous n’allons pas tenter de le neutraliser nous-mêmes ?
— Je suppose que cela dépendra des circonstances. Je n’admettrais pas cela devant les autres, mais en toute honnêteté, je doute que nous soyons capables de l’appréhender à nous quatre, ou même de le « neutraliser », comme tu dis.
Le chauffeur acquiesça. Elle ne lui apprenait rien. Chaque membre de l’équipe partageait son avis.
— Puisque nous en sommes aux confidences, je dois t’avouer que je le comprends, parfois.
— Que veux-tu dire ?
— Je veux dire… que de devoir obéir aux ordres de ton grand-père, faire les quatre volontés des aînés…
— C’est ce que tu fais, jour après jour. Est-ce que cela te dérange ?
Silvia jouait l’avocate du diable ; elle savait parfaitement ce que son homme voulait dire.
— Ça ne me dérange pas. Pour moi, c’est dans l’ordre des choses de suivre les directives. Je suis un soldat, et je prends mes ordres des aînés. Mais ce doit être différent pour Dragos. Il est plus âgé que vous tous, plus âgé que Grigore lui-même. C’est lui qui devrait être aux commandes.
Cette dernière phrase s’était échappée un peu trop vite de la bouche du chauffeur, et il semblait désormais la regretter.
— C’est comme ça que tu vois les choses ? Dragos devrait diriger l’Alliance de l’Ouest ? Un cul-terreux donnant des ordres aux nobles…
— Ce n’est pas ce que je pense. Je dis juste que c’est comme ça que lui doit voir les choses. Les aînés sont censés gouverner, et Dragos est un aîné… Mais je suis d’accord avec toi. Il est évident que nous ne pouvons pas avoir un péquenaud à la tête de l’Alliance.
Le ton enthousiaste de la réponse cherchait visiblement à désamorcer la situation.
— Tu peux arrêter de te justifier. Tu n’as rien à craindre de moi. Je n’ai pas suffisamment d’amis pour me permettre d’en perdre un pour ses opinions. Mais je te conseille d’être prudent vis-à-vis des personnes avec lesquelles tu parles de cela. Grigore ou Vasil ne comprendraient pas tes propos de la même manière… dit-elle d’une voix apaisante, presque intime, en posant une main sur son épaule.
— Je sais, Silvia. Il n’y a qu’à toi que je confie ce genre de choses.
— Grigore a été un chef toute sa vie. Il a toujours pensé qu’il aurait dû hériter du contrôle de l’Alliance de l’Est après la mort de Vlad. Mais les autres familles voyaient les choses différemment et ont préféré nous condamner à l’exil.
Le chauffeur connaissait l’histoire, bien sûr. Il connaissait aussi la partie dont elle ne parlait pas : les rumeurs autour du trépas de Vlad. À cette époque, Vlad dirigeait toute la Transylvanie et avait transformé en vampires toute la noblesse de son entourage : une armée impossible à stopper qui avait vaincu bien des ennemis. Grigore avait été le second de Vlad, et un vampire tel que Vlad ne meurt pas aisément. Lorsqu’au sein de la noblesse, le nom de Grigore était devenu de plus en plus lié au trépas de leur créateur, il avait été forcé de fuir le continent avec sa famille.
— Pourquoi Dragos a-t-il suivi Grigore dans son exil ? demanda le chauffeur.
— Il n’a pas eu le choix. Vlad n’avait pas de descendant direct. Grigore étant ce qui ressemblait le plus à un héritier, il a récupéré tous les biens de Vlad, y compris ses vassaux.
— D’après ce qu’on dit, Dragos n’a jamais particulièrement apprécié Grigore. Le fait qu’il ait suivi votre famille de l’autre côté de l’Atlantique m’a toujours étonné. Il aurait très bien pu s’échapper et aller se planquer quelque part ; il n’était pas sans ressources, déjà à cette époque.
Silvia y réfléchit un instant.
— Tu as raison. Je n’y avais jamais pensé.
Le tireur d’élite ouvrit la portière et prit place derrière Silvia.
— L’entrée de derrière donne sur un jardin avec un garage, la porte s’ouvre sur la rue voisine.
— Dans ce cas, je suppose que quelqu’un doit retourner là-bas pour surveiller cette porte, répondit l’aînée en regardant le tireur d’élite avec insistance.
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