La trinité maudite: Michael Biörn Volume 2 (French Edition)
Chapitre 45
Michael gara la voiture quatre maisons avant la demeure victorienne à trois étages et envoya Leka en reconnaissance. La sorcière ne connaissant pas l’elfe, elle aurait peut-être moins envie de prendre la poudre d’escampette.
C’était déjà la troisième fois de la journée que les deux hommes tentaient leur chance, et Michael commençait à se dire que ladite sorcière était peut-être partie en voyage. À moins qu’elle n’ait déménagé pour de bon… Aucune de ces deux éventualités n’arrangerait leurs affaires.
Ils avaient atterri à Houston vers 22 h et avaient décidé d’attendre le lendemain matin pour rendre visite à la sorcière, dans l’espoir de la trouver moins sur ses gardes que s’ils s’étaient montrés à sa porte sur les coups de minuit.
Michael vit Leka emprunter le chemin gravillonné et attendit que son compagnon frappe à la porte.
Encore un coup pour rien, songea le ranger, mais contre toute attente, le battant s’ouvrit sur une vieille femme.
Les cheveux gris et sales de la sorcière lui tombaient sur les épaules avant de s’étaler sur la robe noire informe qui lui descendait jusqu’aux chevilles. Elle regarda l’elfe d’un air suspicieux, puis lui posa une question que Michael était trop loin pour entendre. Quoiqu’il en fût, la réponse de Leka sembla satisfaire la vieille chouette puisqu’elle l’invita à entrer. La porte se referma derrière l’elfe, et Michael sortit à son tour du véhicule.
Il atteignit la porte de la bâtisse que la sorcière n’avait pas pris la peine de verrouiller et s’avança sans un bruit. Une fois à l’intérieur, il se laissa guider par les voix qui le menèrent à un minuscule boudoir où il trouva Leka et la sorcière assis autour d’une petite table ronde.
La sorcière jeta un œil à Michael avant de se volatiliser. Mais dans sa précipitation, la mégère renversa sa chaise, trahissant ainsi son sort d’invisibilité.
— Elle m’a déjà fait le coup la dernière fois, lança Michael, en se dirigeant vers l’une des portes pour bloquer la retraite de la sorcière.
Mais la pièce disposait de trois issues et elle pouvait facilement s’échapper par l’une des deux autres. Michael n’eut cependant que peu de temps pour s’en inquiéter, puisque Leka bondit de sa chaise et empoigna la sorcière qui se tenait directement en face de lui, rompant le sortilège par la même occasion.
— Comment as-tu fait ça ? Comment savais-tu où j’étais ?
Furieuse, la sorcière semblait avoir craché sa question.
— Vos tours de passe-passe ne fonctionnent pas sur les elfes, répondit Leka, en rasseyant sur sa chaise la femme qui se débattait.
— Un satané elfe ! Voilà ce que tu es. Je me demandais justement… lança-t-elle d’une voix rauque avant de se tourner vers Michael. Et toi, que me veux-tu ? Tu es finalement venu te venger ? Mais tu ignores à qui tu as affaire, ours. Je te réduirai en cendres si tu poses ne serait-ce qu’un doigt sur moi.
Le ton belliqueux et la morgue exagérée de la sorcière ne trompèrent cependant pas Michael. L’odeur de la peur exsudait par tous les pores de la mégère.
— J’ai un marché à te proposer, sorcière, rétorqua le ranger. Dis-moi ce que je veux savoir et je ne ferai pas de toi mon quatre heures. Il s’agit de ma meilleure offre, alors réfléchis bien avant de répondre.
La veille chouette le toisa un moment d’un regard malveillant. Ses mains s’ouvraient et se fermaient comme des serres de vautour, ses ongles longs et sales accentuant encore la ressemblance avec le rapace.
Leka, qui se tenait derrière la sorcière et la maintenait assise, une main posée sur chacune de ses épaules, peinait visiblement à retenir un fou rire.
— Que veux-tu savoir, ours ? s’enquit-elle finalement d’une voix plus calme.
— J’ai entendu dire que plusieurs enchanteurs habitaient Houston. Dis-moi juste où nous pourrions trouver le plus puissant d’entre eux.
— Ton ami n’est plus là pour te protéger ? demanda-t-elle, ses yeux perçants brillant soudain de malice.
Il était évident qu’elle faisait allusion à Ézéchiel.
Michael retint un instant la rage qu’il sentait bouillir dans ses veines, avant de finalement décider de la laisser déborder.
Il se rua d’un bond vers la sorcière qu’il saisit par la gorge et il la souleva de sa chaise avant de la plaquer dos contre la table. Le bois émit un craquement sinistre sous l’impact, mais résista.
L’arrogance de la vieille femme s’évapora aussitôt et il lut de la terreur au fond de ses yeux. La violence du coup ayant chassé l’air hors de ses poumons, elle luttait pour reprendre son souffle.
— Considère cela comme ton unique avertissement, sorcière. Et maintenant, réponds à la question.
Elle regarda en direction de Leka, certainement à la recherche de pitié, mais comprit rapidement qu’elle n’obtiendrait aucune aide de la part de l’elfe.
— Je ne connais qu’une seule enchanteresse en ville, lâcha-t-elle finalement dans un murmure.
— Où vit-elle ? demanda Michel, en relâchant légèrement la pression qu’il exerçait sur le cou de la femme, et remarquant pour la première fois que sa peau était plus lisse et élastique que ce à quoi il s’était attendu.
Quel âge avait-elle vraiment ?
— J’ignore où elle habite, mais je sais où tu peux la trouver, dit-elle, en se dépêchant de prononcer ces derniers mots de peur de voir la colère de Michael se réveiller.
— Où ?
— Miroir Miroir. C’est un bar situé dans les bas quartiers. Gwendoline y traîne quasiment tous les jours.
— Tu es en train de me raconter que cette enchanteresse fréquente les bars de manière quotidienne ? demanda Michael, peu convaincu. Tu réalises que nous reviendrons te rendre visite si tu nous balances des salades, n’est-ce pas ? Et je t’assure que mon ami ici présent saura te traquer où que tu ailles planquer ta misérable carcasse !
— Je dis la vérité, dit-elle en regardant Leka avec suspicion.
Michael ôta la main de sa gorge, mais avant qu’elle n’ait eu le temps de se relever, Leka lui avait arraché quelques cheveux du crâne.
— Aie ! Pourquoi as-tu fait ça ?
— Tu sais très bien pourquoi, répondit l’elfe, en plaçant avec précaution les cheveux dans une des poches intérieures de sa tunique.
Michael et Leka prirent congé peu de temps après.
— « Je ne ferai pas de toi mon quatre heures »… Ça ne fait pas un peu cliché ? demanda l’elfe alors qu’ils remontaient dans la voiture de location.
— La réplique a fait son effet, dit Michael avec un petit sourire satisfait. Mais j’ignorais que tu pouvais réellement la localiser. Je voulais juste lui faire peur.
— Moi aussi, répondit l’elfe en jetant les cheveux de la sorcière par la fenêtre tandis que Michael démarrait.
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