L'intégrale de la série : Les demandes en mariage (Tomes 1, 2 & 3): la trilogie complète (French Edition)
Chapitre 24
Harry se dirigeait vers le manoir de Durstead d'un pas décidé. Il avait été témoin des joues empourprées d’Anna la veille, alors qu’elle chevauchait à côté de son frère depuis Wroughton, et il avait décidé qu’il était temps de mettre les choses au clair. Son frère se jouait d’Anna. Harry pouvait lui-même le voir même si elle ne le pouvait pas. Il avait été témoin de situation similaire avec pléthore de femmes pleines d’espoir, maintes et maintes fois. Et cela s’était-il conclu par une demande en mariage ? Non. Des avances, tout au plus.
Harry venait voir Anna avec des intentions honorables. Non. Il s’arrêta de marcher du a la force de ses sentiments. Il venait à elle, prêt à lui offrir son cœur. Même si Anna n’était pas prête à s’engager avec lui, elle devrait savoir qui était Hugh, de crainte qu’elle ne soit influencée par un loup se dissimulant sous le vernis de son titre. Elle peut ne pas me choisir moi, mais laissons-la voir Hugh pour ce qu’il est véritablement. Le cœur de Harry s’accéléra quand il se souvint de la façon dont elle s’était immobilisée à son contact aux remparts.
Je ne pense pas qu’elle soit totalement décidée à me repousser.
Il quitta la route principale et bifurqua en direction de la propriété des Leatham. Après l’embranchement sur la route se trouvait un grand sycomore, dont le tronc s’était fendu en deux, formant un siège naturellement taillé. Harry s’arrêta pour reprendre son souffle et réfléchir à ce qu’il devrait dire et comment il devrait le dire afin de persuader Anna au mieux. Elle ne devait pas s’imaginer qu’il avait des arrière-pensées pour dénigrer son frère.
Harry appuya sa main contre le tronc du sycomore. Quand il leva les yeux, le souffle lui manqua. Là-bas, un peu plus loin sur le chemin interceptant le sien, Hugh se promenait avec Anna. D’un moment à l’autre, ils le verraient. Harry serra les poings. Quand Hugh prendrait-il congé ? Comment pourrait-il avoir un moment seul avec elle, avec lui ici ?
Harry savait qu’il les épiait, mais il ne pouvait pas s’empêcher de regarder les moindres mouvements d’Anna tandis que Hugh se tournait pour s’adresser à elle. Allait-elle donner la même réponse à Hugh qu’à lui-même ? Elle n’apparaissait pas particulièrement enchantée, ce qui le galvanisa. Mais le visage de son frère était préoccupant. Il n’avait jamais vu Hugh regarder avec une telle détermination l’une de ses toquades.
Sans prévenir, Hugh prit Anna dans ses bras et l’embrassa. Le sang de Harry se glaça. D’un seul geste magistral, Hugh venait de faire Anna sienne et Harry arrivait trop tard. Il n’avait pas besoin de preuve supplémentaire indiquant que ses espoirs étaient anéantis et, à cet instant, le chagrin et la fureur déchirèrent son âme. Il n’y avait aucun doute. Anna ne résistait pas. Elle ne se détournait pas.
Harry le fit.
Sans s’arrêter, il revint sur ses pas jusqu'au presbytère et lacéra de sa canne les touffes d’herbes brunis par deux semaines sans pluie. Harry enfonça davantage son chapeau sur sa tête et un recoin de son cerveau forma le souhait désespéré de ne rencontrer personne. Il ne pouvait faire face à une autre âme alors que ses épaules étaient recroquevillées sous le poids de la défaite. Tout le monde pouvait voir d’un seul coup d’œil qu’il venait de subir la plus sévère des déceptions.
Harry essaya de ralentir sa respiration alors qu’il continuait à avancer. Anna aimait Hugh, n’est-ce pas ? Bien entendu qu’elle l’aimait. Il l’avait vu de ses propres yeux se tenir debout, figée, pendant que son frère l’attirait dans une étreinte passionnée et la réclamait sienne. Serrant les poings, Harry sentit, plutôt qu’entendit, le sanglot étranglé s'échappant de sa gorge. À présent, tout devenait clair. Anna avait souri à la cour de Hugh dès leur première rencontre. Au moins, Hugh était honnête à propos de qui il était, n’essayant pas de dissimuler sa pairie en une tentative malavisée d’humilité. Et il avait été persistant dans sa cour. Harry l'avait vu de ses propres yeux. Et qui savait combien de fois ils s’étaient rencontrés sans que Harry ne soit au courant ?
Tout à coup, les joues rougies d’Anna sur la route de retour de Wroughton prenaient un tout autre sens. L'attention ne la mettait pas mal à l'aise. Elle était sous le charme.
Il avait été sot. Comment pouvait-elle ne pas aimer son frère ? Hugh était plus grand que lui d'une tête, il faisait tout comme il faut et il hériterait. Cela avait été mis dans sa tête dès son plus jeune âge. Hugh avait aussi une langue de vipère et pouvait abuser n’importe qui d’une simple tournure de phrase. Comment avait-elle pu être aveugle à cela ? Harry fouetta le tronc de l’arbre bordant le chemin et sentit une fissure se former dans sa canne. Il coupa à travers la prairie et poursuivit dans l’intimité des bois, où il s’arrêta et inspira à pleins poumons. Ses genoux faiblirent et il tomba contre un arbre. Il s’écroula sur le sol, gémissant, et mit sa tête dans ses mains. Il avait perdu Anna pour toujours.
Avant d’entrer dans la maison, Anna avait besoin de se remettre du choc et de la révulsion face au fait d’avoir été embrassée contre sa volonté. Elle partit dans la direction opposée de la demeure et marcha sur les chemins bordant le jardin d’hiver, l'esprit en ébullition. Avant de réaliser où elle allait, Anna se retrouva au bord du ruisseau, l’endroit qu’elle associait désormais à Harry. Elle s’agenouilla à côté de l’eau vive, ne se souciant pas des taches sur sa robe et enfonça les mains dans l’eau glacée pour se rafraîchir le visage. Ce ne fut pas suffisant. Elle se frotta furieusement le visage avec l’eau avant de se remettre debout et de s’avancer vers le pont.
Et si Harry s’y trouvait ? Confesserait-elle tout, y compris les sentiments qu’elle nourrissait pour lui et qu’elle ne pouvait plus nier ? Si une chose avait rendu cela limpide, c’était de recevoir les avances inopportunes d’un homme qu’elle ne désirait pas. Anna ne savait pas si elle serait suffisamment audacieuse pour se déclarer à Harry, mais elle n’en eut finalement pas l’opportunité. Le pont était vide, à l'exception d'un minuscule moineau qui s’était installé sur la rambarde avant de prendre son envol quand elle fit un mouvement soudain. Elle s’appuya contre le bois et écouta le clapotis de l’eau. Au fil des minutes, la source et le mouvement du courant la calmèrent.
Quand je verrai Harry, je saurai. Tout du moins, je pense que je saurai où en est mon cœur et si j'accepte sa cour. Je suis à présent seulement certaine de ne pas vouloir Lord Brookdale.
Anna regarda autour d’elle dans le vague espoir d’apercevoir Harry. Mais la seule chose que son regard rencontra fut l’eau et les bois, ainsi que l’occasionnel bruissement des feuilles au passage de quelques animaux forestiers.
Après une demi-heure, l’esprit d’Anna était plus calme. Elle retourna au manoir Durstead où elle fut accueillie par le silence. Emily devait se reposer. Sur le chemin du retour, Anna était arrivée à la conclusion qu'elle devait voir Harry sans tarder. Cela arrangerait tout. Peut-être viendrait-il lui rendre visite sans son frère, ainsi ils pourraient éclaircir les choses entre eux. À Barbury, il avait fait clairement savoir qu'il était toujours intéressé. Seule Anna s’était retenue de révéler son cœur.
Alors qu’un autre jour s’était écoulé, les sentiments d’Anna devinrent plus évidents. Elle désirait voir Harry, mais il ne vint pas. En son absence et dans l’excès de solitude, Emily se reposant plus qu’elle ne l’avait jamais fait, Anna eut tout le loisir de réexaminer son propre comportement. Elle devait admettre qu’il n’avait pas été exemplaire. Initialement, elle n'avait pensé qu'à punir Harry en s’engageant dans un badinage innocent avec Lord Brookdale. Elle avait joué avec le feu et s’était brûlée. Elle réalisait désormais qu’elle avait commis une erreur. Anna espérait que celle-ci n’était pas irrévocable.
Elle revit finalement Harry à l’église deux jours plus tard. Emily l’accompagnait, bien que ses douleurs se soient accrues, laissant Anna avec quelques doutes concernant la sagesse de sa décision de prendre la route. Emily maintint qu’il n’y avait pas encore lieu de s'inquiéter, mais son besoin croissant de repos et de calme démentait ses protestations. Anna n’avait rien confié à Emily sur les derniers événements de peur de la troubler. Et elle était trop heureuse de sa présence réconfortante à l’église pour insister afin qu’elle reste à demeure. Alors qu’elles s’installaient dans la rangée à mi-chemin du fond de l’église, Anna pouvait voir que Emily semblait blême. J’ai été égoïste, mais j’ai besoin d’elle. Je ne peux pas faire face à Harry toute seule.
Soudain, Harry se glissa à l’intérieur par la porte latérale à l'avant de l'église. Anna se sentit défaillir. Même dans sa robe cléricale, elle trouvait Harry incroyablement attirant, une pensée qu’elle bannit sans attendre. Ce n’était pas le lieu pour entretenir de telles pensées. Elle garda les yeux fixés sur lui, souhaitant qu’il la regarde, ce qu’il ne fit pas dans l’effervescence d’activité, avec les paroissiens s’installant à leurs places. Quand il se plaça finalement au centre de l’allée, son regard balaya la foule et se posa sur elle. Le cœur d’Anna se serra. Ce n'était qu'un regard glacial qu’il détourna rapidement lorsque Mrs. Banbury s’avança pour le saluer.
Anna continua à le regarder alors qu’il parlait, mais elle remarqua qu'il faisait un effort pour former ses traits afin de paraître intéressé. Harry n’était pas un comédien. Il ne pouvait pas facilement cacher ce qu’il ressentait, alors il devait tenter de la bannir de son esprit. Son frère a dû lui dire quelques mensonges.
La congrégation fut rappelée à l’ordre par les enfants de chœur portant les cierges jusqu’à l’avant pour allumer ceux se trouvant là-bas. Paralysée, Anna s’assit à côté d’Emily et écouta l’ensemble du service, répétant la liturgie par habitude. Elle ne savait pas si c’était son imagination, mais elle trouva moins de passion dans la voix de Mr. Aston. Il y avait certainement moins de rires dans l’église, mais elle supposait qu’il serait ridicule d’assumer que cela arrivait chaque semaine.
— Notre curé semble plutôt morose. Je suppose que tu n’en connais pas la raison, murmura Emily en se penchant vers elle.
Bien que ses sourcils fussent froncés par l’inquiétude, Emily semblait plus proche de son ancienne nature.
Anna garda ses yeux fixés devant elle et secoua la tête. Je peux seulement supposer que Lord Brookdale lui a menti. Il devrait être plus avisé et ne pas croire ce que lui raconte son frère.
À la fin du service, Emily et elle se déplacèrent vers la sortie. Anna ne sut pas si elle se réjouissait ou redoutait la rencontre avec Harry. La ligne de personnes paraissait interminable alors que Harry serrait les mains de tout le monde et échangeait quelques mots avec chaque membre de la congrégation, comme il convenait à un curé de le faire. Puis ce fut leur tour.
Harry se concentra sur Emily.
— J’ai peut-être des nouvelles pour vous, Mrs. Leatham. J’espère vous rendre visite demain. Cet après-midi, j’ai malheureusement un autre engagement.
En évitant avec soin son regard, Harry réussit à faire qu’Anna se sente étrangère à la conversation.
À ces mots, le visage d’Emily pâlit un peu plus. Elle attrapa la main d’Anna et la serra.
— Cela ne semble pas être de bonnes nouvelles, Mr. Aston. J’espère que mon époux… Avez-vous reçu une réponse définitive ?
— Non, pas cela, s’empressa de la rassurer Harry, réalisant ce que ses mots insinuaient.
Emily serra fortement ses mains devant elle.
— Je vous en prie, dans ce cas, venez dès que vous le pourrez, afin de mettre fin à mon incertitude.
Il opina.
— Je m’assurerai de venir. Opina-t-il avant d’adresser un autre signe de tête en direction d’Anna. Miss Tunstall.
Alors, c’était tout ce à quoi elle avait droit. Anna leva légèrement la tête, puis releva le menton et se tourna avant de révéler la douleur qui l'envahissait. Elle prit le bras d’Emily et, alors qu’elles sortaient de l’église, elle entendit un gloussement étouffé derrière elle. Quelqu’un avait remarqué qu’elle était tombée en disgrâce.
Elle savait qu’elle devait soutenir Emily, car elle n’avait pas l’impression que son amie recevrait beaucoup d’encouragement demain, mais le cœur d’Anna était brisé. Il la blâmait ! Il blâmait Anna pour une affaire qu’il imaginait entre son frère et elle, sans même prendre le temps de découvrir ce qu’il s’était véritablement passé. C’était le comble de l’injustice. Même si son frère l’avait faussement accusée, Harry aurait dû lui faire suffisamment confiance pour venir la voir et découvrir lui-même ce qu’il s’était produit.
Anna repoussa les sentiments douloureux qui la transperçait plus profondément qu’elle n’aurait pu l’imaginer et serra la mâchoire. Bien. Ce n’était pas comme si elle avait un jour sérieusement envisagé le mariage avec un simple curé de campagne. Une vague de chagrin la frappa ensuite et elle dut s’avouer que ce n’était pas vrai. Si les sentiments profonds faisaient autant mal, elle aurait mieux fait de ne jamais les ressentir.
Elles furent bientôt dans l’attelage, où Emily fut trop distraite par la révélation de Harry pour remarquer que quelque chose n’allait pas chez Anna.
— Que penses-tu que ça pourrait être ? demanda Emily dans un murmure essoufflé.
Elle remarqua les larmes d’Anna qui menaçaient de couler et se saisit des mains de cette dernière.
— Alors, tu es aussi effrayée que je le suis ? Ce doit être de terribles nouvelles.
Anna déglutit et cligna des yeux pour se débarrasser des larmes, reprenant le contrôle de ses émotions par la force.
— Non, ne pense pas le pire avant de savoir exactement ce qu’il en est. Je t’assure que ce n’est pas ce que je fais, dit-elle en essayant de sourire. Après tout, Mr. Aston a dit qu’il n’y avait pas de nouvelle définitive, alors tout espoir n’est pas perdu. Nous le saurons demain. Aujourd’hui, occupons-nous bien afin de ne pas nous laisser submerger par l’inquiétude. Peut-être vais-je écrire à Phoebe et tu peux raconter à ta mère la récolte exceptionnelle de prunes. Ensuite, nous jouerons au backgammon. Je pense que c’était Mr. Aston…Anna avala sa salive à ce nom, Mr. Aston qui a dit : « Ne vous troublez pas plus que de raison. Chaque jour apporte déjà son lot de peine. »
La collation de l’après-midi fut de pure forme, car chacune était perdue dans ses propres pensées. Leur amitié remontait à suffisamment loin pour qu’elles ne ressentent pas l’obligation d’entretenir une conversation sans intérêt. Et, quand Anna se retrouva finalement seule dans sa chambre, elle s’assit devant l'écritoire installé dans un coin et en sortit une feuille de papier crème.
Chère Phoebe,
Oh ! Comme tu me manques ! J’ai eu besoin de toi et je n’ai jamais ressenti ton absence aussi vivement. Tu remarqueras que, pour une fois, je ne plaisante pas. Mr. Aston, à propos duquel j’ai déjà écrit, le curé d’Avebury, n’est autre que le frère du marquis de Brookdale et le fils du duc de Kirby. Tu peux imaginer ma surprise quand je l’ai appris, car ce n’est pas un simple curé de campagne. Depuis la première fois où je l’ai rencontré, il ne m’a jamais donné le moindre indice sur qui il était. Je reconnais n’avoir pas apprécié être bernée et je n’ai pas ouvert mon cœur aussi volontiers que je l’eus fait par le passé, forçant Mr. Aston à refréner sa cour dans une certaine mesure. Je ne savais pas comment me comporter, car, vois-tu, j’en suis venue à être plutôt attachée à sa personne.
En revanche, le bon sens et moi avons apparemment pris des chemins séparés, car Lord Brookdale était prêt à intervenir là où Mr. Aston ne le faisait pas. Tu peux deviner ce qui s’est passé ensuite. Avec ma sottise coutumière, j’ai encouragé les avances de Brookdale, bien que mon cœur ne suive pas. J’ai été en effet bien sotte, ma chère Phoebe, car cela a conduit à une demande en mariage que je ne voulais pas ou, du moins, je pense qu’il s’agissait d’une demande en mariage. Je ne crois pas qu’il soit dépravé au point de m’offrir une carte blanche.
Et au lieu de me faire sa demande conformément à son statut de gentleman, d’une façon telle que j’aurais pu l’éconduire, il m’a prise dans ses bras et m’a embrassée de force. C’était la chose la plus désagréable à laquelle je n’ai jamais pris part. Ne le dis pas à Stratford, je t’en conjure. Je ne souhaite pas qu’il se sente obligé de défier Lord Brookdale en duel et de potentiellement faire d’Eleanor une veuve avant qu’elle ne soit une épouse. Tu me diras qu’une telle chose est impossible, bien sûr, mais, vois-tu, quand tu aimes quelqu’un, tu commences à imaginer ta vie avec cette personne. Alors il est inutile de dire qu’Eleanor ne sera pas veuve, même si ce n’est pas au sens littéral. Je divague et tu auras des difficultés à comprendre ma lettre. Mais n’en souffle mot à Stratford, car je suis parfaitement capable de gérer cette affaire moi-même.
Et, à présent, je vais me contredire. Je me sens entachée, ma chère Phoebe, et je souhaiterais que tu sois là pour me consoler avec ton calme et ton bon sens. Tu as toujours été une force stabilisante pour moi. Et tu vois ce qui se produit quand nous sommes séparées. Je perds tout sens commun. J’ai vu Mr. Aston à l’église et il doit être au courant. Oh, Phoebe, tu ne peux pas t’imaginer le regard qu’il m’a lancé. Je ne pensais pas que des yeux bruns si chaleureux pouvaient exprimer un regard si hivernal. Je suis éperdue de douleur. Et je crains que tu ne doives payer l’affranchissement d'une lettre illisible en raison de mes larmes. Je ne sais pas comment arranger cela et je souhaite seulement pouvoir rentrer à la maison. Cependant, même si tante Shae allait mieux, je ne pourrais toujours pas quitter Emily. En effet, la scarlatine a continué sa course au sein du foyer de sa sœur, et sa mère est retenue prisonnière auprès de ses victimes. Alors, je dois rester et faire face à mes actions passées.
Tu m’encouragerais à me montrer vaillante, j’en suis sûre. Je vais m’efforcer de l’être. Mais le cœur est fragile et faible, et je ne crois pas que le mien ait déjà souffert autant. Puisque j’avais commencé à croire que je n’avais pas de cœur, je suppose que c’est une excellente nouvelle de découvrir que finalement, j’en ai un. Je vais te laisser sur cette courte missive, car je n’ai pas l’énergie de rire de la folie des villageois d’Avebury ou d’écrire une autre anecdote insipide. Emily est pratiquement la même. Elle s’affaire et est déterminée à demeurer forte, mais un air de mélancolie s’est abattu sur la maison et c’est suffocant. Je ne suis pas certaine que je ne me remettrai jamais de cela.
Je crois que je vais avoir besoin de côtoyer à nouveau le beau monde pour retrouver mon équilibre.
Misérablement tienne,
Anna
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