La trinité maudite: Michael Biörn Volume 2 (French Edition)

Chapitre 19

Malgré leur apparente nonchalance, la vitesse de pointe des grizzlys dépassait celle d’un cheval au galop. Ils demeuraient cependant des sprinteurs, pas des coureurs de fond, et Michael se retrouva hors d’haleine bien avant d’avoir rejoint Ézéchiel.

Il ralentit l’allure pour reprendre son souffle. Se concentrant sur l’odeur dégagée par ses ennemis, il tenta d’en définir le nombre exact, mais en vain. En groupe, les suceurs de sang exhalaient une senteur distincte, mais les effluves individuels des membres étaient trop légers pour qu’il puisse les dénombrer à cette distance. Une bonne chose : cela voulait dire qu’ils avaient à faire à de jeunes vampires. Et Ézéchiel n’avait pas grand-chose à craindre de quelques novices.

Il fallut trois minutes supplémentaires à Michael pour couvrir la distance restante et finalement établir un contact visuel avec l’ennemi.

Quatre vampires – trois femelles et un mâle – cernaient Ézéchiel, toujours grimé sous les traits d’un jeune randonneur. Sûrs de leur supériorité, les suceurs de sang s’amusaient avec leur proie.

Conformément au plan qu’ils s’étaient fixé, Michael observait la scène à distance. Il était plus détendu à présent qu’il savait à qui Ézéchiel avait affaire.

Il ne fallait jamais sous-estimer l’ennemi, mais si Ézéchiel n’avait pas été de taille contre ces quatre-là, il n’aurait jamais été admis au sein du Second Cercle.

— Il est appétissant, dit l’une des femelles en se passant la langue sur les lèvres.

Elle paraissait un peu plus jeune que les autres. Dix-huit ans, tout au plus.

— Je peux percevoir sa peur d’ici, se vanta le mâle.

Un mensonge éhonté. Michael ne sentait rien du tout et son odorat était bien plus puissant que le leur.

Ézéchiel jouait son rôle à la perfection. Agissant comme un lapin acculé par un loup, l’enchanteur poussait de petits gémissements chaque fois qu’un vampire esquissait un geste en sa direction. Les doigts de sa main gauche tenaient fermement sa houlette d’enchanteur, déguisée en bâton de randonnée pour l’occasion. Michael ne put s’empêcher de sourire à cette vue, le rictus sur son faciès d’ours ressemblant davantage à une grimace.

— Ramenons-le au camp, dit l’une des femelles. Dragos décidera de ce qu’il faut en faire.

— Sommes-nous vraiment obligés, Jessica ? Ne pouvons-nous pas prendre un petit en-cas, là, tout de suite ? Personne n’en saura rien, répondit le mâle.

— Tu veux finir comme Kyle et Stacie ? Ce que Dragos leur a fait subir dans la cave était un avertissement pour nous tous.

Malgré la distance, Michael pouvait entendre chaque mot de la conversation et il consigna soigneusement les noms mentionnés dans un coin de sa mémoire.

Le différend fut vite réglé lorsque les deux autres femelles se rangèrent du côté de Jessica.

Le groupe se mit alors en route, le vampire mâle ouvrant la marche, suivi d’Ézéchiel, pendant que les trois femelles fermaient la procession. Aucun d’eux ne remarqua l’ours de trois cent soixante kilos qui les observait à distance.

L’allure de leur prisonnier s’avéra un tantinet trop lente pour les vampires, et après seulement quinze minutes, la patience des suceurs de sang avait atteint ses limites.

— À ce rythme, ça va nous prendre l’après-midi entier pour rentrer, se plaignit le mâle.

Les femelles acquiescèrent, et avant que Michael ne réalise ce qui était en train de se passer, Jessica asséna un coup violent sur la tempe droite d’Ézéchiel. L’enchanteur s’écroula au sol et la dénommée Jessica lui arracha son bâton et le jeta dans les buissons. Elle lui ôta son sac à dos, qu’elle tendit à l’une de ses congénères, puis plaça le corps inanimé d’Éz sur son épaule avec autant d’aisance que s’il s’était agi d’un traversin.

— À présent, on peut y aller, dit-elle.

Elle partit au pas de course, suivie de près par ses compagnons.

Michael engagea la poursuite, ne s’arrêtant qu’un instant pour ramasser la houlette d’Éz dans sa gueule.

Mais les vampires se déplaçaient bien trop vite pour que Michael puisse rivaliser sur une longue distance. Et lorsque, à bout de souffle, il finit par ralentir, il les perdit rapidement de vue et ne put se fier qu’à son flair pour suivre leur piste.

Considérant la position du soleil, il estima qu’il lui restait quatre heures de luminosité avant que la pénombre ne vienne compliquer les choses. C’est à cet instant-là que l’évidence le frappa : comment des vampires pouvaient-ils se déplacer en plein jour ? Il ressentit soudain une inquiétude bien plus profonde à l’égard de son ami.

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