La trinité maudite: Michael Biörn Volume 2 (French Edition)
Chapitre 92
La colonne d’hommes, de femmes et d’enfants – certains âgés de quelques jours seulement – s’étendait sur un kilomètre et demi. Elle ne bougeait cependant pas et attendait patiemment que leurs meneurs s’accordent sur la meilleure façon de franchir l’obstacle qui s’étalait devant eux. Après des semaines passées à marcher sous le soleil torride d’Égypte, les esclaves fraîchement affranchis avaient enfin atteint la mer Rouge.
Le gigantesque groupe était déjà allé plus loin que ce que l’enfant avait supposé. Après la conversation qu’il avait surprise entre le magicien et le conseiller du Pharaon, il s’était attendu à avoir des problèmes depuis l’instant où le cortège mené par les deux frères avait quitté les terres de leurs oppresseurs.
Le dixième fléau avait fini par avoir raison de l’obstination du Pharaon. Dos au mur, le roi avait enfin libéré les esclaves, mais l’enfant savait que le Pharaon ne pardonnerait jamais cet affront. Quelqu’un devrait payer pour la mort de son fils et pour toutes les autres calamités qui s’étaient abattues sur le pays.
En réalité, on pouvait se demander si la responsabilité des récentes catastrophes était réellement imputable aux deux vieillards, mais le Pharaon ne se posait même pas la question.
La mère de l’enfant s’occupait des malades et des personnes âgées qui voyageaient en fin de cortège, et en bon fils, l’enfant restait à ses côtés. Alors que des milliers d’esclaves affranchis marchaient devant lui, seule une poignée le suivait. Mais l’enfant préférait cette position à l’arrière-garde de la colonne, car elle lui permettait de guetter l’arrivée d’ennemis éventuels.
Il fut parmi les premiers à repérer le nuage de poussière qui roulait au loin, et il sut aussitôt ce qu’il annonçait. Leurs poursuivants étaient encore à plusieurs lieues de là et ne paraissaient pas plus grands que des fourmis, mais avec leurs chevaux, ils rattraperaient son peuple d’adoption bien avant que ces derniers ne trouvent suffisamment de bateaux pour traverser la mer Rouge.
La mauvaise nouvelle se propagea le long de la colonne à la vitesse d’une étincelle remontant une traînée de poudre, semant la terreur parmi les migrants.
Le sol vibrait désormais sous les pieds de l’enfant au rythme des sabots des montures ennemies qui martelaient le sable. Mais leur rumeur sourde ne noyait pas encore les cris des enfants affolés par la panique de leurs parents.
L’enfant savait au fond de lui-même que le salut de ce peuple lui incombait. Il n’était pas revenu sur cette terre et en ces temps par hasard.
Il concentra toute son énergie sur le travail à accomplir. Vidant son esprit de toute pensée parasite, il se focalisa sur la mer. D’abord sur sa surface, puis sur sa profondeur. Dans sa tête, il visualisa l’immense volume d’eau dans son intégralité, avant de le diviser en une infinité de gouttelettes, chacune d’elles englobant un nombre astronomique de molécules. C’était à ce niveau qu’il devait opérer pour contrôler l’incroyable quantité d’énergie potentielle patientant dans ces eaux dormantes.
Il employa toute sa détermination à réorganiser les molécules d’eau, en envoyant certaines à droite, d’autres à gauche. Un travail titanesque, mais dont il était capable. Petit à petit, un chemin commença à se frayer face à la foule rassemblée. Il s’étendit rapidement et fut bientôt suffisamment large pour permettre à une centaine d’hommes de l’emprunter de front.
Les anciens esclaves ne perdirent pas de temps à essayer de comprendre ce miracle et se ruèrent en avant, tâchant de mettre autant de distance que possible entre eux et l’armée du Pharaon. L’arrière de la colonne était déjà à trente mètres du rivage quand les premiers cavaliers atteignirent la plage. Mais le chemin s’était refermé derrière les derniers esclaves. Et les quelques cavaliers qui tentèrent de les pourchasser furent forcés de faire demi-tour lorsque le niveau de l’eau frôla l’encolure de leurs montures et que celles-ci refusèrent d’avancer.
Son peuple désormais à l’abri, l’enfant prit le temps de se retourner pour observer leurs ennemis. Il fut envahi d’une grande tristesse lorsqu’il aperçut le magicien aux côtés du conseiller du Pharaon, tous deux parfaitement reconnaissables en dépit des masques recouvrant leurs visages.
Le magicien allait-il essayer de rompre le charme de l’enfant afin de les engloutir sous les flots ? L’enfant contemplait toujours la question lorsqu’un ours massif, sorti de nulle part, se matérialisa sur la plage et se rua vers le conseiller. D’où venait cette créature qui lui semblait si familière… et dont il connaissait même le nom : Michael.
L’ours atteignit rapidement le conseiller et le décapita de ses mâchoires puissantes sans le moindre effort. Le masque glissa lorsque la tête de l’homme roula au sol, révélant le visage de son vieil adversaire : Séraphin.
Ézéchiel ouvrit les yeux. Ses muscles étaient endoloris, mais il parvint à s’asseoir sur son lit au prix de quelques efforts. Il reconnut aussitôt l’endroit où il se trouvait, la clinique du palais de Dariel.
— Combien de temps suis-je resté inconscient ? demanda-t-il à Gweven à l’instant où le guérisseur entrait dans la chambre.
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