L'intégrale de la série : Les demandes en mariage (Tomes 1, 2 & 3): la trilogie complète (French Edition)

Chapitre Trente-trois

 

S amedi, le groupe se mit en route pour Mary-le-Bone de bon matin. Face à la promesse d’un bon galop, pas même Lydia ne s’était attardée pour le petit déjeuner. Stratford, menant ses sœurs à la résidence Ingram, convergea vers Mr. Braxsen qui venait d’arriver. Ils trouvèrent Miss Daventry et Lydia avec leurs chevaux sellés, attendant John Richards, la nouvelle recrue que le commandant Fitzwilliam avait pris sous son aile.

Cependant, à la surprise de Stratford, ce ne fut pas Mr. Richards qui se dirigea vers eux, mais Mr. Amesbury. Il jeta un regard interrogateur au commandant Fitzwilliam.

— C’était l’idée de Richards, expliqua le commandant. Il a été appelé au loin pour une affaire urgente et, lorsqu’il a rencontré Mr. Amesbury au club, revenant tout juste à Londres, et découvert qu’il était…

Fitz fit une pause, essayant visiblement de conserver un visage sérieux.

— Un favori auprès de ces dames, il a pensé que c’était le moyen idéal de compenser son absence sans fausser le nombre de participants.

Stratford dirigea son regard vers Miss Daventry et elle le lui retourna avec une expression éprouvée qui lui fit ravaler un rire. Elle pouvait en dire long d'un seul regard. Eh bien ! Il n’aurait pas sélectionné l’ancien soupirant de Miss Daventry comme compagnon idéal pour leur sortie, mais cela n’allait pas le gêner pour passer la journée avec elle.

— Je crois que j’ai battu mon propre record de deux heures, en ayant quitté mon logement à une heure aussi indue. Worthing, annonça Amesbury en s’avançant à cheval.

Il lui fit un signe de tête et sembla s’apprêter à saluer le reste du groupe, mais se retint quand il vit Miss Daventry et se contenta d'un signe de tête général.

Phoebe était ravie de la journée qui se présentait devant eux et même le visage renfrogné de Mr. Amesbury ne pouvait gâcher son plaisir. Ayant redistribué les provisions pour leur pique-nique, Stratford donna l’ordre de départ et ils se mirent en route. Les rues de Londres étaient peu peuplées à cette heure matinale et, il ne fallut pas longtemps pour qu'ils quittent la ville et empruntent les chemins de campagne qui menaient à leur destination.

— Qui a le panier a pique-nique ? demanda Anna à sa sœur.

— Stratford l’a fourni et en a donné une partie au commandant Fitzwilliam pour qu’il la porte et une autre à Mr. Braxsen, répondit Phoebe. Lydia était chargée d’apporter les couvertures pour nous asseoir, bien que je ne les voie pas avec elle. Aucune importance. Nous nous arrangerons d’une manière ou d’une autre.

— Si Lydia s’en est souvenue, j’en serais la première étonnée. Tu sais qu’elle sera la première à pleurer quand elle le réalisera. Elle ne peut supporter d’être assise dans un endroit sale et ruiner sa robe.

Le visage d’Anna exprima ce qu’elle pensait d’un comportement si dérisoire.

— Lydia va devoir apprendre à s’habituer à la saleté si la cour du commandant porte ses fruits ; comme j’espère que ce sera le cas, souligna Phoebe.

Elle se redressa sur sa selle et respira le parfum de la terre fraîchement retournée.

— La cour du commandant, répéta Anna, lui jetant un regard en coin. Elle ne l’acceptera jamais. Je ne comprends pas comment il ose la poursuivre de ses attentions. Ingram ne le permettra pas.

— Anna, dit Phoebe, lui retournant un rare sourire d’autosatisfaction. Comme tu prêtes peu attention à ce qui t’entoure ! Ensuite, tu diras que notre frère n’a pas l’intention de nous procurer une nouvelle sœur en prenant femme.

Elle jeta un regard appuyé en direction d’Eleanor qui montait devant elles avec Stratford.

Le visage d’Anna prit une expression hostile.

— Bien que je la préfère à Judith, je ne comprends pas pourquoi il doit se marier maintenant. Que peut-il bien voir en elle, à l’exception d’un petit bout de terre qui ajoutera de la valeur à la sienne ? Je te l’accorde, certains hommes se marieraient pour une telle raison, mais pas notre Stratford. Es-tu si opposée à leur union ? demanda Phoebe en la regardant avec surprise. Ils s’accordent très bien.

Anna la regarda, non convaincue.

— Elle ne flirte pas, elle ne colporte pas de ragots, elle n’est pas vulgaire… poursuivit Phoebe

— Je suis d’accord avec toi. Elle n’est rien de tout cela, dit Anna, sans la moindre trace de sa moquerie habituelle. Mais qui est-elle vraiment ? Elle n’est pas enjouée, elle n’est pas séduisante, elle n’est pas spirituelle. Elle n’est rien. Je ne peux imaginer notre frère se marier avec elle.

— Elle est celle qui aimera notre frère en retour, expliqua Phoebe avec simplicité.

La mâchoire d’Anna se raffermit et ses yeux devinrent inhabituellement sombres. Néanmoins, elle n’eut pas le temps de répondre, des voix appelant leur groupe.

— Bonjour ! Qu’est-ce que cela ? Avez-vous eu la même idée que nous d’organiser un pique-nique à la campagne pour profiter de l’air frais ?

Phoebe et Anna se retournèrent pour voir apparaître un groupe de quatre, conduit par Judith Broadmore et Lord Delacroix, suivit d’une femme rousse et d’un dandy. Leur petite troupe s’arrêta pour les saluer et Phoebe vit le choc s’inscrire sur le visage de son frère.

— Devrions-nous nous joindre à vous ? s’enquit Judith.

— Bien sûr que vous le devez, s’exclama Mr. Amesbury, les yeux posés sur l’autre femme chevauchant avec Judith. Plus le nombre est grand, plus la sortie est divertissante.

Stratford regarda Mr. Amesbury pendant un long moment. Puis, après avoir jeté un coup d’œil à Miss Broadmore, il fit claquer sa langue et son cheval s’élança vers l’avant.

 

ELEANOR REGARDA le comte galoper en tête de groupe et se consola en constatant qu’il avait à peine accordé un regard à Miss Broadmore. Comme le seul gentleman disponible était Mr. Amesbury et qu’il l’évitait soigneusement, Eleanor chevaucha seule. Ce dernier préférait s’offrir la compagnie de Miss Redgrave, ne se préoccupant nullement du gentleman avec qui elle était venue, dont les yeux le fusillaient du regard.

Lord Worthing ralentit le pas et finit par faire une halte en attendant que les autres le rattrapent. Lydia le dépassa avec Mr. Braxsen, le commandant Fitzwilliam dans leur sillage, distrayant Anna et Phoebe Tunstall. Quand Eleanor arriva à son niveau, le comte accorda son rythme à celui de son cheval.

— Pendant un instant, j’ai oublié qu’il s’agissait d’une sortie de groupe, dit-il, et que j’avais la chance de profiter de votre présence.

— Ce n’est rien, assura Eleanor se tournant vers lui, un sourire lumineux aux lèvres. Nous avons toute la journée devant nous.

Lord Worthing lui retourna son sourire avant de pointer du doigt.

— Regardez devant vous…

Et, indiquant la campagne dégagée devant eux :

— À présent, nous devrions faire une bonne chevauchée.

Eleanor n’avait attendu que cela et, bien que le comte eût pris de l’avance, elle s’adapta rapidement à son allure.

Le groupe atteignit la forteresse un peu avant midi et, alors qu’ils installaient le pique-nique, Lydia découvrit qu’elle avait en effet oublié les couvertures.

— Aucune importance, finit-elle par dire, bien que je sois désolée de vous causer à tous cet inconvénient.

Elle s’élança en avant pour s’emparer de sa part de déjeuner que lui tendait le commandant Fitzwilliam.

— Une nourriture simple, s’exclama-t-elle. C’est justement ce que je désirais.

Puisque Lydia paraissait être en excellent terme avec le commandant, Eleanor ne pouvait que supposer que son indifférence antérieure était en effet due à une nervosité désormais passée. Elle en était heureuse, pour le commandant Fitzwilliam ainsi que pour Lydia. Il serait bon pour elle.

— Comment ont-ils trouvé un imposteur qui ressemble autant à notre Lydia ? marmonna Anna, suffisamment fort pour que les personnes autour d’elle l’entendent.

Lord Worthing rit à gorge déployée.

 

STRATFORD ÉTAIT heureux de regarder Miss Daventry remplir son assiette avant de s’installer confortablement pour admirer le paysage environnant. Elle présentait une image charmante. Le déjeuner était simple avec des viandes froides, des œufs durs, des tomates coupées et des tranches de pain de campagne. En revanche, ils avaient réussi à emporter de la gelée en dessert, qui avait été soigneusement emballée pour ne pas se renverser.

L’attention que Mr. Amesbury et Mr. Braxsen portait à Miss Broadmore et ses amis était si minutieuse que Stratford avait réussi à ne pas se faire remarquer par les intrus. Il s’accorda un moment pour trouver de l’humour dans la scène de rivalité qui opposait les gentlemen pour l’attention de Miss Redgrave, Braxsen mettant même de côté son dégoût de « l’étranger » et à se mêler à la compagnie de Delacroix. Tout à coup, l’ami aux manières précieuses de Lord Delacroix offrit de divertir le groupe avec un jeu de charades et sa proposition rencontra un enthousiasme retentissant.

Stratford se leva.

— J’espère que vous ne manquerez pas deux personnes, dit-il avant de regarder Miss Daventry. Il y a un champ de tulipes qui pousse librement près de la ferme en ruine par là-bas. Voudriez-vous venir m'aider à en cueillir ?

Miss Daventry jeta un coup d’œil aux autres membres du groupe avant de saisir sa main tendue et se leva.

— Je pense que cela fera plaisir à Lady Ingram si nous ne revenons pas les mains vides.

Alors qu'ils passaient devant les autres, Stratford remarqua l’expression calculatrice de Judith, mais il l’ignora. Rien ne le distrairait du plaisir de la journée et, maintenant, marchant avec Miss Daventry à ses côtés, il se sentit aussi libre que le champ de fleurs sauvages s’ouvrant devant eux.

— C’est une journée splendide, commenta Miss Daventry en marchant d’un pas vif ; comme ceux habitués à se promener.

Elle avait l’air aussi heureuse que lui.

— C’est une compagnie splendide que je garde, déclara-t-il. Puis-je ?

Il tendit le bras et elle posa la main dessus afin qu’il puisse la rapprocher de lui. Lorsqu'ils s'approchèrent du caléidoscope de couleurs, dont une partie était demeurée cachée à la vue par le creux du terrain, il prit plaisir à son halètement de surprise. À un moment de l’histoire, ces tulipes avaient été plantées, mais, au cours du dernier siècle, elles s’étaient répandues de toutes les tailles en une éruption de couleurs.

— Par où devrions-nous commencer ? demanda-t-elle, les yeux écarquillés.

— Ici, indiqua Stratford, se penchant pour casser d’un coup sec la tige d’une tulipe blanche, dont le bout des pétales était teinté de rose. Nous devrions commencer ici. Je vais cueillir un bouquet si gigantesque que lorsque je vous l’offrirai, vous aurez du mal à voir par-dessus la tête de votre cheval sur le chemin du retour.

— Comme c’est attentionné, murmura Miss Daventry. Vous aimez les bouquets gigantesques, monsieur, ajouta-t-elle avec un sourire malicieux.

Il ne put s’empêcher de rire. Elle n’avait pas oublié le bouquet d’excuses qu’il avait envoyé au salon Ingram.

— Pour ce tour, madame, nous devons organiser une compétition. Je propose que pendant un quart d’heure, nous prenions des chemins séparés. Je vais me diriger vers le champ de tulipes de l’autre côté de cette haie et vous composerez le vôtre ici, en toute sécurité à la vue de notre groupe. Quand je reviendrai, quiconque aura rassemblé le bouquet le plus… unique, gagnera.

— Et quelle sera la récompense, monsieur ? s’enquit-elle, le visage tourné vers lui avec un air sérieux.

Le regard de Stratford se posa sur ses lèvres, avant de revenir à ses yeux, les commissures de sa bouche se soulevant de concert.

— Cela reste à voir.

Les yeux de Miss Daventry s’écarquillèrent de surprise, mais Stratford se détourna avant qu’il ne puisse voir plus de sa réaction. Il ne souhaitait pas tenter le destin. Au-delà de la haie se trouvait un carré de tulipes noires, violettes et d’un jaune si prononcé qu’elles ressemblaient à de l’or. Il allait créer pour elle un bouquet avec ces trois variétés.

 

ELEANOR AVAIT FINI de cueillir une grande botte de tulipes dans une multitude de couleurs. Elle se leva et regarda autour d’elle, ses bras aussi pleins que possible, mais ne vit pas Lord Worthing de l’autre côté de la haie. Elle avait ramassé tellement de tulipes qu’il était presque impossible de toutes les transporter, mais elle était déterminée à n’en laisser aucune derrière elle.

Baissant le regard sur sa brassée embarrassante, elle rit de sa folie d’avoir essayé de gagner leur petit concours. Une récompense, monsieur le comte ? Ou une punition. Le sourire mourut sur ses lèvres quand elle aperçut Miss Broadmore se diriger vers elle avec un panier.

— Miss Daventry, déclara Judith. J’ai remarqué que vous étiez partis sans rien emporter avec vous pour transporter les fleurs. Je vous ai apporté un panier. Vous pouvez y mettre vos tulipes pour les rapporter au lieu du pique-nique.

Eleanor se méfiait de ce geste provenant d’une personne n’ayant jamais fait preuve de bienveillance à son égard. Mais ses mains étaient emplies de fleurs coupées et les tiges vertes menaçant de ruiner sa tenue d’amazone. Elle n’avait pas d’autres choix que d’accepter l’offre.

— Je vous remercie. Vous avez raison. Nous avons manqué de préparations.

— J’aime me rendre utile, répliqua Miss Broadmore en jetant un coup d’œil en direction de la haie. Vous feriez mieux de retourner au campement avec vos fleurs et de trouver une méthode pour les transporter afin que Lord Worthing puisse se servir du panier à son tour.

Eleanor tint l’anse d’une main et plaça avec soin les tulipes dans le panier par deux ou trois. Cela lui permit de s’accorder le moment de réflexion dont elle avait besoin pour décider de sa réponse. Si elle insistait pour rester ici à attendre Lord Worthing, reviendrait à déclarer son estime pour lui devant son ancienne fiancée. Elle ne pouvait pas le faire.

— Très bien, annonça-t-elle finalement.

Faisant demi-tour, elle marcha en direction de leur groupe.

Stratford avait arrangé ses tulipes exactement comme il le voulait, les noires et les violettes entrecoupées ensemble, le tout encerclant les dorées placées au centre. Il contourna la haie, impatient de voir la réaction de Miss Daventry à son cadeau, mais, à la place, il rentra presque dans Miss Broadmore. Impatient, il observa le champ derrière elle, ayant l’intuition qu’elle avait fait fuir Miss Daventry.

— Je lui ai apporté un panier pour porter ses tulipes, expliqua Miss Broadmore. N’ayez crainte. Elle va en vider le contenu dans quelque chose de plus approprié et revenir pour vous le remettre. En attendant, pourriez-vous me permettre de poser ma main sur votre bras, monsieur ? Le terrain est irrégulier et je crains de me fouler la cheville.

Stratford ne pouvait refuser. Il porta les tulipes d’un seul bras et tendit le second. Ayant mené à bien ce service, il marcha aussi rapidement que possible, Judith boitillant à côté de lui.

— Attendez, Stratford, dit-elle d’une voix acérée. Vous allez être la raison de ma chute si vous me forcez à galoper à ce rythme. Vous ne pourrez pas vous occuper de votre Miss Daventry.

Ses derniers mots s’accompagnèrent d’un ricanement.

— Vous savez que c’est fini entre nous, souligna Stratford. La nature de mon intérêt présent ne vous concerne en rien.

Il pouvait voir Eleanor devant lui, tournant le dos, tandis qu’elle cherchait dans sa sacoche de selle. Il pensa qu'elle cherchait quelque chose pour transporter les fleurs. Quelle idée stupide de n’avoir pas pris des paniers supplémentaires avec moi !

Derrière elle, le groupe était toujours accaparé par le jeu de charades.

La voix de Judith le fit revenir à son environnement.

— Vous ne nous avez même pas donné une chance, dit-elle la voix basse pleine de colère. J’ai changé et vous ne l’avez même pas remarqué. Dire que j'ai refusé Lord Garrett pour vous.

Surpris, il lui fit face et retira sa main de son bras.

— C’était imprudent. Je ne vous aurais jamais poussé à cela après trois ans sans aucun contact. Comment auriez-vous pu savoir si j’avais encore des sentiments pour vous ou si j’avais tourné la page ?

Il repartit en avant tandis qu’elle luttait pour conserver sa cadence.

— Vous ne le pouviez pas, siffla-t-elle. Vous étiez à la guerre et n’aviez pas le temps pour des fiançailles.

Ils avaient presque rejoint le groupe et Stratford secoua la tête.

— Toujours est-il que c’était imprudent de votre part, Judith.

Le jeu de charades était à son apogée, Phoebe faisant les gestes les plus ridicules en tournant ses doigts pour faire des lunettes autour de ses yeux avant d’indiquer ses jambes.

— Un singe.

— Un lapin.

— Je suis certaine que ce n’est pas correct, protesta Phoebe.

— Ma grand-tante Helen !

Il y eut un concert de rires et Phoebe se leva, les mains sur les hanches.

— Un bas-bleu, dit-elle, exaspérée. C’était un bas-bleu.

— Tu n’es pas supposée nous le dire, la gronda Lydia. Tu viens de gâcher le jeu.

— Stratford est revenu avec son trésor et j’en ai assez de me ridiculiser, répliqua Phoebe en jetant un coup d’œil à ses tulipes.

Stratford, son humeur gâchée, était impatient de repartir.

— Venez. Sellons les chevaux. Nous ferions mieux de nous mettre en route si nous voulons rentrer avant l’heure du thé.

Une fois que tout le monde eut commencé à rassembler leurs affaires, il se mit en quête de Miss Daventry, ravi que personne n’ait fait de commentaire sur son bouquet. Elle donnait un morceau de sucre à son cheval, mais elle se retourna à son approche.

— Miss Daventry, dit-il d’une voix basse. Voici votre bouquet, mais je ne vous imposerai pas de le porter, évidemment. Pouvez-vous deviner ce qu’il représente ?

Elle observa son bouquet astucieusement arrangé en noir et violet, avec une pointe d’or délibérée au centre, et secoua la tête.

Stratford haussa un sourcil.

— Réfléchissez-y et tentez de deviner. Et alors seulement, je vous le dirai.

 

ELEANOR NE POUVAIT que se demander ce qu’il s’était passé entre Lord Worthing et Miss Broadmore, mais, quoi que ce fut, cela lui donna de l’espoir. A son retour, Lord Worthing avait immédiatement recherché sa compagnie pendant que Miss Broadmore, les yeux étincelants, avait rejoint Lord Delacroix et s’était penchée pour lui murmurer quelque chose.

Sur le chemin du retour, Lord Worthing ne parla presque pas à Eleanor, mais il ne la quitta à aucun moment. Les deux groupes se séparèrent sur le chemin où ils s’étaient croisés plus tôt et leur propre troupe atteignit la demeure Ingram à temps pour le thé. Fatiguée par les émotions autant que par l’effort physique, Eleanor mit ses rênes de côté, se préparant à descendre de cheval, mais Lord Worthing sauta de son cheval pour l’aider. Son regard ne lâcha pas le sien tandis qu’il tendait sa main pour l’aider à descendre.

Gardant la main d’Eleanor dans la sienne, il donna les rênes au garçon d’écurie et la conduisit vers l’auvent ombragé. Elle pouvait entendre le commandant converser avec Lydia à propos du bal chez les Skeffington, mais ils étaient hors de leurs vues, cachés par les murs de l’écurie.

— Avez-vous deviné la signification de mon bouquet ? demanda Lord Worthing

— Vous attendiez une réponse aussi tôt ? s’enquit-elle. Non, monsieur, je ne peux pas encore hasarder une supposition.

Ses yeux cherchèrent les siens et, sous son attention soutenue, sa poitrine se souleva par de rapides inspirations. Le comte sembla accepter sa réponse car il demande plutôt :

— Lady Ingram a-t-elle dit que vous irez au bal chez les Skeffington ?

Eleanor opina, essoufflée.

Lord Worthing se rapprocha d’un pas.

— J’aimerais vous escorter à dîner au cours du bal, dit-il. Je découvre que je suis de plus en plus désireux d'être en votre compagnie, mais je n’ai pas eu jusqu’alors suffisamment d'opportunités pour en profiter.

Avant qu’elle ne puisse donner une réponse ou même assimiler ses mots, il tendit la main et toucha sa joue de ses doigts gantés.

— Me réserverez-vous la danse avant le dîner ?

— Oui, murmura Eleanor.

Sa joue la picotait et elle sentit une joie intense la parcourir et tirant sur les commissures de sa bouche.

Puis, Lord Worthing se pencha en avant, sa joue proche de la sienne, pour lui murmurer :

— Le bouquet est une métaphore, dit Lord Worthing en se penchant en avant, sa joue proche de celle d’Eleanor.

Il se recula.

— À jeudi dans ce cas, Miss Daventry, salua-t-il en inclinant son chapeau et il se dirigeant vers son cheval.

— Vous. Prenez ces fleurs et apportez-les dans la chambre de Miss Daventry. N’oubliez pas de leur fournir de l’eau, ordonna-t-il au valet se tenant à côté .

Eleanor était debout, figée sur place. Elle n’était pas sûre de pouvoir bouger, même si elle essayait. Cinq jours. Elle devait attendre cinq jours.

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