La trinité maudite: Michael Biörn Volume 2 (French Edition)

Chapitre 69

Michael gara sa voiture devant l’immeuble d’Olivia et de Lucy, une maison à trois étages transformés en autant d’appartements de location. Il était près de minuit, et après deux jours passés sur la route, il avait hâte de dormir dans son propre lit. De toute façon, Bozeman était sur le chemin, et un détour de quinze minutes pour vérifier qu’Olivia allait bien l’aiderait à se détendre.

Il avait laissé Leka dans la forêt Gallatin, près de la cité elfique, une heure plus tôt. En tout cas, aussi près que la route le lui avait permis. L’elfe aurait encore une randonnée d’une douzaine de kilomètres à faire avant de rentrer chez lui, mais cette perspective n’avait pas eu l’air de le contrarier.

L’appartement des deux sœurs se trouvait au deuxième étage de la maison et disposait d’un balcon d’une taille correcte. Aucune lumière n’était visible à l’intérieur, mais cela n’empêcha pas Michael de sonner malgré l’heure tardive. Il patienta une minute avant de presser à nouveau le bouton de la sonnette, le maintenant cette fois enfoncé durant dix bonnes secondes. Cette deuxième tentative n’ayant pas donné plus de résultat que la première, il décida d’entrer. Il escalada le balcon en un seul mouvement fluide et se retrouva bientôt face à une baie vitrée des plus vétustes. Sortant un canif de l’étui qu’il portait à la ceinture, il en déplia la lame et l’inséra entre la porte et le mur puis la fit bouger de bas en haut.

L’instant d’après, il se tenait dans la cuisine, cherchant l’origine de l’odeur infecte qui avait envahi l’appartement tout entier. Il découvrit la réponse dans la poubelle : de minuscules morceaux de gras de poulet sur lesquels se trouvaient encore attachés des filaments de chair. Comment une si petite chose pouvait-elle puer autant ? L’odeur couvrait tous les autres parfums et compliquait la tâche de Michael qui s’affairait à détecter les pistes olfactives laissées par les occupantes du logement.

Les deux sœurs n’avaient pas mis les pieds chez elles depuis plusieurs heures, de cela, il était certain, mais impossible de dire depuis combien de temps précisément. L’odeur de Lucy était imperceptible sous la puanteur de volaille décomposée, et l’empreinte olfactive d’Olivia n’était décelable que grâce à l’odeur nauséabonde caractéristique de loups-garous qui y était associée.

Michael vida les lieux en réfléchissant à ce qu’il venait de découvrir. Le poulet avarié dans la poubelle ne voulait rien dire ; il avait probablement été déposé là moins de vingt-quatre heures plus tôt – la viande avait tendance à se gâter rapidement à température ambiante.

Il y avait de grandes chances pour que les deux sœurs soient sorties avec des amis ou qu’elles se soient rendues à une soirée. Néanmoins, il se serait senti mieux s’il les avait trouvées tranquillement devant la télé.

Michael se détendit un peu en se souvenant que Cameahwait gardait un œil sur Olivia. Le vieil homme était parfaitement capable de protéger la jeune femme.

Michael remonta dans sa voiture et se mit en route pour Yellowstone. Deux heures de route le séparaient encore de son lit. Deux heures dont il comptait profiter pour se pencher une fois de plus sur tout ce bazar et tenter d’y trouver du sens : une tâche à laquelle il avait lamentablement failli jusqu’à présent. 

Plus il réfléchissait à la situation, moins elle lui semblait logique. Que Séraphin cherchait-il à faire en titillant à la fois Dariel et le Second Cercle ? Comment Éz avait-il pu autant sous-estimer son ennemi alors qu’il connaissait personnellement le warlock et l’avait facilement vaincu quelques années plus tôt ?

Les derniers mots de l’enchanteur lui revinrent à l’esprit, le seul endroit où ils avaient été prononcés… « Ce ne peut être ! C’est impossible ! Pas… mon ami… sauve-toi ! Cours ! »

Les paroles d’Éz reflétaient clairement la surprise qu’il avait ressentie en se trouvant confronté aux pouvoirs inattendus de Séraphin et son avertissement à l’attention de Michael. Mais qu’avait-il voulu dire par « Pas… » Pas quoi ? Qu’aurait-il dit s’il n’avait été forcé d’interrompre sa pensée afin de mettre Michael en garde et de lui ordonner de fuir ?

Michael bâilla bruyamment, luttant pour conserver un œil ouvert durant le trajet. Il y avait tant de questions, et si peu de réponses.

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