L'intégrale de la série : Les demandes en mariage (Tomes 1, 2 & 3): la trilogie complète (French Edition)

Chapitre Trente-deux

 

T ôt le matin, Stratford examinait méticuleusement les comptes dans la bibliothèque. Son attention ne cessait de s'égarer sur la colonne où était inscrit le revenu du hameau de Munroe. Désormais, l’argent allait directement dans une fiducie pour le futur époux de Miss Daventry et il refusait de s’attarder sur l’identité potentielle de ce dernier jusqu’à ce qu’il soit mis devant le fait accompli. Il avait demandé à Ingram si elle avait accepté la demande en mariage de Lord Carlton, mais Ingram avait haussé les épaules en disant que ce n’était pas son affaire. Dans tous les cas, rien n’avait été annoncé.

Quand les chiffres commencèrent à se brouiller sur la page, Stratford se leva. Phoebe devait être en train de prendre son petit déjeuner et pourrait l’aider avec la mission qu’il avait en tête. Il voulait voir s’il avait encore une chance avec Eleanor Daventry et, pour cela, il avait besoin de suffisamment de temps pour avoir une véritable discussion avec elle.

Stratford trouva Phoebe seule à table et fut soulagé de ne pas devoir faire sa requête sous le regard perçant d’Anna. Il se servit une tasse de café et s’assied.

— Je pensais que nous pourrions organiser un pique-nique à Mary-le-Bone. Tu as dit qu’il y avait une vieille forteresse que tu aimerais voir.

— C’était il y a quatre ans, Stratford, et j’y suis allée à deux reprises depuis, répondit Phoebe en souriant.

Peut-être vit-elle quelque chose dans son expression parce qu’elle le jaugea avec sagacité pendant une minute avant d’ajouter :

— Mais pourquoi ne pas y retourner ? Le temps est splendide et il est supposé demeurer ainsi tout au long de la semaine, après un printemps plutôt frais. Je vais voir si nous pouvons arranger quelque chose avec Anna. Qui d’autre aimerais-tu inviter ?

Il se gratta la tête.

— Eh bien, pourquoi ne pas l’organiser avec un groupe plus fourni ? Je souhaite parler davantage avec Braxsen de son séjour dans la péninsule et, où qu’il aille, le commandant Fitzwilliam y va aussi. Donc, quelles seraient les femmes qui conviendraient le mieux en plus d’Anna et de toi ? Je pense que Lydia pourrait aimer une telle sortie. Cela nous donnerait un nombre pair. Répondit Phoebe avec un sérieux remarquable.

Elle prit une gorgée de son café et s’essuya avec délicatesse les lèvres avec la serviette en tissu.

Stratford tambourina la table de ses doigts.

— J’ai remarqué que Mr. Richards était souvent vu en compagnie du commandant Fitzwilliam. Je crois qu’ils retourneront ensemble en Espagne cet été. Nous pourrions avoir de la place pour une dame de plus s’il vient.

Phoebe ne le déçut pas.

— Je suppose qu’il est naturel d’inviter Eleanor Daventry. Elle demeure avec les Ingram et nous resterions de ce fait en nombre pair.

— Oui, en effet, dit Stratford, enchanté d’avoir organisé la partie si simplement sans avoir révélé ses intentions.

Phoebe en discutera avec Anna et l’invitation viendra de ses sœurs, sans que personne ne se rende compte de rien.

— Disons samedi prochain ?

Stratford sortit de chez lui d’un pas léger. C’était tout naturel qu’il propose la sortie aux ladies de la demeure Ingram sans attendre, avant qu’elles ne fassent d’autres plans. Comme prévu, il les trouva dans le salon, car c’était l’heure d’affluence pour les visites du matin. Il avait seulement besoin de trouver un moment où personne ne serait dans les alentours. Quand il fit son entrée, en revanche, le salon était bondé de monde. Je n'aurai jamais l'occasion de lui parler à ce rythme-là.

— Bonjour Lydia.

Il s’inclina sur sa main. Ne gaspillant pas de mots pour quelqu’un qui était entouré de ses prétendants, il se dirigea vers Miss Daventry et fit de même. Son visage était levé vers le sien et il pensa déceler un regard suppliant dans ses yeux quand il lui toucha la main. Puis il jeta un coup d'œil au gentleman avec qui elle conversait. Pas étonnant. Il s’agissait de Monty Smith, qui avait la réputation d'être d'un ennui mortel.

— Worthing ! s’exclama bruyamment Monty. J'expliquais justement à Miss Daventry, ici présente, les complexités de l’éclairage au gaz. Elle n’avait jamais entendu une explication si détaillée, n’est-ce pas, Miss Daventry ? Hein ? Worthing, prenez une chaise. Je peux revenir en arrière au moment où je décrivais les becs de gaz et les valves, et comment ils s’assemblent. Je ne pense pas que Miss Daventry ait tout saisi la première fois…

Il regarda autour de lui en quête d’une chaise.

— Il ne semble pas y avoir de siège disponible pour le moment, mais si vous voulez bien vous mettre là…

— Désolé, Monty, le coupa Stratford, lui adressant un haussement d’épaules en signe d’excuse. Je suis ici pour voir Ingram et il a demandé que j’aille quérir Miss Daventry pour un service d’ordre domestique qu’il n’a pas pris le soin d’expliquer.

— Certainement, Lord Worthing.

Les yeux de Miss Daventry débordaient de gratitude tandis qu’elle se levait et fit un signe de tête à Monty.

— Un plaisir, monsieur, dit-elle en plaçant sa main sur le bras de Stratford.

— Lydia, appela Miss Daventry alors qu’ils passaient devant elle. Ton frère a besoin de moi. Je ne serai pas longue.

Entourée de prétendants, Lydia leur jeta à peine un coup d’œil.

Il conduisit Miss Daventry dans le couloir où il l’accompagna jusqu’aux escaliers, avant de lui faire face.

— Miss Daventry, dit-il solennellement. J’ai raconté une fable. Lord Ingram n’a pas demandé après vous.

Le rire de Miss Daventry se répercuta contre les murs, bien qu’elle essayât de le réprimer, et Stratford en fut si ravi qu’il ne put s’empêcher de rire à son tour, la tête penchée vers la sienne. Bien que son amusement se soit calmé, le sourire ne quitta pas ses yeux.

— Dans ce cas, vous m’avez sauvée, déclara-t-elle, des fossettes creusant ses joues.

— Sans personne pour l’écouter, Monty Smith ne restera pas plus de dix minutes et vous pourrez retourner sans encombre auprès de vos soupirants.

Elle leva les yeux au ciel.

— Mes soupirants. Évidemment.

Miss Daventry lui fit un large sourire et retira son bras du sien.

— Je vous remercie, monsieur.

— Je monte voir Ingram, mais il y a quelque chose dont je souhaiterais discuter avec Lydia et vous à mon retour, alors ne partez pas, lui annonça-t-il.

Elle inclina la tête et entra dans la bibliothèque.

— Je ne partirai pas.

En contraste direct avec l’exaltation de Stratford se trouvait Ingram, assis, droit dans son lit, froissant un morceau de parchemin après l’autre et visant l’âtre de la cheminée.

— Stratford, le salua-t-il. Entre. Me rendrais-tu service en ramassant les papiers qui ont atterri au sol et les jeter dans le feu ? Confidentiel, tu comprends.

— Es-tu certain que c’est avisé ? demanda Stratford. Il suffit que d’une seule boule enflammée roulant à l’extérieur de la grille et que ferais-tu ? Tu ne peux pas sortir d’ici.

— Oh, je suppose que quelqu’un viendra me tirer de là à temps, répliqua Ingram d’une voix apathique. Ou pas. C’est du pareil au même.

— Tu as le moral dans les chaussettes, toi, dis-moi ? commenta Stratford en ramassant les boules de papier qui avait manqué le feu et les jeta dedans. Combien de semaines supplémentaires dois-tu encore rester cloué au lit ?

— Le docteur a parlé de quatre semaines supplémentaires. J’ai besoin de quelque chose pour m’occuper l’esprit. Je ne supporte pas l’inactivité.

— Effectue des travaux d’aiguille, recommanda Stratford.

Comme cela ne suscita pas même un sourire, il continua :

— Je suis certain que Fitz te racontera tout quand il viendra, mais il fait toujours suivre Delacroix. L’homme est partout. Fitz a intensifié ses recherches en fouillant sa chambre quand il savait que Delacroix était sorti. Il n’a rien trouvé en sa possession. Rien qui pourrait le rendre suspect.

— Il pourrait déjà l’avoir envoyé… commença Ingram avant de s’arrêter brusquement. Non. Je suis sûr que Delacroix ne le confierait pas à quelqu’un d’autre. Il doit toujours l’avoir en sa possession. Je suis presque certain qu’il l’apportera aux Français en personne si cela vaut son pesant d’or. Le document est sûrement caché autre part ou alors il le garde sur lui.

— Ou alors de quelqu’un d’autre, déclara Stratford.

— Ou cela, concéda Ingram. Écoute. Demande à Fitz de continuer à suivre Delacroix, mais nous allons devoir étendre nos recherches aux idéalistes. Ceux qui n’ont pas besoin d’argent, mais qui vendent des informations pour le principe, expliqua-t-il. Ce qui est presque pire.

Stratford acquiesça.

— Nous aurons peut-être bientôt plus d’informations. Fitz a entendu des rumeurs et a expliqué que l’un de ses hommes pourrait avoir une piste sur la date de la prochaine tentative, ainsi qu’une description du voleur. Ne me demande pas comment, il ne m’a pas confié l’information. Il a dit qu’il viendrait aujourd’hui ou demain pour te présenter un rapport complet. Cela te gardera occupé.

Ingram soupira bruyamment.

— Oui, si nous avons une piste sérieuse. Mais je souhaite le faire moi-même. Et non le transmettre à d’autres personnes. Même à des personnes compétentes comme toi. Il inspecta soigneusement Stratford. Tu sembles de bonne humeur. C’est inhabituel pour toi d’être si joyeux. Que se passe-t-il ?

Stratford haussa les épaules.

— Rien. Mes sœurs organisent un pique-nique samedi et j’ai été chargé d’inviter Lydia et Eleanor… Miss Daventry.

— C’est Eleanor à présent ? souligna Ingram, le fantôme d’un sourire aux lèvres. Alors, tu emmènes ma sœur en promenade ? Ou Eleanor ?

— Les deux, répliqua Stratford. Ou plutôt, ce sont mes sœurs. Cela complètera notre groupe. Il y aura également Fitzwilliam et Braxsen.

— Tes sœurs ne connaissent même pas Fitz.

Ingram chercha à le percer à jour.

— Cela n’a rien à voir avec mon projet, n’est-ce pas ?

— Pas le moindre. Eh bien ! La pie bavarde doit être partie maintenant. Laisse-moi aller leur parler de la sortie. Je repasserai avant samedi, enchaîna Stratford avant que Ingram ne puisse poser une autre question

Il s’échappa et se dirigea vers le salon.

Miss Daventry était revenue et la pièce était vide à l’exception d’elle et de Lydia, en train de nouer son bonnet.

— Je disais justement à Lydia que vous souhaitiez nous parler, mais j’ai eu du mal à la convaincre d’attendre.

Miss Daventry tenait son propre bonnet dans ses mains.

— Oui, Stratford, de quoi vouliez-vous nous parler ? le questionna Lydia. Je dois passer un peu de temps dehors ou je vais devenir folle. C’est le jour le plus chaud de ce printemps.

— Je ne vais pas vous retenir, lui assura Stratford. Je souhaitais seulement vous inviter toutes les deux à une balade à cheval avec mes sœurs et moi samedi prochain. Nous voulons en faire une journée et emporter un pique-nique. Je crois que le commandant Fitzwilliam se joindra à nous, ainsi que Mr. Braxsen et son ami, Mr. Richards, dit-il, son regard cherchant celui de Miss Daventry. Nous serions enchantés que vous vous joigniez à nous.

Miss Daventry, les yeux illuminés, regarda Lydia, qui répondit en leurs deux noms :

— Cela semble charmant.

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