La trinité maudite: Michael Biörn Volume 2 (French Edition)
Chapitre 10
Lucy et Olivia posèrent leurs plateaux sur l’une des rares tables libres de la cafétéria et s’assirent côte à côte pour faciliter le dialogue au milieu du brouhaha des conversations des centaines d’étudiants qui y déjeunaient.
— J’avais remarqué que tu mangeais beaucoup plus qu’avant, mais je pensais que c’était lié aux décès de papa et maman, dit Lucy en indiquant le plateau surchargé de sa sœur.
Olivia haussa les épaules, gênée.
— Au moins, il y a du positif dans ce que tu es en train de vivre. Tu peux te goinfrer comme un cochon sans prendre un gramme. Tu sembles plus mince qu’il y a quelques mois.
— Crois-moi, c’est bien le seul avantage. Et j’y renoncerais volontiers pour être de nouveau normale, répondit Olivia, en espérant que sa voix ne trahisse pas la détresse qu’elle ressentait.
Elle n’avait pas confié à Lucy à quel point elle était malheureuse. Que sa nouvelle existence n’était qu’un cauchemar éternel dont elle ne pouvait même pas se libérer par le suicide. Il était trop tôt pour être totalement honnête envers elle. Olivia savait que malgré les apparences gaies et courageuses que Lucy affichait, elle était encore terrifiée par ce que sa sœur était devenue. Qui ne l’aurait pas été, d’ailleurs ?
— Ça vous ennuie si je m’assieds avec vous, mesdemoiselles ?
Les deux sœurs posèrent les yeux sur le garçon de taille moyenne, aux cheveux bruns, qui se tenait à côté de leur table, un plateau à la main : Matt Pearson. Olivia aurait dû le sentir arriver, mais elle ne maîtrisait pas encore totalement son sens aigu de l’odorat.
Elle lui montra une chaise et il prit place en face d’elles.
— Matt, voici ma petite sœur, Lucy. Lucy, voici Matt Pearson. Matt et moi sommes dans le même cours de biochimie.
— Ravi de te connaître, dit-il, en tendant la main vers Lucy.
— Idem, dit Lucie en hochant la tête.
— Alors mesdemoiselles, de quoi parliez-vous avant que je ne vous interrompe ? demanda Matt en se fourrant un quartier de pizza dans la bouche.
La question prit Olivia de court, mais Lucy choisit de répondre honnêtement.
— J’étais en train de dire à ma sœur que je suis jalouse de son métabolisme. Elle mange comme un ogre et n’en reste pas moins magnifique… Tu ne trouves pas ?
Visiblement gêné, Matt marmonna quelque chose entre ses dents pour signifier qu’il partageait l’avis de Lucy, tandis que le visage d’Olivia adoptait un rouge pivoine. Olivia gratifia Lucy d’un regard assassin auquel sa sœur répondit par son plus beau sourire.
Lucy termina son repas à la hâte dans un silence pesant, avant de prendre congé, prétextant être en retard pour son cours.
— Ta sœur sait mettre les gens à l’aise, dit Matt pour détendre l’atmosphère.
— Oui, elle sait y faire, approuva Olivia, en contemplant son assiette vide.
— Mais elle a raison. Tu es magnifique, dit-il, une lueur dans les yeux.
La remarque accentua encore davantage la rougeur des joues d’Olivia, mais cette fois elle s’en moquait.
— À quelle heure est ton prochain cours ? demanda Matt.
— Dans vingt minutes, répondit-elle en jetant un regard à sa montre.
— Je t’accompagne jusqu’à ta salle… si ça ne t’ennuie pas.
— Si tu veux.
Elle espérait que son émoi n’était pas trop flagrant.
Mais qu’est-ce que tu fabriques ? Tu sais parfaitement ce qui est arrivé à la famille de Michael. Et si la même chose se produisait pour toi ? Et ce pauvre garçon ? Mais sa bête intérieure repoussa rapidement toute pensée rationnelle.
Ils marchaient vers la sortie lorsque le visage d’Olivia perdit instantanément sa teinte de tomate trop mûre. Seul, assis trois tables derrière eux, se trouvait le mec iranien de la bibliothèque. Et même s’il s’évertuait désormais à regarder dans la direction opposée, Olivia était certaine qu’il les avait observés.
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