La trinité maudite: Michael Biörn Volume 2 (French Edition)
Chapitre 11
Michael et Ézéchiel suivirent Leka, et comme l’elfe l’avait fait un moment auparavant, ils se volatilisèrent à l’instant où ils passèrent entre les deux arbres. C’était en tout cas l’impression qu’aurait eue un témoin de la scène depuis l’extérieur de la cité elfique.
La végétation de l’autre côté du portail magique était en tous points similaire à celle de la forêt qu’ils avaient quittée – mêmes arbres, buissons et petites plantes – mais à présent, ils se trouvaient dans une zone qui leur avait été totalement cachée un instant plus tôt.
Michael jeta un œil derrière lui et fut surpris de constater que le tronc sur lequel ils venaient de se reposer était toujours visible, là, entre les deux arbres.
— Qu’est-ce que c’est ? Une sorte de portail interdimensionnel ?
— J’ai bien peur que ça ne soit pas aussi sophistiqué que cela, mon ami, répondit l’enchanteur. Nous ne nous sommes éloignés que de quelques pas de l’endroit où nous étions.
Michael se tourna vers Leka pour confirmation, mais l’elfe qui ouvrait la marche maintint un mutisme placide.
— Vois-tu, continua l’enchanteur, les elfes utilisent leur magie pour cacher leur village derrière un champ de force. Une sorte de mur invisible, si tu préfères. Mais un mur contre lequel tu ne peux pas te cogner. N’importe quelle personne qui se trouverait, sans le savoir, juste en face, verrait sa trajectoire déviée vers la droite ou vers la gauche, en fonction de son angle d’approche, jusqu’à ce qu’elle contourne finalement le mur pour se retrouver de l’autre côté du village.
Michael regarda son ami d’un air suspicieux, mais il ne détecta aucun signe suggérant qu’il fût en train de le faire marcher.
Les arbres se raréfiaient au fur et à mesure de leur avancée, et ils atteignirent rapidement le périmètre de la cité elfique.
— Bienvenue à I-Naur-Tal, La Cité du Feu, dit Leka, dont la voix trahissait une fierté que Michael trouva parfaitement justifiée.
La ville était fascinante. Les maisons individuelles d’allure douillette se partageaient les rues avec des bâtiments suffisamment larges pour accueillir une armée, tous façonnés de bois et de pierres assemblés dans un style que Michael n’avait jamais vu auparavant. Et il ne put s’empêcher de se demander d’où provenaient toutes ces pierres, et plus particulièrement celles pavant les rues.
— Nous allons continuer à cheval, dit Leka, en indiquant trois montures à la blancheur immaculée qui patientaient au bord de la route.
Tout comme leur guide, Michael et Éz étaient des cavaliers accomplis, et tous trois chevauchèrent bientôt de front sur une large voie.
Les elfes avaient dévié les ruisseaux de la montagne de manière qu’ils passent par leur cité, et l’on pouvait voir de petites rivières courir le long des chemins. Çà et là, de pittoresques ponts de pierre voûtés permettaient de traverser les cours d’eau les plus imposants.
— Quelle est la superficie de la ville ? demanda Michael qui n’arrivait toujours pas à croire à la réalité des merveilles qui défilaient devant ses yeux.
— Environ seize kilomètres carrés, répondit Leka.
— Seize kilomètres carrés ? répéta Michael avec stupeur. Je suis venu ici des dizaines de fois sans jamais rien soupçonner.
— Techniquement, tu n’es jamais venu ici, corrigea Éz en gloussant. Tu t’es baladé aux abords de la cité par le passé, mais jamais à l’intérieur.
Ils galopaient vers le centre de la ville lorsque les flèches d’un château apparurent au loin.
— Notre destination, dit l’enchanteur en pointant du doigt la vaste bâtisse.
Les maisons et autres immeubles se firent de plus en plus rares au fur et à mesure qu’ils approchaient du palais, qu’ils trouvèrent entouré de jardins semés de fontaines alimentées par une multitude de marigots.
Ils stoppèrent leurs chevaux et descendirent de leurs montures devant la porte principale du château.
— Le palais du Haut Souverain Dariel, annonça Leka.
*****
L’intérieur du bâtiment était encore plus raffiné que l’extérieur. Tout de marbre bleu et de bois sculpté, il ressemblait à un authentique château de contes de fées – ou tout du moins, du genre d’histoires que les humains lisaient à leur progéniture en la mettant au lit. Les châteaux appartenant aux véritables faes étaient en réalité bien différents. De manière générale, les faes n’étaient pas particulièrement sympathiques envers les humains ni envers les autres espèces.
Assis sur un balcon entouré de vignes et de plantes vivaces aux arômes entêtants, Michael et Ézéchiel attendaient Dariel depuis bientôt une heure, et l’enchanteur commençait à s’agacer.
— C’est la première fois que Dariel me fait patienter de la sorte, dit-il, légèrement irrité.
— Il doit probablement avoir une affaire urgente à régler, répondit Michael, en sirotant tranquillement un verre de nectar de fleurs sauvages à la douceur exquise.
Comme s’ils les avaient entendus, Dariel apparut sur le balcon au même moment. Michael n’avait jamais rencontré le Haut Souverain auparavant, mais il doutait qu’il arborait toujours l’air exténué qu’il affichait en cet instant. Des cernes noirs étaient visibles sous ses yeux et des mèches brunes indisciplinées s’échappaient d’une natte finement tressée. Ses traits émaciés lui conféraient une expression de profonde préoccupation.
— Mes salutations, mon vieil ami, dit Ézéchiel, sans laisser transparaître la moindre surprise devant l’apparence échevelée du suzerain.
— Salutations à toi, Ézéchiel du Second Cercle, répondit Dariel d’un ton que Michael trouva un peu trop solennel. Qui est ton compagnon préternaturel ?
— Voici Michael Biörn, une personne de confiance, qui m’assiste dans une affaire qui pourrait bien te concerner.
Dariel regarda Éz d’un air sombre avant de prendre place sur un banc en marbre.
— Je t’écoute.
Éz contempla le Haut Souverain pensivement quelques instants, comme cherchant ses mots.
— Avant que je ne t’embête avec mes nouvelles, laisse-moi te demander comment vont tes affaires, mon ami. Est-ce que tout va bien pour toi ? Tu me parais… fatigué, dit-il avec précaution.
— Des affaires de famille, Éz, rien dont tu n’aies à t’inquiéter, répondit Dariel, le regard lointain.
— Tout le monde va bien ?
Par « tout le monde », Michael supposait qu’Ézéchiel voulait parler de la reine et de la fille unique du couple régnant.
— Ce sera bientôt le cas, répliqua Dariel d’un ton énigmatique qui invitait son invité à changer de sujet.
Éz acquiesça avec compassion.
— Laisse-moi t’expliquer ce qui nous amène sur tes terres, Dariel, dit Éz avec pragmatisme. Le Second Cercle a de bonnes raisons de penser qu’un warlock se cache quelque part dans la région, et que sa présence pourrait être liée à la disparition de plusieurs jeunes individus ces derniers mois. Ces rumeurs te sont-elles familières ? Ton peuple aurait-il remarqué quoi que ce soit de particulier dans le sud-ouest du Montana ?
— Je n’ai rien entendu de tel. Ta source est-elle fiable, Ézéchiel ?
Éz considéra un instant la réponse du souverain avant de poursuivre.
— On parle également d’un nécromancien, probablement lié au warlock en question.
— Et ce nécromancien agirait lui aussi sous mon nez ?
— Sans doute…
— On se connaît depuis longtemps, mon ami, et j’aimerais pouvoir te rendre service, dit l’elfe d’un air sincère, mais je te suggère de t’entourer d’informateurs un peu plus sûrs. Si un warlock ou un nécromancien opéraient sur mon territoire, je les aurais remarqués.
Il se leva et regarda Éz et Michael tour à tour.
— Je suis navré de ne pas pouvoir t’aider avec ces rumeurs, Ézéchiel, mais si je relève quelque chose d’inhabituel dans les semaines à venir, tu seras le premier averti. En attendant, tu devrais économiser ton énergie pour des problèmes qui en valent la peine.
Dariel se dirigea vers la porte et s’apprêtait à la franchir quand il ajouta :
— Je suis désolé de vous recevoir de la sorte, mais j’ai des affaires urgentes à traiter et je suis contraint de vous laisser, à présent.
Il sortit, abandonnant ses visiteurs qui se regardèrent tous deux en silence.
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