La trinité maudite: Michael Biörn Volume 2 (French Edition)

Chapitre 44

La Mercedes classe CLA était garée le long d’un des trottoirs de la rue où le gamin venait d’exécuter son numéro d’acrobate. Les larges vitres de la berline étaient teintées d’un noir aussi profond que celui de la carrosserie et dotées d’un traitement spécial empêchant tout rayonnement ultraviolet de pénétrer à l’intérieur de l’habitacle.

— T’as vu ça ? demanda l’homme assis derrière le volant.

— J’ai vu. Suis-le, mais reste à distance. On ne peut pas se permettre de se faire remarquer maintenant, répondit Silvia depuis le siège passager.

Sur la banquette arrière, les deux autres membres de l’équipe de reconnaissance demeuraient silencieux.

À eux quatre, ils possédaient douze siècles d’expérience, dont une grande partie passée à protéger l’Alliance de l’Ouest de ses nombreux ennemis.

La plupart des menaces auxquelles ils avaient dû faire face par le passé étaient venues des porteurs de peaux, mais parfois ils devaient s’en prendre à quelque garou, sorcier ou autre ensorceleur. Bien qu’il ne leur arrivât que rarement de combattre l’un des leurs, cela s’était déjà vu. Dragos n’était pas le premier vampire à vouloir monter sa propre opération.

— Tu penses qu’il s’agit de l’un d’entre eux ? demanda le conducteur, tout en ralentissant pour ne pas s’approcher trop près du gamin qui ne se doutait de rien.

— On ne pourra pas en être sûrs tant qu’on ne l’aura pas approché de plus près, mais c’est le premier non-humain que nous croisons de la journée, répondit Silvia.

La délégation de l’Alliance de l’Ouest était arrivée à Bozeman le soir précédent. Et les quatre s’étaient immédiatement séparés pour couvrir un maximum de terrain.

Ils avaient passé la nuit à arpenter les rues de la petite ville, connectés les uns aux autres par des radios miniaturisées équipées d’oreillettes pour davantage de discrétion.

Le jour levé, ils s’étaient rejoints dans la Mercedes et avaient poursuivi leur surveillance en groupe à l’abri des rayons néfastes de l’astre solaire. Cela leur avait permis de se reposer à tour de rôle sur le siège arrière spacieux de la berline.

Ils avaient bien entendu apporté des tenues afin de pouvoir opérer en pleine lumière en cas de besoin, mais celles-ci leur conféraient une allure de ninja et, hormis le soir d’Halloween, constituaient le moyen le plus sûr de se faire repérer. Chose qu’ils préféraient éviter dans l’immédiat.

Ils suivirent le gamin jusqu’à une grande maison d’apparence miteuse. Il s’arrêta un instant devant la porte d’entrée avant de sortir une clef de sa poche et de pénétrer dans la bâtisse. Il n’avait donné aucun signe de les avoir remarqués.

— Et maintenant, on va jeter un œil ? demanda le chauffeur.

— Non, nous ne savons rien de ces types ou de ce qui pourrait nous attendre, répondit Silvia d’une voix songeuse. Le soleil va bientôt se coucher et nous serons alors libres d’approcher quiconque jaillira de cette baraque. Cela réglera la question une fois pour toutes.

— En tout cas, s’il s’agit réellement de vampires, l’ours avait raison : ce sont des diurnes. Et aucun de nous n’en a jamais affronté auparavant, dit l’un des hommes depuis le siège arrière, en vérifiant le chargeur de son arme.

— Et c’est pour cela que nous devons nous montrer prudents, répondit Silvia. Grigore veut que nous rassemblions le maximum d’informations. On ne s’attaquera à Dragos que si une réelle occasion se présente. Nous sommes avant tout en mission de reconnaissance.

La nuit tomba sur la ville quelques minutes plus tard, mais il leur fallut attendre deux heures supplémentaires avant que la porte de la bicoque ne s’ouvre. Deux jeunes femmes en sortirent et se dirigèrent à pied vers le centre-ville.

— Descendez et arrangez-vous pour les approcher. Mais soyez discrets. Adoptez une allure débonnaire et restez cool, même si elles réalisent ce que vous êtes. Je ne veux pas de confrontation avec ces deux-là pour le moment, dit Silvia.

Les deux vampires assis à l’arrière du véhicule acquiescèrent et s’extirpèrent de la voiture. Ils croisèrent les deux filles un instant plus tard sans qu’elles leur portent la moindre attention. Les deux hommes continuèrent à marcher sur quelques mètres avant de faire demi-tour et de rebrousser chemin après s’être assurés que les filles avaient tourné au coin de la rue.

— Alors ? s’enquit Silvia, tandis qu’ils reprenaient place sur les sièges en cuir.

— Ces deux-là sont des vampires, aucun doute.

— Et elles ne vous ont pas identifiés ? demanda le conducteur.

— Ce ne sont que des gamines. Des novices si vertes qu’elles ne reconnaîtraient pas un autre vampire même si celui-ci leur suçait la jugulaire…

L’image fit sourire Silvia

— Il est donc légitime de penser que le gamin que nous avons suivi jusqu’ici est lui aussi un vampire… ce qui suggérerait que nous avons bien affaire à des diurnes… Cette mission vient de devenir intéressante.

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