La trinité maudite: Michael Biörn Volume 2 (French Edition)
Chapitre 67
Au grand soulagement d’Olivia, Jake n’avait pas prêté la moindre attention aux limites de vitesse, et le trajet depuis Bozeman ne leur avait pris que quarante-cinq minutes. Ils avaient parcouru les quinze derniers kilomètres sur une route de terre étroite et boueuse, bordée d’arbres, avant d’abandonner le véhicule le long d’un sentier.
Le soleil avait disparu derrière les montagnes une heure plus tôt, mais la lune, trônant dans un ciel sans nuage, diffusait suffisamment de clarté pour que tous trois puissent voir où ils allaient. Malgré le chemin escarpé, Olivia et Jake suivaient la cadence imposée par Maya.
Après une heure et demie d’une ascension continue sur les pentes boisées, l’elfe commença à ralentir.
— On s’approche, murmura-t-elle aux autres.
Elle était quasiment invisible au milieu des trembles, dans sa combinaison en lycra vert sombre, ses cheveux dorés dissimulés sous un bandana noir.
Le pouls d’Olivia, que la randonnée énergique avait déjà accéléré, s’emballa à l’idée des retrouvailles à venir. Je suis là, Lucy. Tu es sauve, à présent.
Les arbres étaient plus épars dans cette partie de la forêt et nettement moins nombreux que les rochers, qui semblaient avoir été lancés du firmament par un semeur céleste. Les blocs de granit projetaient des ombres menaçantes sur le paysage, offrant une multitude de cachettes possibles.
Une odeur étrange attira soudainement l’attention d’Olivia. Un parfum qu’elle n’avait jamais rencontré auparavant, mais qui lui amenait à l’esprit des images de mort et de corps desséchés. Des effluves qu’elle se serait attendue à trouver dans le sarcophage d’une momie vieille de plusieurs siècles.
— C’est quoi, cette odeur ? demanda-t-elle à voix basse.
Mais ses deux compagnons ne lui répondirent que par des regards étonnés.
Pas encore habituée au sens olfactif développé de sa louve, Olivia n’avait pas réalisé qu’elle seule détectait l’effluve qui lui offensait les narines.
Agissant davantage par instinct que consciemment, elle ôta son t-shirt à manches longues et sa veste polaire d’un seul coup et entama sa métamorphose. Elle ne portait pas de soutien-gorge, mais ce détail constituait le cadet de ses soucis.
Elle vit Jake dégainer le pistolet qu’il portait à la hanche. La lame de quinze centimètres du couteau de chasse qu’il serrait dans son autre main brillait sous le clair de lune.
Maya s’était déjà emparée de l’épée transparente qu’elle portait dans son dos et se tenait sans bouger dans la pénombre.
Sa transformation terminée, la louve se libéra de son jean et de ses chaussures. C’est alors que le champ de rochers explosa dans un déluge de mouvements. La zone, qui un instant plus tôt semblait totalement déserte, grouillait désormais de vampires.
Les suceurs de sang paraissaient avoir rampé de derrière chaque rocher, surgi de chaque ombre, et ils étaient dix fois plus nombreux que le trio.
Jake ouvrit le feu, mais aucun des vampires ne sembla touché, et l’étudiant, en humain qu’il était, fut rapidement submergé par leurs adversaires.
Olivia essaya de voler à son secours, mais les suceurs de sang l’encerclaient, et elle n’avait tout simplement aucun moyen de s’approcher de lui.
Un vampire tenta de bondir sur le dos de la louve, mais elle pivota sur elle-même au dernier moment et ses crocs se refermèrent sur la gorge du vampire, qui éclata sous la pression de ses mâchoires. Le sang écœurant de la créature lui envahit la bouche tandis qu’elle jetait son corps mutilé contre le rocher le plus proche.
Olivia sauta ensuite sur un bloc de granit à hauteur de son épaule, et de celui-là, sur un plus haut encore. En trois bonds, elle atteignit le sommet d’un rocher de six mètres, une position bien plus aisée à défendre.
Mais ses ennemis n’abandonnèrent pas aussi facilement, et elle les vit bientôt ramper le long du mur vertical de son bastion improvisé à une vitesse perturbante.
À vingt mètres de là, à la limite de sa vision périphérique, Maya repoussait ses assaillants avec une dextérité létale. Les corps de trois des attaquants gisaient déjà au sol autour d’elle. Un vampire se jeta violemment sur la princesse, mais sembla ricocher sur une barrière invisible. Maya leur donne du fil à retordre, songea Olivia tandis que son regard s’arrêtait sur la dépouille de Jake. Le malheureux n’avait eu aucune chance.
Deux vampires atteignirent en même temps le sommet de son rocher, obligeant Olivia à improviser. Elle recula un instant devant ses adversaires, mais alors que ses pattes arrière approchaient du rebord, elle se détendit tel un ressort et bondit en direction du suceur de sang le plus éloigné. Les vampires étaient étrangement puissants, mais Olivia avait le poids et la vitesse de son côté. Elle entra en collision avec son ennemi avec la force d’un train de marchandises, les projetant tous deux en bas du rocher, et lui lacérant la poitrine de ses crocs et de ses griffes durant toute la chute.
Le loup d’Olivia se réjouit de ce bain de sang, mais l’heure n’était pas à la fête. Même si la plupart des vampires en avaient après Maya, Olivia en avait également un bon nombre à ses trousses. Elle fit un tour complet sur elle-même pour recenser ses adversaires, mais son cœur faillit s’arrêter à la vue de ce qu’elle découvrit. À une trentaine de mètres au nord, un vampire, visiblement plus âgé que les autres, se tenait au-dessus de Maya, qui étouffait sous le poids de la créature. Il avait une main autour de son cou et l’autre plaquée contre la bouche de la princesse, certainement pour éviter que toute incantation ne s’échappe de ses lèvres. L’elfe se débattait furieusement, mais en vain ; le vampire était tout simplement trop puissant.
Olivia se rua vers eux, mais avec Maya au sol, elle était désormais l’unique cible des novices, et il ne fallut pas longtemps pour qu’elle croule sous leur nombre. Ils ne la tuèrent cependant pas, se contentant de l’immobiliser. Deux vampires retenaient ses pattes avant et arrière pendant qu’un troisième lui maintenait le museau fermé.
Elle passa des minutes insoutenables à se débattre pour tenter de leur échapper, mais en vain. Elle finit par se résigner à contrecœur, économisant son énergie pour s’enfuir à la première occasion. Mais l’occasion ne vint jamais. À la place, Olivia vit la silhouette menaçante de l’aîné apparaître dans le clair de lune, par-dessus l’épaule de l’un de ses ravisseurs. L’odeur de mort qu’elle avait sentie plus tôt émanait de lui.
Le visage du vampire approcha de son museau, ses yeux plongèrent dans ceux de loup, et puis tout devint noir.
OceanofPDF.com