L'intégrale de la série : Les demandes en mariage (Tomes 1, 2 & 3): la trilogie complète (French Edition)

Chapitre 21

 

 

Harry atteignit l’orée du bois sans en avoir conscience. Voir Anna dans l’un de ses endroits favoris avait été un plaisir tellement inattendu. De temps en temps, il s’était demandé si elle allait aussi loin et, aujourd’hui, quand le destin lui avait accordé sa chance, l’occasion avait semblé parfaite pour lui déclarer ses sentiments.

Cela ne s’était pas bien passé. Harry continua de marcher à vive allure, essayant de reprendre contrôle sur ses émotions avant se retrouver face à son frère. Il devrait simplement ralentir afin de ne pas arriver au presbytère avant d’être prêt, mais son cœur lui faisait bien trop mal et il avait besoin d’avancer. Il se souvint de la douceur de ses lèvres et de la gentillesse de son visage avant que la douleur ne le submerge à nouveau.

Je ne peux pas.

Il devrait abandonner. Il était évident qu’Anna ne s'intéressait qu'à Londres et tout ce que la société avait à offrir. Et Harry s’était lui-même promis à ne jamais se contenter d’une femme pareille. Sa femme ne serait pas tentée par le monde ; elle serait au contraire constituée de la meilleure qualité morale.

Cependant, malgré les meilleures résolutions de Harry et le caractère moins que parfait d’Anna, il ne pouvait s’empêcher de continuer à l’aimer. Ne lui avait-elle pas répondu quand il avait tenu son visage et l’avait embrassée ? N’avait-elle pas lutté contre elle-même avant de le repousser ? Il pensait que c’était le cas. Et elle l’avait appelé Harry. Même s'il était le plus stupide des mortels, il ne pouvait abandonner sa cour tant qu’il n’était pas certain de l’état du cœur d’Anna.

Harry se trouvait presque à son portillon quand le bruit d’une voiture attira son attention. Il se retourna et vit le maire. Bien que Harry ne souhaitât voir personne pour le moment, il savait d’expérience que M. Mayne irait droit au but.

— Bonjour, Aston. Salua le maire en soulevant son chapeau et lui adressant un sourire amical alors qu’il s’arrêtait. Je vois que vous venez de rentrer. J’espère que ma visite ne vous incommode pas.

Harry tendit la main pour s’emparer de la bride du cheval de tête du maire.

— Pas le moins du monde, dit-il poliment. Voulez-vous entrer ? Je suis certain que mon palefrenier est dans les parages.

— Cela est très aimable de votre part. Non, je ne vais pas vous déranger longtemps. Je suis venu avec cette tranche de lard promise par mon intendant et un rappel concernant le dîner de Mrs. Mayne. Je suis certain que l’invitation s’est égarée, avec vous courant partout dans Avebury pour vous occuper de vos paroissiens.

— Dieu du ciel, ai-je oublié de répondre ? s’enquit Harry, atterré.

Mrs. Mayne avait fini par organiser une petite soirée accompagnée d’un souper et Harry avait eu l’intention de demander à Anna si elle souhaitait y participer quand il l’avait rencontrée au village avec son frère et Mrs. Leatham. Mais il n’en avait pas eu l’opportunité.

— Je viendrai assurément. Veuillez transmettre mes excuses à Mrs. Mayne. J'ai toujours eu l'intention de venir, mais l'arrivée de mon frère a dû me déstabiliser.

— Eh bien, vous savez comme les femmes sont des créatures sensibles, dit Mr. Mayne, apaisé. J’étais sûr que ce n’était rien de plus et le lui ai dit moi-même. Il n’est pas dans l’habitude de Mrs. Mayne d’accueillir pour un souper et elle a ses doutes, pourrais-je dire. C’est ce projet d’école dans Haggle End qui l’a poussée à le faire. Elle souhaite remercier personnellement toutes les personnes qui l’ont aidée.

Le maire regarda autour de la maison pour s’assurer qu’ils étaient seuls.

— Votre frère est inclus dans l’invitation, bien entendu. J’espère qu’il ne méprisera pas un simple souper, ajouta-t-il à voix basse.

Probablement, mais il ne l’admettra pas, pensa Harry intérieurement.

— Je suis sûr que Lord Brookdale sera ravi de venir, rétorqua-t-il à la place.

— Bien, bien, acquiesça Mr. Mayne avant de reprendre son souffle. Je suis aussi venu vous communiquer quelques nouvelles. Vous devez savoir que les Bow Street Runners se sont installés dans l’auberge du village pour le moment. Ils ont décidé qu’il valait la peine de s’intéresser un peu plus attentivement à nos habitants, avec le pistolet volé à un lord de la région. Et, avec le mouchoir qu’ils ont trouvé, ils veulent débusquer son propriétaire. Avec ces deux preuves, ils pensent pouvoir reconstituer les faits.

— Le pistolet, je comprends, mais je trouve cela surprenant qu’ils choisissent de concentrer leur attention sur le bout de tissu. Chaque travailleur à Avebury en possède un similaire. Cependant, je ne vais pas pinailler sur leurs méthodes.

— Oui, opina le maire en observant Harry de près. Je dois dire, Aston, que vous semblez un peu pâlichon. J’espère que vos devoirs pour notre paroisse ne vous causent pas de surmenage. Je n’aimerais pas vous perdre.

Harry lui adressa un faible sourire et secoua la tête.

— Et si vous ne m’en voulez pas de le dire, ce dont vous avez besoin, c’est d’une épouse. Une Mrs. Aston se chargerait de répondre aux invitations et s’assurerait que vous soyez suffisamment nourri et reposé. Je suis certain que Mrs. Mayne s’opposerait à ma franchise, mais vous savez que j’ai toujours été ainsi. Je suppose que je ne devrais pas dire à un homme adulte ce qu’il doit faire, poursuivit Mr. Mayne.

— Non, vous ne le devriez pas.

Quand les mots furent prononcés, Harry réalisa qu’il avait été plus dur qu’il ne l’aurait aimé, mais le maire n’en prit pas ombrage. Il porta seulement sa main à son chapeau et le souleva.

— Sur ce, je vous dis au revoir. Nous serons heureux de vous voir chez nous pour le souper dans deux jours. Nous avons aussi invité vos amis de Londres, sir Lewis et Cranfield.

— Je suis certain que ce sera une soirée parfaite. Veuillez transmettre mes respects à votre femme, de même que mes excuses.

Harry regarda le maire s’en aller avant de se diriger vers la bibliothèque, où Hugh était assis dans le fauteuil de Harry. Ce n’était pas une surprise étant donné la façon dont sa journée s'était déroulée jusqu'à présent. Harry refusa d’être chassé de sa propre bibliothèque et s’avança jusqu’à son bureau, où il s’assit et sortit son livre de comptes.

— Je me dois de te dire que tu es invité à la maison du maire pour un simple dîner dans deux jours. Fais-moi savoir si je dois envoyer tes regrets.

Hugh leva les yeux du papier qu’il lisait.

— Tu aimerais cela, n’est-ce pas ? Mais je pense que je vais y aller. J’ai découvert ici une compagnie plus intéressante que ce à quoi je m’étais attendu quand je suis arrivé.

Harry était trop fatigué pour mordre à l’hameçon et se concentra sur le règlement de ses comptes. Il avait reçu la dîme de plus d’un paroissien, mais il n’avait pas eu le temps de les archiver. Une tâche pareillement ennuyeuse était justement ce dont il avait besoin.

Hugh plia son journal et regarda Harry.

— Je suppose que je devrais rendre visite à Miss Tunstall.

Le nom d’Anna sur les lèvres de son frère fut similaire à un couteau en plein cœur, mais Harry refusa de le montrer.

— Fais comme il te plaît.

Hugh ne quitta pas tout de suite la pièce, alors Harry supposa que c'était soit une menace vide pour le provoquer, soit que son frère n'était pas si sûr de son accueil au manoir Durstead, non pas qu’il se souciait habituellement d’une telle chose. Harry souhaitait presque le départ de Hugh, même si cela impliquait qu’il aille voir Anna.

Il avait besoin de mettre de l’ordre dans ces sentiments après leur dernière rencontre et il ne pouvait pas le faire avec son frère pendu à ses basques. Harry se força à mettre le nez dans les livres et à transcrire les comptes. Chaque fois que son esprit s’égarait, ce qui arrivait souvent, il se forçait à revenir aux colonnes de nombres.

— Comme tu sembles en colère, Harry ! Quelque chose te trouble-t-il ?

Hugh avait une jambe croisée sur l’autre et étudiait paresseusement Harry.

— Je ne sais pas ce que tu veux dire.

Harry conserva une expression impassible, mais l’effort lui coûta. À son soulagement, Hugh sembla devenir las à force de le provoquer et s’en alla peu après. Harry se retrouva enfin seul.

 

Deux jours plus tard, accompagné de son frère, Harry chevaucha jusqu’à la résidence du maire, où ils furent accueillis par les lumières s’échappant des fenêtres. Avec un peu de chance, Hugh et lui prendraient des chemins séparés à l’entrée et resteraient à bonne distance l’un de l’autre pendant l’intégralité de la soirée. Il devrait se concentrer sur son rôle de curé pour pouvoir soutenir les conversations polies et ne pas donner l’impression que quelque chose n’allait pas. Il n’avait pas revu Anna depuis ce jour sur le pont et il ne voulait pas voir son frère badiner avec elle. En même temps, Harry se demanda s’il avait manqué à Anna et si elle regrettait sa décision.

Sir Lewis et Julian vinrent ensemble et ils le saluèrent avant d’être écartés par Mrs. Rigby. Miss Rigby offrit à Harry un sourire amical, mais ne traversa pas la salle pour venir le voir, étant en pleine conversation. Sa sœur paraissait divisée sur la question de savoir si elle devait d'abord attaquer Hugh ou Jules. Il découvrit qu’il s’en moquait.

Quand Anna entra finalement dans la pièce, il fut difficile pour Harry de garder son cœur dans sa poitrine. Elle était aussi gracieuse dans la vie qu’elle l’était dans l’esprit de Harry et elle se déplaçait avec naturel d’une conversation à l’autre. Elle lui jeta un regard fugace et peut-être était-ce une pensée mélancolique de sa part, mais le bref coup d’œil avait paru aimable. C’était comme si elle nourrissait quelques regrets ou désirs. Peut-être qu’elle avait changé d’avis depuis leur rencontre au ruisseau. Au moins, il pouvait encore espérer.

Anna était venue à la soirée avec un objectif : savoir ce qu’elle ressentait pour Harry après l’avoir rejeté. Elle voulait voir comment allait réagir son cœur. Allait-il être problématique et s’imaginer être amoureux de Harry ? Ou resterait-il fiable et lucide ? Ses pensées s’étaient plus d’une fois égarées sur le souvenir de ses lèvres effleurant les siennes.

Anna déambula dans le salon, saluant les personnes qu’elle connaissait. Quand son regard atteignit le fond de la pièce, elle se tourna pour découvrir le regard de Harry fixé sur elle et elle regarda prestement ailleurs. Seigneur ! Elle avait sa réponse. Son cœur faisait plus de ravages à sa tranquillité d’esprit qu’elle ne l’avait imaginé.

— Eh bien, Miss Tunstall, commença Mr. Cranfield en s’inclinant devant elle, un moment est passé depuis notre dernière rencontre.

Anna afficha un sourire poli sur son visage. Elle ne se ferait plus duper par sa nature après l’avoir entendu avec Marianne Rigby, mais elle ne pouvait lui faire savoir qu’elle l’avait surpris, même si cela aurait été source de satisfaction.

— Comme il est bon de vous voir, Mr. Cranfield. Combien de temps allez-vous encore demeurer à Avebury ?

— Je pourrais vous retourner la question. Je vois que vous vous trouvez ici sans Mrs. Leatham, releva Mr. Cranfield.

— Mrs. Leatham est alitée ce soir. Je n’ai pas d’intention immédiate de m’en aller, mais je dois partir à la mi-septembre, car mon frère se marie.

Anna se tourna en voyant Lord Brookdale faire un pas devant elle.

— Cranfield. Bonsoir. Miss Tunstall. Vous êtes aussi rayonnante que de coutume.

Lord Brookdale s’empara de ses doigts et les embrassa alors qu’il s’inclinait sur sa main.

— Bonsoir, monsieur. N’est-ce pas une réunion trop minimaliste pour que vous y participiez ? Je ne pensais pas vous y voir.

L’esprit d’Anna tournoya tandis qu’elle débitait machinalement des mots. Elle avait seulement préparé son cœur à rencontrer Harry ici, pas son frère. Harry avait-il parlé à ce dernier de leur rencontre ? Anna pensa que non. Elle sentait bien trop de rivalité entre eux pour que Harry partage des confidences avec son frère.

— Puisqu’il n’y a pas d’autres soirées proposées ce soir, Avebury n’étant qu’un village, je peux très bien participer à celle-ci. Particulièrement quand il y a des personnes que je souhaite tout spécialement voir.

Le regard de Lord Brookdale était significatif et Anna lui retourna un regard surpris. Ses attentions, étant donné qu’ils étaient en public, se révélaient être bien trop marquées pour ce qui ne devrait être qu’un badinage inoffensif.

Le marquis détacha son regard d'elle et se tourna vers les gentlemen à ses côtés.

— Cranfield, Faure, justement les hommes que je souhaitais voir. Que dites-vous d'organiser une chevauchée en groupe vers le château de Barbury près de Wroughton ?

Mr. Cranfield jeta un coup d’œil à Sir Lewis qui avait rejoint leur groupe.

— Nous avions parlé de visiter Stonehenge, mais peut-être est-ce trop loin pour une sortie de groupe à cheval. Pouvons-nous tenter le coup, Lewis ?

Sir Lewis s’inclina devant Anna.

— Assurément. Nous pourrions faire un pique-nique en plein air.

Quand Lord Brookdale dirigea ses charmes sur Anna, elle se demanda à quel genre de jeu il jouait. Si elle ne savait pas mieux, elle aurait pensé qu’il organisait cette sortie pour elle.

— Miss Tunstall, j’espère que vous serez des nôtres, si nous pouvons persuader plusieurs autres jeunes ladies.

— Je suis pratiquement certain que Miss Rigby serait favorable à l’idée, murmura Sir Lewis.

Anna sourit dans sa direction.

— Cela me plairait beaucoup et particulièrement si Miss Rigby se joint à nous.

Sa conversation s’estompa en voyant Harry s’approcher. Anna ne put s’empêcher de lui adresser un sourire en coin, ce que Lord Brookdale ne sembla pas manquer. Anna espérait qu’il ne serait pas excessivement guindé après leur dernière conversation ; cela lui fendrait le cœur de voir la chaleur disparaître de son regard.

— Miss Tunstall, comment vous portez-vous ?

Harry s’inclina devant elle et quand elle leva ses yeux jusqu’aux siens, elle fut touchée par la sincérité qu’elle y vit. Il ne l’avait pas écartée.

— Je me porte très bien, merci, répondit Anna. Votre frère proposait à l’instant de chevaucher jusqu’au château de Barbury. Voulez-vous venir également ?

Anna savait que, par son invitation, elle donnait à Harry des raisons d’espérer, mais elle ne pouvait s’en empêcher. Elle souhaitait qu’il vienne. Il ne fallut qu’un coup d’œil à l’expression irritée de Lord Brookdale pour comprendre qu’il n’avait pas prévu d’inviter son frère. Elle fut heureuse de l’avoir fait. Bien qu’elle soit extrêmement flattée par l’attention de Lord Brookdale, il ne la mettait pas à l’aise comme le faisait Harry.

Le regard de Harry balaya son frère avant de se poser sur elle.

— Je ne voudrais pas manquer cela. Quand ?

— Vendredi, fut la réponse sèche de Lord Brookdale. J’aurais pensé tes devoirs paroissiaux bien trop nombreux pour entreprendre une telle sortie.

Harry sourit simplement avec gentillesse.

— Non.

Ils furent bientôt appelés à souper et Anna se retrouva assise entre Mr. Cranfield et Lord Brookdale. Elle aurait dû se réjouir d’être placée entre deux des plus beaux partis de Londres, mais son cœur n’y était pas. Des deux, elle préférait converser avec Lord Brookdale, sachant qu’au moins elle ne l’avait pas surpris en train d’exprimer une opinion désagréable à son sujet. Marianne, assise de l’autre côté du marquis, rit bruyamment ; un stratagème lui étant propre pour retenir l’attention de ce dernier.

Hester était assise de l’autre côté de Mr. Cranfield. Ce dernier tenta d’attirer l’attention d’Anna plus d’une fois, même si sa propre part de conversation aurait dû être dirigée vers Hester. Anna admira la tolérance de cette dernière, qui, même ignorée, demeurait gracieuse. Anna se résolut à passer du temps avec Hester quand les hommes et les femmes se séparèrent et elle en eut l’opportunité quand les ladies se réunirent dans le salon.

Hester se rapprocha d’Anna.

— J’ai cru comprendre que vous êtes invitée au château de Barbury. Sir Lewis m’en a parlé juste avant le souper et j’ai promis d’y aller.

— Oh ! J’en suis enchantée.

L’attention d’Anna fut attirée par Marianne qui ponctuait sa conversation de rires saccadés. Elle essaya de refréner son froncement de sourcils en réaction au bruit.

— À ce moment-là, je n’étais pas certaine de qui serait invité.

Hester sembla comprendre la direction prise par les pensées d’Anna et rit doucement avant de répondre.

— Mr. Cranfield a invité ma sœur et sir Lewis a été assez gentil pour m’inviter. Nous avons promis de parler à notre cuisinière pour contribuer à la collation. C’est plus aisé pour nous puisque nous ne vivons pas dans une maison de célibataire.

— Bien que Mr. Aston semble s’en sortir à merveille avec Mrs. Foucher, répliqua Anna.

— Je le crois aussi, dit Hester avant de froncer les sourcils. Comment s’en sort Emily ?

— Il y a des moments où elle est en nette amélioration. Elle semble supporter la pression. Dernièrement, elle se rapproche de ses couches et cela doit lui apporter une inquiétude supplémentaire.

Anna jeta un coup d’œil à Lady Allinthridge, assise en pleine conversation avec Mrs. Mayne.

— Pensez-vous que je pourrais convaincre Lady Allinthridge de tenir compagnie à Emily pendant notre pique-nique ? Elle semble avoir de l’affection pour elle.

— Je suis certaine qu’elle en sera ravie. Nous pourrons lui demander dès qu’elle sera libre, conseilla Hester.

Lady Allinthridge accepta le plan au moment où les hommes entrèrent dans la pièce. Elle présenta ses excuses et alla s’occuper de son mari, au prétexte qu’il avait développé une légère toux et qu’elle souhaitait qu’ils se retirent tôt. Lord Brookdale vit Anna se tenir seule et vint se placer à côté d’elle.

— Il semble que notre excursion se révèle un succès.

— Hum.

Anna regarda Harry en grande conversation avec Lord Allinthridge pendant que Lady Allinthridge se tenait patiemment au côté de son époux.

— Qu’est-ce qui vous manque le plus à propos de Londres ?

La question de Lord Brookdale prit Anna par surprise et elle lui fit face.

— Me trouver au contact du beau monde dès que je le souhaite, je suppose. Connaître les dernières nouvelles. Les bals qui durent jusqu’aux premières lueurs du jour. Les heures où il est bon d’être vu dans Hyde Park. Les tartes au citron de Gunter, récita Anna avant de rire. Je pourrais facilement continuer. La liste est plutôt longue.

— Exactement, confirma Lord Brookdale lui adressant un sourire paresseux, mais son regard la transperça. Vous feriez mieux de ne pas perdre vos objectifs de vue, ma chère Miss Tunstall.

Il n’eut pas besoin de jeter un coup d’œil en direction de son frère pour que son sous-entendu devienne limpide. Harry n’était pas le chemin qui la conduirait à toutes les réjouissances offertes à Londres.

Anna renifla. Elle ne prétendrait pas ne pas avoir saisi son insinuation, bien que cela ne le regardait pas. Elle devait néanmoins admettre qu’il y avait du vrai dans ses propos.

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