La trinité maudite: Michael Biörn Volume 2 (French Edition)
Chapitre 22
Le nourrisson ouvrit les yeux sur le monde pour la première fois et se mit instantanément à pleurer. Il n’avait pas froid ; la température ambiante était tout à fait semblable à celle de l’utérus dans lequel il avait passé les neuf premiers mois de sa vie. Il n’avait pas faim et n’était pas non plus effrayé. Non, il sanglotait simplement parce que c’était ce que l’on attendait d’un nouveau-né.
Une femme d’âge mûr le plaça sur le ventre de la jeune parturiente allongée sur une vulgaire natte de roseaux recouverte d’un drap, la seule chose qui la séparait du sol sableux du quartier des esclaves. Le bébé reconnut immédiatement sa maman, celle qui avait subvenu à tous ses besoins ces quarante dernières semaines, et une fois installé sur sa poitrine, il cessa de pleurer.
Lorsqu’il posa les yeux sur elle, il comprit que sa mère n’y décelait aucun indice de la sagesse ancestrale qu’ils reflétaient. Une sagesse plus ancienne encore que l’Égypte elle-même. Tout ce qu’elle voyait, c’était son premier enfant, en parfaite santé. Malgré l’état de faiblesse dans lequel elle se trouvait, il la savait heureuse.
Les trois autres femmes présentes dans la pièce ne portèrent pas non plus d’attention particulière au regard du bébé ; elles étaient bien plus préoccupées par la condition de sa mère qui ne cessait de saigner depuis l’accouchement. Elles se dévisageaient à tour de rôle dans un silence résigné, impuissantes face à l’hémorragie qui bientôt emporterait la jeune femme.
Aucun wabau ne se déplacerait pour aider une esclave, et même s’il venait, aucun médecin de l’Égypte ancienne n’aurait su quoi faire face à une telle situation. Les souveraines comme les esclaves perdaient régulièrement la vie en la donnant, et nul ne pouvait altérer cette fatalité.
La jeune femme était vraiment très pâle à présent. Son pouls se précipitait tandis que son cœur essayait de compenser l’importante perte de sang. Là où il se trouvait, allongé sur sa poitrine, le nourrisson était le premier à constater l’accélération continue des battements de son cœur. En dépit de son jeune âge, il comprenait parfaitement ce qui était en train de se passer, et cela le troublait profondément. Il n’était tout simplement pas prêt à abandonner sa mère.
La parturiente avait déjà perdu plus d’un litre de sang quand l’écoulement se transforma en fin filet, avant de s’arrêter complètement. Un signe que les femmes présentes reconnurent comme celui de la fin. Lorsque le cœur cesse de pomper, le sang n’a plus de raison de ruisseler hors du corps…
Elles furent donc choquées de constater que la jeune femme était toujours en vie.
Bercé par la respiration paisible de sa mère et épuisé par l’effort qu’il venait de fournir, le bébé s’endormit rapidement. Ses premières minutes passées dans ce nouveau monde étrange avaient été des plus satisfaisantes.
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