L'intégrale de la série : Les demandes en mariage (Tomes 1, 2 & 3): la trilogie complète (French Edition)
Chapitre Onze
— L ord Worthing, attendez. Stratford avait récupéré son manteau et venait de s’engager sur les marches menant à la rue quand il se retourna pour voir Judith se précipiter après lui. Il n’avait aucune envie d’avoir cette conversation, mais il était préférable qu’elle ait lieu maintenant, au début de la saison, afin qu’aucune ambiguïté ne subsiste entre eux.
— Miss Broadmore.
Il descendit les trois marches restantes et attendit qu’elle le rejoigne avant de s’incliner brièvement devant elle.
Elle semblait à bout de souffle lorsqu’elle fit une révérence et il se demanda si elle était nerveuse. Il ne l’avait jamais vu autrement qu’en pleine possession de ses moyens, mais l’assurance qu’elle avait d’être une jeune et belle femme avait disparu après avoir passé plusieurs saisons sans trouver un bon parti.
Cette pensée vagabonde disparut lorsque Judith sourit à Stratford et glissa sa main sur son bras. Son assurance semblait se porter toujours aussi bien. Son toucher était douloureux, autant pour les souvenirs qu’il évoquait que pour sa certitude qu’elle n’était pas celle qu’il aurait souhaité à ses côtés.
— Je suis ravie de voir qu’en plus d’arriver à Londres pour le lancement de la saison, vous prenez part à ses évènements. Je ne nourrissais pas tant d’espoir vous concernant.
Judith serra amicalement son bras en parlant et Stratford ne lui répondit pas tout de suite. Être conscient des mots à dire ne les rendait pas plus faciles à prononcer.
— Où sont passées vos réponses spirituelles ? demanda-t-elle avant de prendre une profonde inspiration en regardant les étoiles. Vous souvenez-vous de cette fois où nous avons été surpris par la pluie en revenant de Hyde Park ? C’était pratiquement à cette époque de l’année. Nous nous sommes arrêtés chez le boulanger et vous m’aviez acheté une tartelette aux fraises à déguster pendant que le ciel se déversait à l’extérieur. Elle le regarda, un sourire intime aux lèvres. C’est le jour où vous m’avez demandée en mariage.
Stratford retira sa main de son bras et lui fit face.
— Miss Broadmore, il est préférable de tirer les choses au clair avant que la saison ne commence, afin que ne demeure aucune ambiguïté entre nous. Il s'arrêta, hésitant une seconde, puis insista lourdement sur ses mots. Tout espoir pour nous est vain.
Les lèvres de Judith s’incurvèrent en un sourire tremblant.
— Comme cela vous ressemble d’aller droit au but, Stratford. Vous auriez pu simplement vous prêter au jeu, me traiter comme un vieil ami, pour m’épargner l’embarras d’une confrontation.
Quelle que soit l’amitié que nous ayons pu avoir, elle a disparu depuis belle lurette. Judith le tentait toujours, et c’était justement la raison qui l’incitait à établir des limites franches. Il savait que conserver une potentielle relation avec elle ne pourrait que conduire à une peine de cœur — la sienne. Stratford secoua la tête.
— Loin de moi le désir de vous embarrasser, mais vous devez savoir où nous en sommes.
Judith sembla attendre qu’il en dise plus, mais toute autre parole ne ferait qu’empirer les choses. Il s’inclina brièvement devant elle et tourna les talons pour s’en aller.
— Je vous souhaite une excellente soirée.
LE SALON CONTENAIT un modeste étalage de fleurs envoyées chaque jour par des admirateurs depuis la réception chez Mrs. Jenkins. Eleanor et Lydia avaient à peine eu le temps de s’asseoir pour les visites matinales que Mr. Braxsen et le commandant Fitzwilliam furent annoncés. Eleanor chuchota à Lydia avec un sourire malicieux :
— Ils sont ici, enthousiastes et ponctuels, malgré le fait qu’ils te verront ce soir au bal. Je suppose qu’ils souhaitent prendre de l’avance sur les autres avec une attaque anticipée.
— À moins qu’ils ne soient là pour toi, répliqua Lydia sans conviction, mais dépourvue de malice. Et c’est notre bal de débutante à toutes les deux.
Eleanor haussa légèrement les épaules, mais adressa un sourire à son amie, qui s’agrandit quand la porte s’ouvrit, laissant apparaître le commandant Fitzwilliam qui marcha à grands pas vers Lydia.
— Monsieur Braxsen, Commandant Fitzwilliam. Lydia offrit à chacun sa main. Je crois que nous vous verrons tous deux à notre bal ce soir ?
— Nous sommes venus voir si nous pouvions vous être d’une quelconque aide.
Le commandant Fitzwilliam manœuvra pour s’asseoir près d’elle sur le sofa, faisant preuve de plus d’adresse qu’il n’en avait encore montré en sa présence. Ou de plus de détermination.
Lydia, n’étant pas indifférente aux attentions du commandant, se redressa.
— Il me semble que tout est sous contrôle. Nous avons la chance d’avoir Frederick pour superviser tous les détails avec Mère, dit Lydia puis fit une brève pause, en tapotant son gant. Bien sûr, il est plus occupé qu’à l’accoutumée.
Mr. Braxsen s’appropria la chaise à côté d’Eleanor et raconta d’une voix traînante :
— Oui, j’ai vu votre frère au Brooke pariant sur la jument de Milford contre celle de Dalton. J’ai pu constater qu’il était entièrement dévoué à la réussite de votre bal.
Eleanor étouffa un rire et étudia le visage de Mr. Braxsen, se demandant ce qui l’avait amené à venir. Il était évident qu’il n’avait pas d’inclination véritable pour Lydia, mais il ne semblait pas suffisamment généreux pour accompagner un ami épris.
— Viendrez-vous ce soir, monsieur Braxsen? demanda Eleanor, déterminée à être aimable.
— Indubitablement, répondit-il.
Il joua avec la montre à gousset attachée à son gilet pendant que Lydia et le commandant courbaient leurs têtes l’un vers l’autre pour converser, laissant peu de place pour une troisième personne. Eleanor croisa les mains sur ses genoux et patienta, mais Mr. Braxsen semblait se contenter d’étudier le salon en silence.
Elle soupira. N’y avait-il aucun homme à Londres apte à la conversation ? Lydia faisait la conquête de tous les hommes qu’elle rencontrait. Avec Eleanor, les hommes semblaient s’ennuyer. Comme si je ne méritais pas le moindre effort.
Mais il y en avait un. Malgré tous ses torts, Lord Worthing, au moins, ne l’avait pas ignorée.
LA DOMESTIQUE de Lydia fit glisser la robe d’Eleanor sur ses bras tendus. La sous-robe en or pâle aurait été camouflée par la parure blanche, si des boutons de rose dorés n’avait pas retenu le tissu dans des dizaines de petits points. La soie dorée constituant le corsage de la robe était pudiquement dissimulée par un fichu en gaze blanc.
Cependant pas assez, pensa Eleanor se sentant dénudée.
Bien qu’elle sût qu’elle ferait pâle figure aux côtés de Lydia, elle était plutôt satisfaite de son apparence. Elle accrocha des pendentifs en or agrémentés de diamants à ses oreilles, ceux que sa mère avait laissés derrière elle dans sa hâte, et la domestique accrocha autour de son cou un petit collier de perles avec un pendentif en or assorti.
Comme prévu, Lydia éclipsa son amie quand elle fit son entrée dans le salon, en rose pâle avec une gerbe de fleurs dans les cheveux. Ses joues resplendissaient d’un éclat rosé naturel, contrairement au teint plus cireux d’Eleanor, et ses cheveux tiraient sur le noir, éclipsant une fois de plus le châtain clair d’Eleanor. Je suis heureuse que Lydia soit si belle, se dit Eleanor, désirant être généreuse.
Lord Ingram, vêtu d’une veste noire impeccable et une cravate aussi blanche que neige, s’éloigna de sa mère près du feu et s’avança vers elle, saluant sa sœur d’un baiser sur la joue avant de s’incliner sur la main d’Eleanor.
— Les brunettes sont à la mode cette année et je m’attends à ce que notre demeure soit le centre de la bonne société avec deux beautés pareilles.
Malgré son sourire, Lord Ingram avait une minuscule ride de froncement de sourcils entre les yeux et Eleanor se demanda si elle était causée par le stress de recevoir. À l’exception de la courte conversation qu’ils avaient eue à son arrivée, elle n’avait fait que l’entrapercevoir depuis.
Lydia sortit sa lèvre inférieure.
— Comment peux-tu dire cela ? Tu sais que Mary Wexby a ébloui le Tout-Londres avec ses cheveux blond pâle, tellement que la ville n’a d’yeux pour personne d’autre.
— Mais pour mieux vous distinguer, très chère, dit Lord Ingram avec sincérité.
Quelle chance d’avoir une famille !
Lydia s’exclama :
— J’ai presque oublié mon petit bouquet de fleurs.
Elle se précipita en direction du coin de table où le petit arrangement patientait.
— Voudriez-vous un peu de sherry, Mère, avant que nous ne prenions position dans le hall d’entrée ?
Lord Ingram semblait déterminé à faire les choses correctement maintenant qu’il était vraiment présent.
Lady Ingram accepta un minuscule verre de sherry.
— Il est préférable que vous preniez un gâteau avec votre cordial, jeunes filles. Accueillir les invités va nous prendre des heures et je ne souhaite pas que vous vous évanouissiez.
La maîtresse de maison avait dit vrai. Après deux heures passées à accueillir les invités dans le hall près de la porte d’entrée, Eleanor commençait à forcer son sourire. Au moins, elle était près de l’entrée où l’air frais se déversait dans la résidence étouffante équipée de cheminées aux feux crépitants dans chaque pièce. Elle respira l’air frais et ressentit un frisson de nervosité. Lord Worthing n’avait toujours pas fait son apparition et elle s’était convaincue qu’il viendrait, considérant ses liens étroits avec la famille Ingram. Eleanor n’était pas certaine de la raison pour laquelle elle souhaitait le voir et se persuada que c’était parce qu’elle connaissait peu de monde. Elle ne voulait pas admettre que tout semblait plus intéressant quand il était dans les parages.
— Mr. Amesbury, Mr. Ashton, annonça le valet de pied, continuant à déclamer chaque nom avec appréciation, sans montrer le moindre signe de fatigue.
Lydia fit la révérence tandis que Mr. Amesbury s’inclinait sur sa main et embrassait l’air au-dessus.
— Comment allez-vous ? Monsieur Amesbury, puis-je vous présenter mon amie ?
— Nous nous sommes déjà rencontrés, dit-il. Miss Daventry, je regrette que nous n’ayons pas eu plus de temps pour converser lors de ce dîner.
Quel culot ! Ils avaient eu pléthore d’opportunités, mais il avait simplement été trop répugné par l’ascendance d’Eleanor pour agir comme un gentleman. Elle pouvait deviner ce qui avait provoqué ce changement.
— Bonsoir, monsieur Amesbury.
Ne se rendant pas compte de son manque d’enthousiasme, Mr. Amesbury inclina sa tête en direction du carnet de bal autour de son poignet.
— Permettez-moi de réclamer une danse.
— Je crois que mon carnet est plein, monsieur…
Elle ne fut pas capable de finir sa phrase avant qu’il ne fasse glisser le carnet de son poignet et ne l’examine.
— Non, regardez ici. Il reste une danse, même si ce n’est qu’une reel écossaise. Je n’ose demander votre main pour l’une des valses, je suis certain que Lady Ingram ne le permettrait pas. Dieu merci, ajouta-t-il en notant son nom sur le dernier emplacement disponible.
— Vous m’honorez, monsieur.
Les mots venaient à peine de quitter ses lèvres quand le valet de pied annonça :
— Lord Worthing.
Malgré elle, le cœur d’Eleanor fit un bond. Je dois apprendre à être moins transparente, pensa-t-elle. Il serait humiliant que Lord Worthing devine le plaisir que me procure son arrivée ; une émotion qui ne rendait pas honneur à la dignité d’Eleanor.
— Madame, vous surpassez tout le monde ici présent.
Des mots qui semblaient trop désinvoltes pour Lord Worthing, mais c’était bien lui qui s’inclinait sur la main de Lady Ingram avant de tendre la main pour serrer celle de Lord Ingram.
— Frederick. Magnifique succès.
— Stratford, dit Lady Ingram, une désapprobation évidente dans la voix, nous avions presque abandonné l’idée de vous voir arriver. Cela ne vous ressemble pas d'arriver si tard à une fête, ajouta-t-elle avant que son attitude ne change complètement. Ah, je vois que vous n’êtes pas seul dans votre négligence. Monsieur Brummel, vous voilà finalement parmi nous.
— Comme vous le voyez, répondit Mr. Brummel en jetant un coup d’œil à Lydia. Et peut-être vais-je rester.
Le gentleman vêtu de manière exquise était flanqué d’une petite cour de gommeux, vêtus avec goût, mais sans atteindre son élégance. Feignant l’ennui, les quatre hommes regardèrent le Beau qui leur fit signe en montrant l’intérieur. Avec seulement la plus légère des inclinations pour Lydia, ils disparurent dans le salon sans prêter attention à Eleanor.
Lady Ingram les suivit du regard, les lèvres pincées.
— Des manières plus que déplorables, je le sais. Mais la présence de Mr. Brummel assure le succès de votre bal, jeunes filles.
Eleanor haussa un sourcil.
— C’est le fameux Beau Brummel ? Je m’attendais à quelqu’un de plus impressionnant.
Le comte entendit ces mots et rit, les yeux plissés.
— Ne le laissez pas entendre ce que vous venez de dire, Miss Daventry. Vous seriez bannie de la ville.
Eleanor sentit les coins de sa bouche se relever, son rire la réchauffant telle une caresse. Voilà quelqu’un qui ne la trouvait pas ennuyeuse.
Lord Worthing se tourna ensuite vers Lydia avec un sourire chagrin.
— Pour ma part, hélas, j’ai moins de liberté qu’il n’en possède et j’ai dû le laisser passer en premier. Mes excuses, Lydia.
Elle n’en eut cure.
— Stratford. Nous vous attendions depuis des heures.
Ignorant sa remontrance, il lui donna un baiser chaste sur la joue.
— Phoebe m’a chargé de vous remercier pour votre message. Anna et elle sont toujours alitées à la suite d’un rhume et regrettent terriblement de manquer cet événement.
Tout signe d’irritabilité disparut et le visage de Lydia montra de l’inquiétude.
— Il est plus important que vos sœurs soient en forme pour leur bal la semaine prochaine. Si elles vont mieux pour recevoir avant celui-ci, alors je leur rendrai visite.
Lord Worthing acquiesça de la tête avant de se tourner vers Eleanor.
— Miss Daventry, vous êtes ravissante.
Son regard s’attarda sur sa poitrine exposée, avant de remonter sur son visage.
Eleanor prit une inspiration, l’air rentrant difficilement dans ses poumons.
— Lord Worthing, répondit-elle d’une voix calme, mais ses lèvres tremblantes la trahirent.
Il détacha son regard d’elle quand les portes de la demeure se refermèrent et que Lady Ingram détendit sa posture.
— Je pense que nous pouvons rejoindre nos invités à présent. Frederick, vous accompagnerez Lydia, dicta Lady Ingram avant de scruter le comte de ses yeux perçants. Stratford, vous êtes arrivé à point nommé. Vous pouvez escorter Miss Daventry au sein de l’assemblée.
Un émoi se fit sentir quand le groupe fit son entrée dans la salle de bal. Eleanor, peu habituée à être le centre d’une pareille attention, remarqua seulement qu’elle avait agrippé le bras du comte quand celui-ci lui tapota la main d’un air rassurant. Elle se força à se détendre. Heureusement, tous les yeux étaient sur Lydia qui descendait les escaliers aux bras de son frère.
Lord Worthing se pencha pour lui parler et Eleanor sentit la chaleur de sa joue à côté de la sienne.
— C’est tout naturel que je vous escorte dans la salle de bal, lui dit-il. Mon amitié avec la famille Ingram est de longue date. Nous étions voisins avant que j’hérite de Worthing.
Eleanor acquiesça. Il y avait, à présent, quelques regards curieux dirigés vers elle tandis que les invités se préparaient pour la première danse.
— Je pense que je n’aime pas attirer l’attention, dit-elle.
— Ce qui peut être difficilement évité lors de votre propre bal de présentation en société.
Elle lui adressa un sourire guindé.
— Quand bien même.
— Lady Ingram avait raison de dire que vous auriez toute deux du succès. Je vous félicite. Mais dites-moi, votre intimité avec la famille Ingram m’intrigue. Comment en êtes-vous arrivée à faire la connaissance de Lydia ?
— Nous sommes devenues amies à l’école. C’est aussi simple que cela, lui répondit Eleanor.
— Aussi simple que cela. Pourtant vous êtes très différentes. On ne s’attendrait pas à ce qu’une affection mutuelle se crée entre vous.
Lord Worthing la guida sur le côté afin de laisser des personnes passer.
— Lydia ne s’intéresse qu’aux frivolités et aux conquêtes amoureuses, mais vous semblez posséder une nature plus sérieuse. Il fit une pause avant d’ajouter, si vous me permettez de le dire.
— Pour autant que vous connaissez Lydia, je crains que vous ne vous soyez fourvoyé à son propos, rétorqua-t-elle, ses lèvres se pinçant un peu plus encore, si vous me permettez de le dire.
— Peut-être. Que Lydia souhaite vous inviter est une chose, mais que sa mère accepte en est une autre. C’est un mystère, réellement. Feu Lord Ingram était un homme généreux, mais Lady Ingram est lente à encourager une connaissance et encore plus lente à inviter quelqu’un en sa demeure.
Il fronça les sourcils, essayant de trouver la clé du mystère.
— Je suspecte qu’elle ait senti que vous ne représenteriez pas une réelle menace pour les chances de Lydia.
Eleanor fit un mouvement brusque et Lord Worthing la regarda, ses yeux surpris trahissant trop tard l'insulte involontaire et le regret qui s'ensuit. Avant qu’aucun des deux ne puisse parler, Frederick Ingram fut devant Eleanor.
— Miss Daventry, je crois que cet honneur est mien.
Eleanor, encore abasourdie par le coup, essaya de rassembler ses pensées éparpillées et de les mettre en ordre. Soit, monsieur. Vous souhaitiez me rappeler mon manque de fortune, de beauté et de perspectives. Je ne qualifierais pas cela d’un acte de repentance. Elle posa la main sur le bras de Lord Ingram et congédia Lord Worthing d’une voix froide.
— Je vous remercie de m’avoir escortée dans la salle de bal.
Avant qu’elle et Lord Ingram ne s’en aillent, Eleanor eut la satisfaction de voir un Lord Worthing sans voix.
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