La trinité maudite: Michael Biörn Volume 2 (French Edition)
Chapitre 36
À 23 h, la rue principale était quasiment déserte lorsqu’Olivia la traversa d’un pas rapide, juste en face du bar à vin où elle avait rendez-vous. Bozeman était généralement calme à la nuit tombée, surtout en début de semaine.
Elle poussa la porte de l’établissement et sentit instantanément la chaleur de la pièce l’envelopper. Un vif contraste avec la température glaciale régnant à l’extérieur.
C’était sa première fois dans ce genre d’endroit et elle n’avait pas trop su à quoi s’attendre. Dans son esprit, les bars étaient synonymes de bruits, d’ivrognes, et de comportements abjects. Elle fut donc agréablement surprise en entrant dans le « bar ».
L’établissement, aux tons chauds de terracotta, était spacieux et diffusait une douce musique de fond. Tout dans la pièce contribuait à offrir une atmosphère calme et feutrée. Un barman se tenait debout derrière un comptoir de six mètres de long pendant qu’une serveuse solitaire s’occupait de la salle.
Olivia n’eut pas de difficulté à repérer Matt parmi la douzaine de clients répartis autour de quatre tables. Il était assis dans le fond de la salle, perdu dans ses pensées, sur un canapé d’allure confortable. Il ne la remarqua que lorsqu’elle prit place à ses côtés.
— Salut, toi, dit-il avec légèreté.
— Bonsoir, Matt.
— Désolé de ne pas avoir pu te voir plus tôt, mais je t’ai ratée à l’université et j’ai été pris tout l’après-midi.
— Rien de grave ? demanda-t-elle, désirant qu’il laisse échapper un détail qui pourrait confirmer ses doutes.
— Non, rien d’important. Alors, que se passe-t-il ? Tu étais très sérieuse sur le message que tu m’as laissé.
Prise de court, Olivia ne sut quoi répondre. Contre toute logique, elle avait espéré qu’il admettrait être un loup-garou, et que, partant de là, ils auraient pu discuter. Mais s’il n’était qu’humain, elle ne pouvait pas lui parler de ses problèmes.
La serveuse arriva pour prendre la commande, accordant ainsi un instant de répit à Olivia.
— Tu bois quoi ? demanda-t-elle à Matt.
— Un merlot. Il est très bon.
Olivia réfléchit un moment avant de commander un verre de pinot noir.
— J’ai été agressée aujourd’hui, dit-elle à voix basse, alors que la serveuse s’éloignait.
— Par qui ? Quand ?
La voix de Matt reflétait clairement l’inquiétude affichée sur son visage.
— Les deux mecs de l’autre nuit. Je suis allée au réservoir pour faire une randonnée, tôt ce matin, et ils me sont tombés dessus dans les montagnes.
— Tu es blessée ? Ils ne t’ont pas…
— Non, tout va bien. J’ai eu de la chance.
— Tu es allée porter plainte ?
— Non. Pas encore, je voulais d’abord t’en parler, mentit Olivia.
Aller voir la police n’était pas une option. La seule personne avec laquelle elle pouvait discuter de cela était Michael. Mais il y avait une différence entre savoir quoi faire et le faire pour de bon. Et elle ne se sentait vraiment pas prête à discuter de quoi que ce soit avec Michael. Pas encore. Elle était suffisamment forte et intelligente pour gérer ses problèmes toute seule. Après tout, c’était elle qui l’avait sauvé d’une mort certaine, quelques mois plus tôt, à Houston.
— Que s’est-il passé exactement ? demanda Matt, en prenant sa main dans la sienne.
Elle aimait la sensation que cela lui procurait, même si ses doigts étaient bien plus froids que les siens… Encore un signe qu’il ne devait pas être un loup-garou. Son métabolisme de garou la protégeait plus efficacement de la température que n’importe quel manteau.
Elle lui raconta toute l’histoire, omettant uniquement la partie supernaturelle du récit, et il l’écouta sans l’interrompre
— Ces deux abrutis ont amené leurs copines pour te tendre une embuscade ?
Matt paraissait incrédule, mais ne remettait aucunement en cause la véracité de ses dires.
— J’ignore si c’étaient leurs copines. Elles avaient un look gothique et ne semblaient pas particulièrement sympas. C’est tout ce que je sais.
— Et c’est une meute de loups qui est venue à ton secours ? Ne le prends pas mal, Olivia. Je ne mets absolument pas en doute ce que tu me racontes. Mais il faut que tu comprennes que c’est l’histoire la plus surprenante que j’ai jamais entendue.
Il semblait navré et serra sa main un peu plus fort.
— Ça paraît impossible. Crois-moi, je le sais ! Mais c’est la vérité. Ces loups m’ont probablement sauvé la vie.
Elle brûlait d’envie de lui dire que les loups qui avaient pourchassé ses assaillants – qui n’étaient autres que des vampires – n’étaient pas des animaux ordinaires, mais la vérité sonnait encore plus dingue que sa version édulcorée des faits. Elle ne pouvait tout simplement pas mettre Matt dans la confidence, sans risquer leurs deux existences. Elle pouvait encore entendre les avertissements de Michael sur ce sujet.
— Il faut que tu ailles voir les flics, Olivia. Il faut stopper ces types avant qu’ils ne s’en prennent à quelqu’un d’autre.
Elle hocha évasivement la tête. Avec un peu de chance, il oublierait cette idée. Elle ne voulait pas être obligée de lui mentir, en plus de tout le reste.
— Il commence à être vraiment tard, et nous avons cours demain, dit-elle, en regardant sa montre.
— Tu es venue jusqu’ici à pied ?
— Oui.
— Dans ce cas, je te ramène. En plus, il fait un froid de canard.
Ils se levèrent et se dirigèrent vers la porte, laissant là le verre de vin qu’Olivia n’avait pas touché.
*****
— Enfin libre ! dit Maya, dans un soupir de soulagement.
— Au moins pour quelques heures, répondit l’homme.
— Je t’en prie ! Pas la peine de me le rappeler ! J’ai déjà la nausée à l’idée de devoir retourner dans ce lit d’hôpital.
— Je suis sûr que ton père veut simplement protéger sa petite princesse, dit l’homme en souriant.
Maya leva les yeux au ciel.
— S’il avait vraiment désiré me protéger, il m’aurait légué ma dot depuis bien longtemps. Pour me savoir en sécurité, il lui suffisait de me transférer une fraction de ses pouvoirs pour mon centième anniversaire. Un bon père n’attend pas que sa fille soit sur le point de mourir pour agir. Un bon père fait d’abord tout ce qu’il peut pour s’assurer que son enfant ne se retrouve jamais dans une telle situation.
— Tu as eu le beurre et l’argent du beurre, au bout du compte. Alors, trinquons, dit-il en levant son verre de vin.
— Que veux-tu dire ?
— Je veux dire que tu as finalement reçu ta dot, et que tu n’as même pas eu besoin de remercier ton paternel.
— Je suppose que c’est comme ça que je devrais le prendre, répondit-elle, en souriant. Mais je te rappelle que nous n’avons pas beaucoup de temps, alors pourquoi m’as-tu amenée ici au lieu de m’emmener directement dans ton lit ?
— Cet endroit n’est pas si mal. Tu devrais essayer ce cabernet, réagit-il, faisant signe à la serveuse de lui apporter un autre verre.
— Bref, je dois regagner ma chambre d’hôpital dans moins de six heures si je ne veux pas que mon père lance une battue pour me retrouver. En attendant, raconte-moi ce que j’ai loupé. Ces communications mentales ne sont pas très efficaces. Il va vraiment falloir que tu travailles à éclaircir tes pensées pour que je puisse accéder facilement aux informations importantes.
— C’est toi l’experte, Maya. Je ne t’arrive pas à la che…
L’homme s’arrêta au milieu de sa phrase, subitement absorbé par quelque chose qui se trouvait derrière elle.
— Matt ? Qu’est-ce que tu fais ici ? lança-t-il.
*****
Matt et Olivia se retournèrent en même temps. L’homme qui avait interpellé Matt devait avoir dans les vingt-cinq ans et était de taille moyenne. Il avait les cheveux clairs, relativement longs, les yeux verts et le teint hâlé de ceux qui passent leurs journées à l’extérieur. Pourtant, son physique plutôt agréable n’était en rien comparable avec celui de la magnifique blonde assise à ses côtés.
— Je suis venu prendre un verre avec une amie, indiqua Matt en désignant Olivia. Nous nous apprêtions à rentrer.
— Installez-vous avec nous. Je veux te présenter quelqu’un.
Matt observa Olivia avec hésitation, comme s’il essayait de lire la bonne réponse dans ses yeux.
— D’accord, mais juste un verre, finit-il par dire, à la grande surprise d’Olivia.
Elle avait espéré que son regard implorant serait suffisamment parlant.
— Voici Maya, dit l’homme, tandis qu’Olivia et Matt s’asseyaient sur le canapé, de l’autre côté de la table basse.
— Enchanté, Maya, dit Matt en serrant la main de la jeune femme.
Olivia se contenta d’un signe de tête accompagné d’un sourire. Hypocrite, puisqu’elle n’avait aucune envie de faire la connaissance du couple.
— Olivia, voici Jake, un fervent grimpeur que j’ai rencontré sur une voie il y a quelques semaines. Jake vient de Purdue University. Jake, je te présente Olivia… une amie.
Matt avait hésité en prononçant ces derniers mots, et Olivia trouva cela plutôt encourageant. Peut-être la considérait-il comme sa petite amie, mais qu’il n’osait pas la présenter ainsi sans avoir préalablement obtenu son aval.
— Ravie de te rencontrer, Jake, répondit Olivia. Je ne savais pas que tu pratiquais l’escalade, ajouta-t-elle à l’attention de Matt.
— Ça m’arrive de temps en temps. Rien de sérieux.
— Ne crois pas un mot de ce qu’il te raconte. Il fait son modeste, l’interrompit Jake. Et toi, Olivia, tu pratiques l’escalade ?
Olivia secoua la tête.
— Absolument pas. À vrai dire, j’ai le vertige.
— C’est pas un problème, ça. Tu es ancrée durant tout le parcours. Tu ne peux pas tomber de plus de cinquante centimètres si ton assureur sait ce qu’il fait. Et je peux te garantir que Matt sait parfaitement ce qu’il fait. Je compte aller grimper dans les Bridger ce week-end. Vous devriez venir avec moi. On pourrait camper et passer la nuit.
Jake paraissait vraiment enthousiaste, en dépit du regard gêné de Matt et de l’expression indéchiffrable de Maya.
Olivia, de son côté, était partagée. Un week-end avec de parfaits inconnus ne l’emballait pas outre mesure, mais elle adorait camper, et l’idée de passer la nuit sous la tente de Matt ne lui déplaisait pas particulièrement.
— Je suis partante si tu l’es, dit-elle à Matt.
— Dans ce cas, tu peux compter sur nous, dit Matt à son ami.
— Je peux demander à ma sœur et à son copain de se joindre à nous ? ajouta Olivia après coup.
— Bonne idée ! Plus on est de fous, plus on rit ! répliqua Jake. Maya devrait également pouvoir venir. Il faut juste qu’elle demande d’abord la permission à son papa, dit-il en gloussant.
Pour toute réponse, Maya secoua la tête en levant les yeux au ciel.
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