La trinité maudite: Michael Biörn Volume 2 (French Edition)

Chapitre 85

L’aéroport de Bozeman se composait d’un unique terminal voyant rarement plus d’une quinzaine de vols par jour. Assis dans son pick up au dépose-minute situé directement en face, Michael pouvait surveiller toutes les sorties en même temps.

Olivia ayant insisté pour l’accompagner, il avait fini par céder. La présence de la jeune femme n’avait cependant pas changé grand-chose puisqu’ils avaient parcouru le chemin de deux heures dans un silence sépulcral, chacun absorbé par ses propres pensées.

Le coup de fil de Sheila avait fait naître des hypothèses totalement nouvelles dans l’esprit de Michael. Des hypothèses qu’il avait examinées durant tout le trajet, les considérant sous tous les angles possibles. Il restait des éléments qui ne collaient pas parfaitement avec sa théorie – comme le rôle d’Olivia dans le plan de Séraphin – mais beaucoup de pièces commençaient à s’emboîter. Il avait à présent une bonne idée de la raison pour laquelle Séraphin et Dragos avaient déplacé leurs opérations à Bozeman, et pourquoi il n’avait pas encore vu l’ombre d’un zombie dans l’entourage du soi-disant nécromancien.

— Je me demande si Séraphin a lui aussi des comptes à régler ?

— Pardon ? l’interrogea Olivia depuis le siège passager.

— Rien. Je réfléchissais à voix haute.

Le bruit d’un avion en phase d’approche se fit entendre.

— On dirait que Gwendoline arrive, dit Michael.

— Quel est le plan, Michael ? Comment allons-nous récupérer Lucy ? s’enquit-elle d’une voix à la fois fatiguée et désabusée.

— Si les vampires t’ont laissée filer, c’est que Séraphin le voulait ainsi. Il te désire libre de tes mouvements, ce qui signifie qu’il a prévu que tu joues un rôle dans sa petite mise en scène.

— Comment peux-tu en être sûr ? Et comment allons-nous le trouver ? On perd notre temps ici, à Bozeman. Si ça se trouve, il est déjà trop tard pour Lucy.

La douleur imprégnait chaque parole de la jeune femme, mais il n’avait aucun mot de réconfort à lui offrir. Il était en effet fort possible que Lucy soit un vampire à l’heure qu’il était. Elle n’était pas à la ferme, ce qui suggérait qu’ils avaient d’autres projets pour elle…

— Je ne peux pas en être sûr, mais c’est l’explication la plus logique. Tôt ou tard, ils te contacteront, crois-moi.

À point nommé, le portable d’Olivia se mit à sonner et elle décrocha aussitôt. Michael ne pouvait suivre que la moitié de la conversation, mais il semblait qu’il avait vu juste.

— C’était Tim, fit-elle en raccrochant. L’un des diurnes qui nous ont attaqués dans les montagnes. Il avait un message à transmettre. Nous avons rendez-vous avec lui à 2 h du matin, dans la forêt Gallatin.

Le téléphone d’Olivia émit un bruit signalant qu’un nouveau message était arrivé, et elle tourna son portable vers Michael. Une carte de la forêt remplissait l’écran rectangulaire. En son centre, un point rouge indiquait la zone de rencontre.

Michael essaya de situer l’endroit en question et conclut qu’il se trouvait à environ cinq kilomètres de la clairière où Ézéchiel et Séraphin s’étaient battus.

— Il a réellement précisé que je devais t’accompagner ? demanda Michael, avec un petit rictus en coin.

— Oui. Pourquoi est-ce que tu souris ?

— Je souris parce qu’à présent nous savons pourquoi ils t’ont laissée t’échapper et n’ont emmené que Maya.

— Explique.

— Parce qu’ils avaient besoin que tu me mènes à eux. J’ai moi aussi un rôle à jouer dans leur mise en scène. Je pense commencer à comprendre où ils veulent en venir.

— Ça t’embêterait de m’expliquer ? le pressa Olivia.

Mais Michael descendit simplement de la voiture et se dirigea vers une femme qui sortait du terminal.

— Merci d’être venue si vite, dit-il à Gwendoline, qui n’avait qu’un petit sac à dos pour tout bagage. L’enchanteresse était visiblement seule, et Michael sentit une pointe de déception dans sa poitrine. Il avait espéré que Sheila l’accompagnerait, même s’il n’avait jamais demandé à la journaliste de venir. Il était trop fier pour cela. C’était sans doute mieux ainsi, de toute façon ; il ne pouvait pas se permettre de s’inquiéter pour la sécurité de Sheila en plus de tout le reste.

— Il n’y a pas de quoi. Allons-y, j’ai du pain sur la planche.

Le ton de l’enchanteresse était professionnel et Michael ne détecta aucune trace d’alcool dans son haleine. Contrairement à leur première rencontre, Gwendoline était sobre.

— Il y a malheureusement eu un changement de plan. Je ne peux pas vous déposer à la ferme, répondit Michael. Nous allons devoir vous louer une voiture. J’ai une affaire urgente à régler, et je suis déjà en retard.

Il ponctua sa phrase en regardant sa montre qui indiquait 15 h. Plus que onze heures avant leur rencontre avec Séraphin. Ce qui lui laissait très peu de temps pour se rendre jusqu’à la cité elfique et convaincre Dariel de l’aider.

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