Le grand livre de l'hypnose
L’approche indirecte
Cette position selon laquelle le patient a d’ores et déjà en main toutes les ressources nécessaires pour mener à bien la thérapie, contribue par ailleurs, sans aucun doute, à l’évolution thérapeutique vers la guérison. Thérapeute comme patient doivent s’installer dans une attitude d’attente honnête : l’espérance et la conviction favorisent grandement le succès.
L’approche indirecte
On considère que Milton Erickson est l’initiateur de l’utilisation de la suggestion indirecte. Toutefois, il ne fait aucun doute qu’il savait très bien utiliser les suggestions directes, et il utilisait tantôt l’une tantôt l’autre en fonction du contexte.
La suggestion indirecte, c’est proposer une suggestion de façon détournée, non directive, non autoritaire.
Ainsi, Erickson propose de façon prudente les suggestions. Il use de suggestions ouvertes, composées, négatives, paradoxales, saupoudrées, mais aussi d’anecdotes, de métaphores, d’histoires…
Il adapte ses histoires et métaphores de sorte qu’elles résonnent avec l’expérience du patient. Là encore, tout est sur mesure. Il brode les histoires selon le patient, selon son vécu, selon son expérience. Il se garde bien d’imposer une même métaphore à deux patients. Voyez le paradoxe, lorsqu’aujourd’hui, on trouve dans les librairies des livres d’hypnose emplis de « métaphores thérapeutiques », à délivrer sans distinction à tout patient en fonction uniquement du motif de consultation. Dans une volonté de protocoliser certaines techniques hypnotiques comme on protocolise une prescription médicamenteuse, on s’éloigne radicalement de ce qui fait l’efficacité de l’hypnose : le fait qu’elle naisse dans le rapport à l’autre dans le colloque singulier de la thérapie.
Par le jeu des suggestions, Erickson relie de façon directe ou indirecte les ressources mobilisées par le patient et le problème à résoudre. Pour ce faire, il procède souvent par petites étapes, en établissant des rapports de confiance, en motivant le patient et en guidant ses capacités de réaction
tout au long du processus1.
Enfin, on ne peut passer sous silence la valeur suggestive du contexte lui-même : la réputation d’Erickson était telle que nombre de patients parcouraient des kilomètres pour venir le consulter. Son prestige était en soi une puissante suggestion indirecte de guérison. On retrouve aujourd’hui ce phénomène pour les grands thérapeutes contemporains, qui ont parfois des listes d’attente de plusieurs mois avant de pouvoir rencontrer un nouveau patient.
e qu’il faut retenir
Erickson a révolutionné la technique hypnotique.
Il a créé une rupture avec l’hypnose telle qu’elle était pratiquée jusqu’alors.
Il utilise une approche personnalisée à chaque patient.
Il identifie les ressources du patient, c’est-à-dire les capacités dont il dispose mais qu’il ne mobilise pas.
L’inconscient selon Erickson est un réservoir de ressources.
Erickson mobilise les ressources du patient en prenant appui sur ses valeurs.
Il utilise en permanence ce que le patient présente, même sans le savoir, pour l’orienter vers le changement en fonction de son propre système de valeurs.
Il s’appuie sur une observation attentive des signaux verbaux, non-verbaux et paraverbaux, qui lui permet d’évaluer où se trouve le patient pendant la thérapie.
Il avance pas à pas avec chaque patient, en établissant un rapport de confiance et en servant de guide tout au long du processus thérapeutique.
Il a développé le principe de la suggestion indirecte et l’utilise dans ses travaux pour utiliser tout comportement, y compris la résistance, de façon thérapeutique.
1. Zeig J., La Technique d’Erickson, Ed. Hommes et Groupes, 1985.
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