La trinité maudite: Michael Biörn Volume 2 (French Edition)

Chapitre 74

Michael arriva à Bozeman en début d’après-midi, bien plus tard qu’initialement prévu. Sortir de Yellowstone s’était avéré un véritable calvaire. Un troupeau de bisons ayant décidé de marcher sur la route durant pas moins de cinq kilomètres d’affilée, Michael s’était retrouvé coincé derrière une file de voitures longue d’un kilomètre roulant à l’allure imposée par les ongulés peu pressés.

Ayant mémorisé l’itinéraire qui menait au repaire des diurnes, Michael savait parfaitement comment s’orienter lorsqu’il entra dans Bozeman. Dix minutes de trajet dans la circulation fluide de la petite ville le menèrent jusqu’à une rue tranquille du quartier historique. Il dépassa la bâtisse sans ralentir et gara son véhicule un pâté de maisons plus loin.

Cameahwait avait proposé de lui procurer des renforts, mais Michael avait décliné l’offre. D’après Cameahwait, il y avait rarement plus d’une demi-douzaine de vampires à l’intérieur, quelle que soit l’heure, et une demi-douzaine de novices avaient peu de chance de lui poser des problèmes. Michael savait qu’il solliciterait l’aide de Cameahwait et de ses hommes dans un futur proche, et il ne voulait pas abuser de la générosité du vieillard.

La puanteur l’assaillit dès qu’il sortit de la voiture. Une odeur de vampire, évidemment, mais bien trop prononcée pour provenir de novices de quelques mois. Seul un aîné pouvait dégager une telle odeur, ou trois, en l’occurrence, dont une étrangement familière.

Il ne fallut pas longtemps à Michael pour mettre un nom dessus : Silvia. Voilà qui était inattendu. Que faisait l’aînée à l’allure d’adolescente ici ? Il y avait en tout cas peu de chance qu’elle se soit égarée aussi loin de San Francisco par hasard… Allons lui poser la question.

Michael se dirigea vers la voiture aux vitres teintées, garée quasiment en face de son pick up, de l’autre côté de la rue, et frappa à la vitre côté passager. La portière arrière s’entrouvrit un moment plus tard et, après une seconde d’hésitation, Michael accepta l’invitation et pénétra dans le véhicule.

Le siège arrière de la Mercedes était suffisamment spacieux pour que Michael puisse s’y installer confortablement, malgré le vampire qui y était déjà assis.

La voiture était garée à l’ombre et le soleil invisible derrière l’épais rideau de nuages, mais le suceur de sang s’était tout de même recroquevillé contre la portière opposée afin d’éviter tout contact entre sa peau et un éventuel résidu de lumière.

Michael referma la portière derrière lui et la cloison noire qui séparait les sièges avant des sièges arrière s’abaissa immédiatement, révélant Silvia sur le siège passager et un troisième vampire à la place du conducteur. Tous deux étaient tournés vers Michael et l’homme pointait un revolver de gros calibre sur la tête de Michael.

— C’est comme ça qu’on accueille un vieil ami ? plaisanta Michael, mais il n’obtint aucune réponse.

Les deux mâles avaient chacun plusieurs siècles d’existence, mais la puanteur émanant de Silvia indiquait qu’elle était de loin la plus âgée des trois.

— Alors, les gars, que faites-vous dans le coin ? Vous êtes venus rendre visite à vos cousins ?

— Cela ne te concerne pas, et je te conseille de ne pas fourrer ton nez dans nos affaires, dit Silvia d’un ton menaçant.

— Écoute, gamine…

Le sobriquet fit tressaillir Silvia.

— Toi et tes copains, vous restez en dehors de cette histoire, et je ne me soucierai pas des vôtres. On est d’accord ?

Le vampire assis à côté de Michael lança un regard à Silvia, mais le chauffeur ne quitta pas des yeux la cible qu’il avait au bout de son arme.

— Et en quoi consistent tes affaires ? Tu es toujours à la recherche de ce vampire que tu as mentionné ? Ce Dragos, c’est bien ça ?

— Premièrement, tu peux arrêter ta comédie ; nous savons tous les deux que Dragos ne t’est pas étranger. Deuxièmement, oui, je le cherche encore, mais quelque chose me dit que je me rapproche…

Michael observait Silvia attentivement, mais aucune réaction ne la trahit.

— J’étais justement en chemin pour aller demander à vos cousins s’ils savent où je peux le trouver, continua-t-il.

Cette fois, Silvia ne put masquer son énervement.

— Nous ne sommes aucunement liés à ces aberrations de diurnes, ours, dit-elle d’une voix qui se voulait contrôlée, mais ne parvenait pas à dissimuler son irritation. Néanmoins, nous ne pouvons te laisser aller frapper à leur porte. Tu leur ferais peur, et ce serait… contre-productif pour nos projets.

Michael adopta un air songeur tout en se caressant le menton.

— D’un côté, je comprends votre dilemme, dit-il en hochant lentement la tête, mais de l’autre, je n’en ai strictement rien à foutre…

Il avait prononcé ces derniers mots sur un ton de défi, et son annonce fut immédiatement suivie du son caractéristique d’un chien de revolver que l’on relève.

En dépit de son calibre 50, un tir en pleine tête ne lui serait pas fatal, mais cela le neutraliserait suffisamment longtemps pour que les vampires s’occupent de son cas de manière plus définitive. Il n’avait pas affaire à des bleus ; ces trois-là savaient pertinemment ce qu’ils faisaient et devaient être considérés comme dangereux.

Michael fixait Silva droit dans les yeux, mais ce défi apparent à ses talents d’envoûteuse était en fait une distraction destinée au détenteur de l’arme. En un éclair, la main droite de Michael vola vers le revolver, qu’il empoigna par le barillet, son petit doigt bloquant le chien, et l’arracha des mains du chauffeur.

Il abattit ensuite la crosse de l’arme sur la tempe de Silvia, avant d’en enfoncer le canon dans la bouche du chauffeur, lui cassant quelques dents au passage. La main gauche de Michael était quant à elle serrée autour de la gorge du troisième vampire, qu’il clouait contre la portière de son bras tendu. Tout cela avait pris moins d’une seconde.

— Tu me pardonneras ce geste d’humeur, mais je déteste me faire tirer en plein visage. La douleur n’est certes que passagère, mais les souvenirs restent, et j’en ai suffisamment comme ça.

— Tu as commis une grave erreur, ours. C’est la dernière fois que tu me frappes. Je te le promets.

La voix de Silvia aurait incité la plupart des humains à demander grâce, mais Michael n’était pas humain.

— Ne fais pas de promesse que tu ne pourras pas tenir, gamine. Si tu veux éviter les coups, évite de croiser mon chemin à l’avenir.

Il sortit de la voiture en laissant la portière grande ouverte, et regagna son pick up, le revolver caché sous sa chemise. Il se retourna juste à temps pour voir une main, qui commençait à fumer, attraper la poignée de la portière avant de la claquer.

Il monta dans la cabine de son véhicule, plaça l’arme sous le siège conducteur et s’empara d’un vieux sac en toile de l’armée sur la banquette arrière.

Une minute plus tard, il se dirigeait à grands pas vers le repère des diurnes, le contenu de son sac cliquetant à chacun de ses pas.

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