Le grand livre de l'hypnose
L’hypnose est-elle un placebo ?
Plus récemment (2004), une chirurgie placebo versus implantation intracérébrale de cellules souches a permis une amélioration notable de la symptomatologie chez certains patients atteints de maladie de Parkinson.
Mais en tant que médecin, au-delà du placebo, c’est l’effet placebo qui mérite toute notre attention. Car l’effet placebo peut être présent également pour l’administration d’une substance pharmacologiquement active, et peut ainsi potentialiser l’effet du médicament en question.
L’administration d’un placebo sans informer le patient de la nature neutre de la substance n’a d’intérêt que dans le cadre d’essais cliniques, notamment lorsqu’il s’agit de l’étude comparative de nouveaux médicaments versus placebo avant leur mise sur le marché. En revanche, dans le cadre de la clinique médicale, c’est bien l’effet placebo qui intéressera le médecin précisément parce qu’il pourra potentialiser l’efficacité des traitements prescrits.
L’effet placebo est donc un phénomène biologique créé par un contexte (rituel médical et suggestions du thérapeute). Ce dernier crée une attente chez le patient pouvant produire un soulagement ou, dans le cas du nocebo, neutraliser l’effet réel pharmacologique d’une molécule, voire créer des effets délétères des médicaments en question.
Si l’effet placebo est activé par une suggestion large et complexe (à laquelle participe le statut du prescripteur, le contexte d’administration de la substance, l’aspect du placebo la croyance et confiance du patient envers l’autorité médicale et pharmacologique) ne peut-on pas dire que finalement… l’effet placebo est de l’hypnose ?
Ou bien inversement, si un effet placebo existe dans tout contexte dont l’intentionnalité est celle du soin et du soulagement, l’hypnose n’est-elle tout simplement pas un effet placebo ?
L’hypnose est-elle un placebo ?
D’abord, puisque l’effet placebo est lié au contexte et non à la molécule, l’hypnose comme tout soin administré à un patient peut être potentialisée par un effet placebo. Donc, de même qu’un médicament actif peut bénéficier d’un effet placebo dès lors que le contexte le permet, l’hypnose peut bénéficier d’un effet placebo puisque l’intentionnalité est bien celle du soulagement.
Ensuite, pour répondre à la question « l’hypnose est-elle un placebo ? », la première des étapes serait de réaliser une étude expérimentale rigoureuse, dans laquelle on comparerait l’hypnose à un placebo, sans que le patient sache si la thérapie qui lui est prodiguée est l’hypnose ou bien le placebo. Le principe est exactement le même que lors d’une étude cherchant à démontrer la supériorité d’un médicament versus placebo.
La première des étapes serait donc d’inventer un placebo de l’hypnose. Or, autant il est possible de fabriquer un comprimé neutre qui ressemble en tout point à un médicament, autant on doit noter d’emblée la difficulté à créer un placebo d’hypnose. Un placebo d’hypnose devrait être une séance qui porte l’appellation d’hypnose mais qui ne contiendrait aucune suggestion thérapeutique.
hypnose neutre
Le terme d’hypnose neutre a été proposé pour caractériser l’hypnose placebo. Pourtant, nombre d’hypnotiseurs ont mis en évidence l’effet thérapeutique (parfois puissant !) de l’hypnose sèche, c’est-à-dire d’une séance d’hypnose sans suggestion thérapeutique ciblée, dont l’intérêt est de faire expérimenter la transe hypnotique qui aurait en elle-même un pouvoir réorganisateur. Pour faire passer un placebo pour de l’hypnose, il faudrait proposer un protocole de suggestions ou de non-suggestions qui ressemble à de l’hypnose. Sans même parler de l’impact des facteurs non spécifiques qui agiraient de façon similaire pour l’hypnose comme pour l’hypnose-placebo, délivrer un simulacre de suggestions ou de protocole d’induction risque fort d’entraîner les patients dans une réelle expérience de transe. Cette dernière pourrait même s’avérer profonde et fructueuse, dès lors que le patient est suffisamment suggestible.
Pour rendre la chose plus complexe encore, certains des protocoles de la nouvelle hypnose n’ont rien en commun avec des protocoles d’hypnose traditionnelle. Pourtant, ces expériences parfois étranges marchent, et peuvent s’inscrire dans le processus hypnotique tel que précédemment décrit.
En définitive, la question pourrait être « comment faire un placebo de l’hypnose en simulant ce qui est nécessaire à l’entrée dans l’expérience, sans que le patient y entre effectivement ? » La chose hélas, paraît impossible. Pour la simple étape de l’induction, on voit mal comment proposer un placebo de focalisation. Si le thérapeute propose de s’absorber sur une expérience, et si le patient joue le jeu, le processus hypnotique commence. On comprend donc mal comment on pourrait « proposer de se focaliser sans se focaliser ».
Voilà pourquoi il est plus simple d’étudier l’impact de l’hypnose versus un placebo (médicament placebo) que d’étudier l’impact de l’hypnose versus hypnose-placebo.
Si l’on s’intéresse donc plutôt à ce cadre, on peut déjà constater que dans le domaine de la douleur à nouveau, si placebo et hypnose agissent sans l’intervention de substance analgésique exogène (administration de pharmaceutique antalgique), leur mode d’action diffère.
D’abord, certaines études tendent à montrer une efficacité supérieure de l’hypnose (50 %) pour un effet antalgique versus un placebo (30 à 35 %). Ensuite, il n’est pas nécessaire de parler d’hypnose pour obtenir un effet antalgique. Il est possible en effet de proposer au patient des suggestions de façon indirecte, comme le faisait Erickson lorsqu’il usait d’hypnose à l’hôpital en raison de l’interdiction de ses supérieurs d’user de cette technique.
La pratique hypnotique et ses suggestions sont alors non consciemment perçues par le patient.
Nous voici face à une nouvelle difficulté car autant un effet placebo ne s’observe qu’à condition d’annoncer au patient que l’on donne quelque chose qui va soulager sa douleur, autant il n’est pas nécessaire d’annoncer au patient que l’on va faire de l’hypnose pour obtenir de celle-ci un effet antalgique.
Enfin, au niveau neurophysiologique, on observe plusieurs différences non négligeables dans les réseaux impliqués dans la modulation de la douleur selon que l’on utilise un placebo ou une hypnose à visée antalgique : le réflexe R III n’est pas modifié par l’effet placebo alors qu’il disparaît chez plus de 60 % des sujets hypnotisés.
Au niveau cérébral, on peut identifier une modification d’activité pendant l’hypnose des régions suivantes : le cortex somatosensoriel, l’insula, le thalamus, l’ACC, le cortex préfrontal, le cortex occipital et les noyaux gris centraux.
Dans le contexte de l’effet placebo, on observe une modification d’activité dans les mêmes régions à l’exception du cortex occipital et des noyaux gris centraux. Par contre, on observe dans l’effet placebo une modification d’activité cérébrale de la région hypothalamo-hippocampique, dans le nucleus accumbens et dans la substance grise péri-aqueducale, que l’on n’observe pas dans l’activité hypnotique.
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