L'intégrale de la série : Les demandes en mariage (Tomes 1, 2 & 3): la trilogie complète (French Edition)

Chapitre Quarante

 

E leanor se réveilla dans un lit étranger, bien après l’heure du petit déjeuner. Il lui fallut une minute pour se souvenir des évènements de la veille et où elle se trouvait. Elle était propre après le bain de la veille, et elle avait faim. De là où elle était, elle pouvait voir une robe qui n'était pas la sienne accrochée au dos de la porte. Peut-être que Phoebe l’avait laissée pour elle.

Malgré la bonté du geste et leur accueil la nuit dernière, Eleanor était consciente de sa place précaire au sein du foyer. N’étant pas un membre de la famille et venant tout juste d’être chassée de la maison où elle s'attendait à rester pendant toute la saison, et tout cela à cause d’un scandale, il était préférable que son séjour ici soit temporaire.

Tant qu’Eleanor ne connaissait pas les intentions de Lord Worthing, elle ne pouvait pas accepter sa place dans la demeure et n’osa même pas accepter la robe. À la place, elle se glissa dans sa robe de la veille et, avec elle, une couche de saleté, plus en surface que réelle salissure.

On frappa à la porte et une servante entra, portant une tasse de chocolat chaud et deux morceaux de pain beurrés.

— Bonjour, Mademoiselle. La cuisinière a demandé que je vous apporte ceci, expliquant que vous n'oseriez peut-être pas sonner.

Elle installa le plateau sur la petite table et se dépêcha d’aller aider Eleanor à boutonner le dos de sa robe.

— Je vous remercie.

Eleanor s’assit sur la chaise à côté de la petite table, reconnaissante de la prévenance de la cuisinière.

— Où se trouve Lord Worthing ? Et ses sœurs ?

— Mon maître est parti très tôt ce matin et n’est pas encore revenu. Et Miss Anna est allée rendre une visite et Miss Phoebe est partie au marché, répondit la domestique en faisant la révérence. Ce sera tout, Mademoiselle ?

Eleanor acquiesça, une pointe d’inquiétude entachant la joie qu’elle ressentait habituellement à prendre un petit déjeuner bien mérité dans un environnement agréable. Tout le monde avait repris le cours de sa vie, et elle ? Sa vie n’était pas ici. Eleanor se força à manger le pain et à boire le chocolat chaud, mais le petit déjeuner pesa sur son estomac.

Après deux heures sans le moindre son filtrant depuis l’extérieur de sa chambre, Eleanor commença à douter d’être la bienvenue. Cela avait commencé par un simple soupçon, cultivé par le silence et le manque de contact avec le monde extérieur. Si elle avait été importante pour Lord Worthing, il aurait été présent ce matin pour l’accueillir convenablement. Ou il aurait envoyé ses sœurs, s’il avait une affaire importante à traiter. Il avait dû l’avoir sauvée parce qu’il était un gentleman, sur la base de son lien avec son oncle, et non en tant que prétendant.

Soupirant, Eleanor se dit que la chambre allait bientôt ressembler à une prison, tandis que le sentiment qu’elle n’avait pas de statut légitime pour l’occuper commençait à prendre de plus en plus d’ampleur. Que pouvait-elle faire ? Elle n’avait pas de malle, peu d’argent… Cela ne lui prit qu’un instant de réflexion.

Rassemblant son châle et son réticule, Eleanor ouvrit la porte donnant sur le couloir. Lydia l’aiderait certainement ; si seulement Eleanor pouvait lui parler. Aucune âme n’était en vue tandis qu’elle descendait les escaliers et, au rez-de-chaussée, elle regarda la rangée de portes en bois s’étirant le long du corridor. Allait-elle oser les ouvrir sans savoir où elles conduisaient ou si quelqu'un se trouvait derrière elles ?

À son grand soulagement, le majordome sortit d’une pièce et, après l’avoir repérée, la rejoignit rapidement.

— Mademoiselle, puis-je vous être utile ?

Eleanor lui sourit.

— Si vous pouviez me conduire au petit salon et me procurer une plume et de l’encre, je vous serais reconnaissante d’envoyer un mot à la demeure de Lord Ingram.

— Bien évidemment, Mademoiselle. Si vous voulez bien me suivre.

Le petit salon était d’une nuance joyeuse de jaune, avec une grande fenêtre donnant sur la rue humide. Elle remarqua les couleurs chaudes, mais la pièce déserte avait une apparence lugubre en raison de la pluie tonitruante à l’extérieur et qui n’avait pas encore montré de signes d’accalmie. Collins ouvrit le tiroir du secrétaire et en sortit du papier et une plume. L’encrier était plein.

— Je ferai envoyer votre lettre dès que vous aurez fini de l’écrire, Mademoiselle.

— Je vous remercie.

Eleanor prit place au bureau et trempa la plume parfaitement taillée dans l’encrier.

Lydia,

Je dois rejoindre ma tante à Bath. J’ai suffisamment d’argent pour aller jusque là-bas en malle-poste, mais j’aurais besoin que l’on m’envoie ma malle. Aurais-tu la bonté de l’envoyer à la charge de Mrs. Renly sur Abbey Street ?

Avec toute mon affection,

Eleanor

La lettre suivante fut plus difficile et elle s'arrêta pour réfléchir avant de l'écrire.

Lord Worthing,

Vous avez été aimable et généreux tout au long de mon séjour à Londres et je vous suis excessivement reconnaissante pour votre amitié, ainsi que pour mon sauvetage de la nuit dernière. Je crains de ne pouvoir abuser plus longtemps de votre bonté ou de celle de vos sœurs. J’ai pris la malle-poste pour rejoindre ma tante à Bath.

Elle trempa la plume et essuya l’encre avant de poursuivre.

Je vous prie de transmettre ma gratitude et mon respect le plus profond à vos sœurs et sachez que je suis, dorénavant,

Vôtre,

Eleanor Daventry

Scellant les deux lettres, Eleanor quitta le petit salon et les donna au majordome, qui patientait hors de la pièce.

— Celle-ci est pour Miss Lydia Ingram et la seconde… Pourriez-vous la remettre à Lord Worthing ?

Elle noua son bonnet sous son menton, se sentant à la fois trop apprêtée et débraillée dans ses vêtements de la nuit dernière, et coinça son réticule sous son bras. Alors qu’elle atteignait la porte, Collins s’arrêta avant de l’ouvrir.

— Ne devrais-je pas appeler un transport pour vous, Mademoiselle ? Je crois que Lord Worthing le préférerait.

Eleanor s’apprêtait à refuser, mais décida qu’il était préférable de ravaler son orgueil. Cela ne ferait aucun bien à sa réputation si elle venait à être vue, sans chaperon, marchant dans la ville sous la pluie, particulièrement après le scandale de la veille. Était-ce seulement la nuit dernière ?

— J’en serais vivement reconnaissante. Je dois rejoindre la malle-poste, dit-elle.

— Très bien, Mademoiselle. Je vais faire venir la voiture et m’assurer qu’une domestique vous accompagne jusque là-bas.

Eleanor acquiesça d’un signe de tête et patienta près de la porte, ne sachant pas si elle souhaitait que sa fuite soit interceptée ou non.

 

STRATFORD ARRIVA en fin d’après-midi, alors que la pluie torrentielle s’était changée en crachin. Il réfléchissait au moment opportun pour faire sa demande à Eleanor, imaginant des scénarios variés ; le meilleur d’entre eux étant celui dans lequel elle se jetait dans ses bras. Il avait hâte de la revoir en chair et en os après ce qui semblait être une journée interminable. Que pouvait-il dire pour qu’elle l’accepte cette fois-ci ? Il était pratiquement certain qu’elle lui retournait son affection, mais il ne pouvait en être sûr avant que les mots ne soient prononcés et qu’il ait sa réponse.

Ce n’est pas comme si son comportement passé avait été sans faille. Jamais dans l’histoire des demandes en mariage quelqu’un n’en avait raté aussi lamentablement qu’il l’avait fait la première fois ; il en était certain. À la minute où il passa la porte, Anna et Phoebe se jetèrent sur lui.

— Enfin !

— Stratford, tu dois partir sans attendre. Collins dit que Eleanor a rejoint la malle-poste. Voici sa lettre.

Avec un juron, Stratford s’empara de la lettre et lut attentivement son contenu.

—J 'ai peut-être encore le temps avant qu'elle ne quitte Londres, dit-il. Collins, faites venir mon autre équipe. Non, laissez. Je vais le faire moi-même.

Ses chevaux furent attelés en un rien de temps et il se hissa sur le siège, les conduisant en direction de la malle-poste. Maudissant à voix basse le retard pris, il se fraya un chemin dans les rues aussi rapidement que les autres attelages le lui permettaient, arrivant à la station à l’instant même où des personnes s’entassaient dans l’équipage encombré. Il lança ses rênes à un garçon et sauta à terre. J’arrive juste à temps.

Mais quand il regarda dans le wagon, puis au-dessus et même à la buvette, Eleanor était introuvable.

— Quand est-ce que la dernière est partie pour Bath ? demanda-t-il à l’homme tenant la buvette.

— Il y a une heure, monsieur.

Retenant sa frustration, il jeta une pièce à l’homme et rejoignit son phaéton, grimpa dedans et fit claquer sa langue pour stimuler ses chevaux. S’il était chanceux, il les rattraperait non loin de Londres.

Dès que Stratford eut quitté les rues fourmillantes londoniennes, la pluie incessante s’arrêta et l’air frais lui permit de réfléchir. Qu’est-ce qui l’avait poussée à quitter Londres sans attendre de le voir ? Quoi qu'il fasse, il devait conquérir son cœur. Il devait la convaincre qu’il n’était pas trop tard ; qu’il y avait de l’espoir pour eux. Les yeux plissés et la mâchoire serrée, il se fraya un chemin à travers la boue, répétant encore et encore ce qu’il voulait lui dire.

Un peu plus loin sur la route, il y avait un virage et, une fois qu’il l’eut dépassé, il s’arrêta brusquement. Là, face à lui, se trouvait la malle-poste avec tous ses passagers sur le côté de la route ; les hommes les plus forts essayant de pousser la voiture de l’endroit où la roue s’était retrouvée prise dans une profonde ornière.

Eleanor, mouillée de la tête au pied, tourna la tête vers le bruit émis par le phaéton de Stratford et ses yeux s’écarquillèrent.

— Monsieur, dit-elle, sous le choc lorsqu’il s’arrêta, et il pensa y apercevoir une lueur d’espoir.

— Je vous en prie, montez, Miss Daventry.

Sans attendre de réponse, Stratford descendit et l’aida à monter. La main de la jeune femme lui fit l'effet d'une décharge lorsqu'il l'aida à monter dans le phaéton. Je ne dois pas la perdre.

Il dirigea ses chevaux sur le côté et fit opérer un demi-tour à son phaéton dans l’herbe qui bordait la route, avant de décoller au pas de course, laissant la malle-poste et ses passagers derrière lui. Ni l’un ni l’autre ne dirent un mot alors qu’il conduisait, mais, quand il a pris le virage et a vu la route déserte s’étirer devant lui, il ralentit lentement ses chevaux et conduisit le phaéton dans une clairière sur le côté. En descendant, il enroula les rênes autour d’une branche de l’arbre le plus proche et contourna son attelage pour rejoindre le côté passager, la main levée.

— Miss Daventry, nous devons parler.

Eleanor était tourbillonnante d’émotions. Elle s’était seulement concentrée pour demeurer forte jusqu’à son arrivée à Bath, où elle aurait eu tout le temps dont elle avait besoin pour passer au crible ses pensées. Enfin, une fois qu’elle aurait trouvé un moyen d’expliquer à sa tante comment elle s’était retrouvée dans une situation aussi délicate. Cette pensée la rendait malade.

Intérieurement, elle avait reconnu avoir entretenu l’espoir d’une vie avec Lord Worthing et la nécessité de faire le deuil de cette perte. Elle devait accepter la place qu'elle aurait dans la société et s'attendre à des répercussions auxquelles elle n’avait peut-être pas encore pensé. Elle devrait décider comment gagner sa vie et découvrir ce qui pouvait être fait à propos de l’héritage dans le cas où il n’y aurait pas d’époux. Mais elle ne s’attendait certainement pas à l’arrivée de Lord Worthing. Il est venu.

Plaçant sa main dans la sienne, Eleanor descendit, sa robe trempée s’accrochant à ses jambes. Ses genoux étaient si faibles qu’elle faillit trébucher, mais Lord Worthing l’attrapa et la retint, laissant s’attarder ses mains autour de sa taille. Finalement, il la libéra, posa sa main sur son bras et fit un signe de la tête vers l’avant.

— Suivons ce chemin en direction de ces arbres.

Ils commencèrent à marcher et il s’éclaircit la gorge.

— Vous êtes partie.

Elle lui jeta un regard de côté avant de répondre :

— Je devais partir, monsieur. Je ne pouvais pas être une charge pour vous ou vos sœurs plus longtemps.

Il s’arrêta et se tourna vers elle, son expression frisant la colère.

— Pourquoi, au nom du ciel, pensez-vous que vous étiez une charge pour nous, Eleanor ?

Elle ne savait pas qu’il était possible que, malgré sa fureur, elle éprouve de l’euphorie. Mais la joie et l’espoir d'entendre son nom sur ses lèvres la suffoquaient presque.

— Vous n’êtes pas venu ce matin. Vos sœurs ne sont pas venues, répondit-elle d’une voix faible.

Lord Worthing reprit sa marche et elle le suivit.

— Je traduisais Jonathon Braxsen devant la justice ; c’est la seule chose qui aurait pu me garder loin de vous. Mes sœurs étaient occupées à rendre visite à chaque demeure de Londres dans le but de blanchir votre nom. Nous n’étions pas là parce que nous ne le pouvions pas.

Oh. Elle n’avait pas été oubliée. Mais peut-être… Peut-être que ses actes étaient simplement dus à un sens exacerbé de chevalerie. Eleanor devait lui assurer qu'elle irait bien, afin qu’il ne ressente aucune obligation envers elle.

— Vous n’avez rien à craindre en ce qui me concerne, déclara-t-elle. Ma tante va m’accueillir auprès d’elle. Et j’ai envoyé une lettre à Lydia, lui demandant d’envoyer ma malle.

À la mention de Lydia, Lord Worthing soupira, la voix tendue de frustration.

— Lady Ingram ne vous accueillera plus en sa demeure.

C’était exactement ce qu’elle avait craint.

— Je ne m’attendais pas au contraire, dit Eleanor.

Puis, son cœur se glaça de peur.

— Et Lydia ?

— Lydia, je suis heureux de le dire, n’est pas du même avis, mais elle ne peut contrarier sa mère alors qu’elle vit dans la maison de son frère, expliqua Lord Worthing cherchant son regard. Je pense qu’elle mettra tout en œuvre pour rester en contact avec vous. Enfin, ajouta-t-il, si vous le souhaitez.

— Oh, c’est le cas, assurément. Lydia est ma plus chère amie.

En effet, pensa Eleanor, à l’exception de vous, mon seul ami.

— Comme je connais Lydia, reprit-il, elle a l’intention de faire plus que correspondre. Elle a l’intention de vous rendre visite. Sa mère peut dicter qui demeure dans sa maison, mais Lydia dicte avec qui elle se lie d’amitié.

— Oh, j’en suis certaine, dit-elle avant de soupirer. Mais je n’ai pas encore décidé de ce que je vais faire ensuite. Je reconnais que j’avais gardé espoir que Lady Ingram me pardonne car il aurait été plus facile de trouver un poste avec son soutien. Désormais, je n’ai plus personne pour me recommander…

Lord Worthing ne la laissa pas finir.

— N’envisagez-vous pas le mariage ?

Eleanor fut stupéfaite de pouvoir continuer à mettre un pied devant l’autre en étant sujette à de tels tremblements. Comment suis-je supposée répondre à une telle question alors qu’il ne m’a pas fait une demande en bonne et due forme ? Après avoir pris une respiration tremblante, elle répondit :

— Personne ne m’en a fait la demande, monsieur.

Lord Worthing eut l’air surpris avant d’émettre un rire étranglé.

— Non ? Je tiens de source sûre que vous avez reçu pas moins de trois demandes en mariage, madame.

Choquée, Eleanor sentit la chaleur lui monter aux joues. Qu’il soit au courant des autres demandes en mariage… Qu’il fasse référence à la sienne à un moment pareil !

— Monsieur…

— Je vous en prie. Mettez de côté le « monsieur ».

Lord Worthing se retourna soudainement, la main d’Eleanor toujours coincée au creux de son bras.

— Ne m’appellerez-vous pas Stratford ?

Elle s’arrêta abruptement, son cœur battant si fort qu’elle était certaine qu’il pouvait l’entendre.

— Eleanor.

Une fois qu’elle eut levé les yeux jusqu’aux siens, Stratford prit une profonde inspiration.

— Vous avez dit un jour que vous vouliez vous marier par amour. Je… Je suis un orateur exécrable, mais je vous promets que je vous aime.

Stratford secoua la tête.

— Mes paroles peuvent être maladroites — en fait, je sais que je bâcle misérablement ma demande. Mais si vous voulez bien de moi, je vous promets de passer le reste de ma vie à vous montrer combien je vous aime, ajouta-t-il en affichant un sourire d’excuse.

Comme elle ne répondait pas, il prit ses mains dans les siennes, la voix suppliante.

— Miss Eleanor Daventry, commença-t-il, formellement, avec ses yeux refusant de libérer les siens. Moi, Stratford Joseph Tunstall, cinquième comte de Worthing, me présente — sobre — afin de vous prier d’accepter ma demande en mariage.

L’expression sérieuse sur son visage était insupportable et la bouche d’Eleanor se releva sur les côtés alors que la joie explosait dans sa poitrine. Une vague prise de conscience la traversa. Bien que leur connexion n'ait ni été instantanée ou facile, ils n’en étaient pas moins puissants. Depuis le début, ces liens inexplicables les avaient conduits l’un vers l’autre — et cela, malgré leur propre résolution contraire. Ces mêmes liens leurs permettraient de surmonter n’importe quelle tempête.

Incapable de le garder sur des charbons ardents — non pas qu’elle eut besoin de temps pour se décider — Eleanor leva les yeux sur les siens. Et avec des mots qui étaient plus murmurés que prononcés, elle répondit :

— Oui, Stratford. J’accepte.

Le comte laissa échapper un cri de joie. Il la souleva par la taille, la faisant tourner une fois autour de lui, en riant, avant de la reposer au sol, et sa jupe mouillée s’accrocha une nouvelle fois à ses jambes. Le seul bruit était celui des gouttes de pluie qui tombaient tandis que le vent murmurait à travers les feuilles de bouleaux. Stratford prit son visage entre ses mains, la retenant captive de son regard.

— Ceci, mon amour, est l’une des façons de vous le prouver.

Il se pencha vers elle et l’embrassa alors que l’esprit d’Eleanor s’emballait et ses genoux faiblissaient. Seules ses mains sur ses bras la retenaient debout. Ceci ! pensa-t-elle. Ceci est ce que l’amour doit être.

Comme Eleanor fondait contre lui, Stratford enroula un bras autour de sa taille et un autre autour de ses épaules afin d’approfondir son étreinte le plus possible. À l’instant où il allait se perdre dans le baiser, il y mit fin, la respiration difficile. Je ne dois pas oublier où je me trouve. J’ai suffisamment de temps pour faire d’elle ma femme. Il se contenta de repousser son bonnet pour pouvoir poser son front contre le sien, ses doigts caressant ses joues.

Et parce que cela ne suffisait pas à dompter ses nobles sentiments qui tournoyaient en lui et menaçaient de lui faire faire quelque chose de plus impétueux, il murmura :

— Je t’aime, je t’aime, je t’aime…

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