La trinité maudite: Michael Biörn Volume 2 (French Edition)
Chapitre 47
Les grenouilles étaient parties, mais les mouches qui les avaient remplacées n’étaient pas moins pénibles. Aussi grosses que l’ongle du pouce, elles s’en prenaient aussi bien au bétail qu’aux humains. L’enfant n’échappait pas à cette calamité, mais il essayait de la supporter avec philosophie. Contrairement aux autres, les satanés insectes ne le piquaient pas… Le résultat d’un sort simple requérant un minimum d’énergie. Une bonne chose, puisqu’il lui fallait le maintenir actif jour et nuit.
On avait attaché des morceaux de tissu tout autour des fenêtres pour tenter d’empêcher les mouches de pénétrer dans le palais, mais quelques-unes avaient néanmoins réussi à entrer. Il était tout bonnement impossible de les arrêter.
Combien de temps encore le Pharaon s’obstinerait-il à rejeter la requête des deux frères ? Ils ne demandaient rien de déraisonnable, juste quelques jours de congé pour leur peuple. Mais le Pharaon ne l’entendait pas de la sorte. Pour lui, c’était une question de fierté. En tant que roi, sa décision était sans appel. Il avait refusé leur souhait, et rien ne pourrait le faire changer d’avis. Vieux fou obstiné !
Alors qu’il approchait de la chambre que sa mère et lui partageaient avec quatre autres esclaves dans le quartier des domestiques, il perçut deux voix masculines. Il ne les reconnut pas, mais il savait que ces gens n’avaient rien à faire ici. Les hommes n’étaient pas autorisés dans cette partie des quartiers réservée aux femmes et aux enfants. Son cœur s’emballa quand il entendit la voix de sa mère. Il était encore trop loin pour distinguer ce qu’elle disait, mais il percevait sa détresse.
Il pressa le pas et entra en silence dans la chambre. Les intrus étaient deux gardes du palais, facilement identifiables à leurs uniformes. Ils avaient acculé sa mère dans le coin de la pièce et lui expliquaient en détail la manière horrible dont ils allaient abuser d’elle. La pauvre femme se tenait contre le mur, pétrifiée, les mains autour de sa chemise de nuit, dans un geste de défense.
L’enfant sentit le sang bouillir dans ses veines. Qui étaient ces hommes pour penser qu’ils pouvaient abuser de sa mère ? Même si cette femme n’était pas réellement sa mère… Son espèce n’avait pas besoin de mères. Mais elle lui avait tout de même donné naissance dans cette existence. Ces brutes ne s’en sortiraient pas comme ça. Ils avaient, sans aucun doute, déjà brutalisé et violé de nombreuses femmes, mais leur règne de terreur cesserait aujourd’hui.
Le garçon fit un geste de la main, et l’un des gardes sentit sa poitrine se serrer dans une douleur atroce, la vie le quitta rapidement alors que le sang se figeait dans ses artères. Le second n’eut pas le temps de comprendre ce qui arrivait à son compagnon avant qu’un caillot ne se forme dans son cerveau. Il s’écroula à terre, sa tête heurtant le sol de pierre dans un bruit sourd.
L’enfant se dirigea vers la porte discrètement ; il ne voulait pas que sa mère se doute de quoi que ce soit à son sujet. Il était sur le point d’atteindre le couloir lorsqu’il sentit une main puissante l’attraper par l’épaule et le stopper dans ses pas.
Le garçon essaya de se retourner, mais il n’y parvint pas. Ses muscles ne lui répondaient plus ; il était paralysé. Même s’il était incapable de faire face à l’homme qui se tenait derrière lui, il n’avait aucune incertitude quant à son identité, et c’est sans surprise qu’il reconnut la voix familière.
— Je suis désolé. Tellement désolé que nous en soyons arrivés là, mais tu ne m’as pas laissé le choix.
La voix était celle d’un magicien très puissant, un magicien que le garçon connaissait depuis des siècles, un magicien qui, jusque-là, ne s’était pas trouvé dans la pièce.
— Je sais que tu ne peux pas comprendre, mais crois-moi, les choses ne sont pas ce qu’elles semblent être, dit le magicien, d’une voix remplie de regrets.
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