La trinité maudite: Michael Biörn Volume 2 (French Edition)

Chapitre 13

La nuit était tombée lorsque Michael et Ézéchiel quittèrent la cité elfique et entamèrent les quatre heures de marche qui les ramèneraient au pick up du ranger. La pénombre environnante ne posait pas de problème particulier à Michael qui y voyait aussi bien qu’en plein jour.

Ils cheminaient depuis une minute ou deux lorsque Michael se tourna vers son compagnon sans ralentir le pas.

— Que penses-tu de tout ça ? demanda-t-il.

— Cela ne me plaît guère… Pour tout te dire, je suis même inquiet. L’allure de Dariel et son comportement étrange suggèrent quelque chose de sérieux.

— On ne peut pas dire qu’il se soit montré très hospitalier, approuva Michael, avant de s’arrêter brusquement. Nous avons de la compagnie, annonça-t-il en humant l’air et en adoptant une posture défensive.

À quelques pas, une femme élégante sortit de derrière un arbre et se dirigea vers eux. Le vent avait jusqu’alors joué en sa faveur et empêché Michael de détecter son odeur plus tôt.

Elle était vêtue d’une cape verte au tissu délicat. La capuche de son manteau dissimulait la moitié de son visage, mais Michael savait à son odeur qu’il s’agissait d’une elfe.

— Ne juge pas mon mari avec trop de hâte, vénérable Ézéchiel, dit-elle en abaissant sa capuche. Les maux qui le tourmentent sont en effet des plus sérieux.

Malgré la blancheur d’albâtre de son teint et ses yeux émeraude gonflés par trop de larmes versées, la beauté de la femme demeurait surnaturelle.

— Pardonnez-nous, ma Dame. Nous ne voulions aucunement manquer de respect au Haut Souverain. Nous exprimions juste notre inquiétude à propos de sa santé.

L’elfe leur sourit tristement.

— Je vous présente mon bon ami, Michael Biörn, ma Dame. Michael, voici Dame Leana.

Michael prit la main délicate qu’on lui tendait.

— Ravi de faire votre connaissance.

— Ne t’excuse pas, Ézéchiel, c’est moi qui vous demande de bien vouloir pardonner l’attitude de mon époux.

— Il n’est pas nécessaire de…

La reine interrompit l’enchanteur d’un geste de la main.

— Si, ça l’est. Et vous méritez une explication. Marchons un peu, si vous le voulez bien.

Ézéchiel acquiesça et le trio s’éloigna lentement du village elfique.

— Dariel n’est tout simplement plus le même depuis l’attaque. Moi non plus, d’ailleurs.

— L’attaque ? demanda l’enchanteur

— Notre fille, Maya, a été agressée par un vampire il y a quatre jours et laissée pour morte dans les bois à une lieue au sud de notre cité.

La nouvelle laissa Ézéchiel sans voix durant un instant.

— J’ignorais que les vampires pouvaient se nourrir du sang des elfes, dit-il finalement.

— Ils ne le peuvent pas ! Mais cela n’a visiblement pas empêché l’un d’entre eux d’essayer. Les marques que Maya porte à son cou sont indiscutables. Il a cependant dû réaliser que le sang de ma fille ne lui convenait pas, car il lui en manquait peu. Peu… mais suffisamment pour arrêter son cœur, elle ne respirait plus quand nous l’avons retrouvée. Fort heureusement, mon mari est parvenu à la ramener à la vie.

— Êtes-vous sûre qu’elle ne respirait plus ? Elle était peut-être simplement dans le coma ? demanda Ézéchiel, encore ahuri par la nouvelle.

— Elle était morte, Ézéchiel. Il a fallu deux heures à Dariel pour la ressusciter, et elle est toujours inconsciente à l’heure qu’il est.

Une larme roula sur sa joue de la suzeraine.

— Je ne savais pas que Dariel possédait un tel don, murmura l’enchanteur, davantage pour lui-même que pour la reine.

Ézéchiel paraissait profondément surpris.

— Moi aussi. Et je soupçonne que Dariel lui-même l’ignorait avant que cette tragédie ne nous frappe. Les pouvoirs de mon époux sont grands, mais ce cauchemar l’a forcé à puiser loin dans ses ressources. Il lui a fallu transférer une partie de ses pouvoirs dans le corps de Maya juste pour la maintenir en vie, et il en paie à présent le prix, physiquement et émotionnellement.

— Avez-vous capturé le vampire responsable ? demanda Michael.

— Non. Il se joue de nous. Il nous a envoyé un message indiquant où retrouver le corps de Maya. Mais il a sous-estimé les pouvoirs de Dariel.

— Comment vous a-t-il transmis le message ?

— Il a envoyé une flèche dans la cité, à travers le portail. Une carte était accrochée à la hampe. Il aurait très bien pu tuer quelqu’un en agissant ainsi.

Éz écoutait attentivement les explications de Leana, tentant probablement de trouver une justification logique au comportement anormal du vampire. Michael imaginait parfaitement les questions que devait se poser l’enchanteur. Tout dans cette histoire semblait dénué de sens. Pourquoi un vampire s’en prendrait-il à une princesse elfe ? Et avait-il agi seul ou au nom de l’Alliance de l’Ouest ? Les vampires cherchaient-ils la guerre avec les elfes ?

— Son agresseur devait ignorer que le sang de Maya ne le nourrirait pas… mais l’attaque n’en reste pas moins étrange, dit Éz. Comment un vampire peut-il avoir l’audace de s’en prendre à une princesse elfe ? Maya a hérité d’une partie des pouvoirs de Dariel. Quel vampire serait capable de la vaincre ?

— Un vampire particulièrement puissant, répondit Michael d’un air sombre.

En cet instant, il songeait à Olivia et à Lucy qui étudiaient à Bozeman, soit à trente kilomètres à peine de l’endroit où Maya s’était fait agresser.

— Maya est à présent protégée par la magie de Dariel, dit la suzeraine, mal à l’aise. Mais ce n’était pas le cas il y a quatre jours de cela, lorsqu’elle a été attaquée.

Ézéchiel se tourna, perplexe, vers la reine.

Michael, quant à lui, eut le sentiment d’avoir manqué quelque chose. Qui avait-il de si stupéfiant dans la déclaration de l’elfe ?

— Mais cela doit bien faire trois ans que nous avons célébré les cent ans de Maya, dit l’enchanteur, le regard lointain, comme s’il tentait de visualiser mentalement la frise chronologique de son existence plurimillénaire.

— C’était il y a neuf ans, corrigea la reine. Elle a eu cent neuf ans en avril dernier. Mais Dariel a toujours refusé de lui léguer sa dot… malgré les requêtes régulières de Maya.

— Quelqu’un pourrait-il m’expliquer ce dont il s’agit ? demanda Michael, totalement perdu.

— La dot est une tradition parmi les elfes de sang royal. Pour ses cent ans, une princesse se voit nantie d’une partie des pouvoirs de son père. Cette dot accroît non seulement sa puissance, mais elle modifie également son statut social en lui accordant le droit de choisir son fiancé, répondit Éz.

— Mais Maya n’avait jamais reçu son dû de la part de mon époux, et à présent, il s’en veut terriblement de ce qui est arrivé à sa fille. Si elle avait bénéficié des pouvoirs de son père, le vampire n’aurait jamais eu le dessus sur elle.

Michael n’était pas persuadé de la véracité de cette affirmation – il avait rencontré quelques vampires particulièrement puissants par le passé –, mais il garda ses pensées pour lui. Les vampires restaient, après tout, des êtres préternaturels alors que les elfes étaient, eux, supernaturels. Michael ignorait également l’étendue des pouvoirs de Dariel.

— Quelle fraction de ses pouvoirs le père est-il supposé léguer ?

— Cela varie, mais il est coutumier de céder environ vingt pour cent, répondit la reine.

— Ce qui, dans le cas de Dariel, représente un pouvoir incroyable, ajouta l’enchanteur.

Ils avaient marché jusqu’à atteindre un petit ruisseau, dont ils longeaient à présent le cours d’un pas lent.

— Pourquoi votre époux refusait-il de suivre la tradition ? demanda Michael, essayant de ne pas prêter attention au visage effaré qu’Ézéchiel afficha à cette question.

La reine demeura silencieuse un instant, comme si elle hésitait à répondre.

— Il pensait que Maya n’était pas prête. Il la trouvait trop immature.

Ils continuèrent à marcher sans un mot, aucun des deux hommes n’osant pousser l’interrogatoire plus loin.

— Il me faut maintenant retourner au chevet de ma fille. J’espère que vous pardonnerez le manque d’hospitalité de mon mari à présent que vous en connaissez la cause. Ézéchiel, Michael.

La reine inclina légèrement la tête en leur faisant ses adieux.

La rivière faisait un coude à cet endroit, mais plutôt que de revenir sur ses pas, Dame Leana traversa tout simplement le cours d’eau. Ses pieds ne transpercèrent cependant jamais sa surface, elle semblait au contraire y glisser comme s’il s’était agi de glace.

— Retournons à ta voiture, à présent, dit Éz, l’air soucieux.

Pendant cinq minutes, ils dévalèrent le flanc de la montagne à travers les bois sans prononcer un mot.

— Je n’aime pas ça, Michael. Qu’un vampire s’en prenne à une elfe, ça n’a rien de normal, dit finalement l’enchanteur.

— Tu penses que ça a un rapport avec notre warlock ?

Éz considéra la question un instant avant de répondre.

— Je n’en sais rien, mais nous allons le découvrir.

— Nous allons ? Et que nous proposes-tu pour cela ?

— Allons faire du camping !

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